Published On: dim, Nov 12th, 2017

A QUAND LA RENAISSANCE AFRICAINE ?

Jean Paul PougalaDe Nelson Mandela à Abdoulaye Wade, la mode des dirigeants et intellectuels africains est à l’invocation de la « Renaissance Africaine » pour le nouveau départ du continent. Sommes-nous certains que ceux qui parlent de Renaissance Africaine savent  vraiment ce que c’est ? Sommes-nous surs qu’ils parlent tous de la même chose ?

« Renaissance » vient du verbe renaître  c’est-à-dire, naître de nouveau.  Pour renaître  il faut être mort.  La mort culturelle qui vaudra à l’Europe cette nécessité à naître de nouveau est le moyen-âge, une période longue de 1000 ans, du 5éme au 15ème siècle gouverné par l’aristocratie et l’église catholique romaine, par la spiritualité et le pouvoir divin du roi. Pour renaître il faut des penseurs, il faut des rebelles, il faut des personnes qui ont eu le courage de prendre le chemin du maquis intellectuel avec des prises de position qui leur ont souvent valu de payer par leur propre vie , afin que la société entière en profite pour sortir de car la renaissance européenne est née avec la « mort de dieu », c’est le triomphe de la laïcité, c’est la victoire de la conscience  individuelle d’abord et collective ensuite sur l’autorité hiérarchique du roi divin et de l’Eglise. Pour renaître  l’Afrique a-t-elle pris le chemin du triomphe de la laïcité ? L’Afrique est-elle sur la route de célébrer la rupture totale avec le système de spoliation rentière coloniale ?

Pour parler de renaissance africaine, encore faut-il trouver des personnes de la qualité culturelle et morale de ceux qui ont bâti la renaissance européenne. En Afrique, le modèle colonial a enseigné que la possession d’un diplôme universitaire est suffisante pour devenir un sage, un savant. Et sur les cartes de visite de ces personnes, on constate amèrement que plutôt que d’y mettre un symbole de leur bilan, c’est plutôt le titre du diplôme qui fait figure de titre, on foule le ridicule, lorsque ces intellectuel du dimanche vont jusqu’à ajouter la publicité gratuite sur le carte de visite du nom de l’université européenne  ou américaine où ils ont étudié.  Comment est-ce possible de faire renaître l’Afrique avec de tels personnages ? 

Comment peut-on aller contre le maître pour conquérir sa liberté si on ne prend pas la peine de comprendre au  préalable quel est le degré d’intelligence des penseurs qui ont permis de fortifier ce maître ? Sans chercher à comprendre le degré de complexité de la société construite par les penseurs dont le maître se réfère ?

L’objectif de cette leçon est d’inciter la jeunesse africaine à sortir de la médiocrité compassionnelle de ses ainés pour qu’il en sorte des penseurs de demain, des vrais, capables d’oublier leur carrière professionnelle pour penser, penser encore, faire tourner leur cerveau pour indiquer à la masse comment fixer le cap d’une nouvelle société africaine où l’intérêt général pourra primer sur les égoïsmes partisans.

Le diplôme est comme la clé pour ouvrir une porte. Mais une fois franchie le seuil de la porte, tout reste à faire et ce n’est pas en regardant 1000 fois la couleur de la clé que les meubles vont s’installer tout seuls, que la peinture va occuper seule le mur, que les câbles vont tout seuls parcourir la maison et donner l’électricité.  La différence entre un diplômé et un intellectuel est que le premier cite à tout vent son titre académique, il ajoute même une autre bêtise : « Major de ma Promotion », un titre qui est certes louable, mais inutile et complètement puérile de le citer lorsqu’il est suivi par l’inaction, l’inertie, la résignation et par le manque d’esprit d’initiative.  L’intellectuel en revanche, se présente en citant son dernier brevet déposé, sa dernière invention, son dernier pont à peine construit, le dernier immeuble de 100 étages qu’il vient de commander ou de diriger les travaux.

Le penseur est celui qui a l’amour de partager ses connaissances, son savoir, ses opinions, sa vision du monde. Et ceci passe obligatoirement dans le niveau de langage utilisé. Il y a des personnes qui ne s’expriment à travers les livres  que pour épater la gallérie avec des phrases toutes cryptées et construites avec un dictionnaire devant eux et pour les lire et les comprendre, il faudra un autre dictionnaire pour les décrypter. Ce sont des textes dès l’origine destinés à une minorité, rarement plus de 100 personnes. C’est ce qui explique que ce sont des ouvrages très souvent publiés en compte-d’auteur, payé par l’auteur lui-même pour les besoin d’embellir son curriculum vitae. Le penseur parle pour se faire comprendre par le plus grand nombre de personnes ; si nécessaire, pour contourner la censure, il crée sa propre maison d’édition. Il n’y a pas d’âge pour exceller dans la production des écrits. La Boétie n’avait que 18 ans, inscrit en première année de la faculté de droit à l’Université d’Orléans en France, lorsqu’il a écrit son chef d’œuvre. Il était donc sans diplôme, ce qui est la preuve qu’être diplômé d’une prestigieuse université à Paris ou à Boston, n’a jamais transformé le minable en sommité. Les idées que vous portez en vous sont de loin façonnées et améliorées par vos multiples lectures que par un quelconque diplôme.

Comme partout dans le monde, l’Afrique a une pléthore de pseudo politiciens et de pseudo partis politiques et leur nombre augmente au fur et à mesure que le chômage croit. Ce ne sont donc pas les politiciens ou de nouveaux partis politiques qui manquent à notre continent, mais les penseurs, les éclaireurs, des personnes capables de sacrifier leur carrière et leur succès personnel pour permettre à la société dans son ensemble de comprendre les pièges du système pour avancer plus vite. L’Afrique a besoin que ses jeunes soient protégés de la pollution intellectuelle des aînés véreux, pourris jusqu’à l’os dans un système malsain où la misère très souvent entretenue a fait des ravages sur la moralité  et l’éthique de ces victimes devenus eux-mêmes des bourreaux. La renaissance européenne n’a pas été bâtie sur une succession de propagandes ou de racolage intellectuel, mais sur le courage et l’intelligence des  personnes très souvent des jeunes qui avaient un idéal profond de sortir l’être humain de l’infantilisation religieuse et monarchique de 1000 ans du moyen âge.  L’Afrique a besoin de renaître après 500 ans de soumission et d’humiliation. L’insuffisance des aînés les a installés dans un rôle confortable de copier-coller de l’agenda dicté ailleurs et au service des intérêts externes. 

Ecrit par Jean-Paul Pougala

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