Published On: lun, Sep 18th, 2017

DIS-MOI PAPA, C’ÉTAIT COMMENT L’AFRIQUE AVANT LA COLONISATION ?

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Les sujets diffusés par les documentaires ou les films occidentaux se bornent à véhiculer presque mécaniquement, l’image d’une Afrique précoloniale essentiellement primitive, peuplée de sociétés aux mœurs barbares. On aurait pu penser, peut être naïvement, que la fin des colonies aurait indubitablement engendré l’émergence d’une certaine objectivité dans le traitement médiatique de l’histoire africaine. En fait, il n’en est rien car le colonialisme ayant cédé le pas au néocolonialisme (sa sœur jumelle), le besoin de justification de l’occident, est resté le même. Dès lors, il nous revient de prendre conscience de l’effet néfaste de ces images sur les consciences des jeunes générations panafricaines et surtout de leur permettre d’accéder à une documentation plus objective afin qu’ils se fassent leur opinion de façon autonome.

2- Les témoignages des explorateurs

Nous disposons aujourd’hui de nombreux témoignages d’explorateurs étrangers qui nous permettent de nous faire une idée des habitudes vestimentaires des sociétés africaines précoloniales. Qualité des tenues vestimentaires rimant avec niveau civilisationnel, nous pouvons dès lors apprécier de façon plus précise, l’état des sociétés de l’Afrique précoloniale.Commençons donc avec l’ethnologue allemand Léo Frobenius (1873-1938). Celui-ci a entrepris près d’une douzaine d’expéditions en Afrique noire entre 1904 et 1935. C’est donc un témoin oculaire qui nous a légué de précieuses descriptions des habitudes vestimentaires de bon nombre de peuples africains. Il raconte par exemple ceci [1] : 
« En 1906, lorsque je pénétrai dans le territoire de Kassaî Sankuru, je trouvai encore des villages dont les rues principales étaient bordées de chaque côté, pendant des lieues, de quatre rangées de palmiers et dont les cases, ornées chacune de façon charmante, étaient autant d’œuvres d’art. Aucun homme qui ne portât des armes somptueuses de fer ou de cuivre, aux lames incrustées, aux manches recouverts de peaux de serpents. Partout des velours et des étoffes de soie. Chaque coupe, chaque pipe, chaque cuiller était un objet d’art (…) En était-il autrement dans le grand Soudan ? Aucunement (…) L’organisation particulière des Etats du Soudan existait longtemps avant l’Islam, les arts réfléchis de la culture des champs et de la politesse… les ordres bourgeois et les systèmes de corporation de l’Afrique Nègre sont plus anciens de milliers d’années qu’en Europe (…) C’est un fait que l’exploration n’a rencontré en Afrique équatoriale que d’anciennes civilisations vigoureuses ».                                                                                                                           
Un autre témoignage émanant du voyageur portugais Ca da Mosto à propos de la Gambie, fait au 15ème siècle, nous renseigne encore sur l’état des sociétés précoloniales [2] : 

« Les gens (…) nous sembloyent… très noirs, tous vêtus de chemisolles blanches de coton (…) plusieurs noirs (…) se transportoyent dans nos caravelles, les uns pour veoyr choses nouvelles, les autres pour nous vendre des anneaux d’or et quelques petites besognes desquelles ils usent entre eux comme chemisolles, filets, drap de coton, tissus à la mode, les uns blancs, les autres bigarrés de verd blanc et bleu, et d’autres encore de rouge blanc et bleu, fort bien faits.» O. Dapper, un hollandais célèbre pour ses descriptions des sociétés africaines, nous révèle encore de nouvelles informations cruciales à propos des habitudes vestimentaires des habitants de la Volta, du Monomotapa et de la Guinée [3] :« Dans l’Aboréa, proche de la Volta, tous les hommes parmi les Nègres portent une robe de toile de coton… et les femmes portent une robe faite à peu près comme celle des hommes (…)

Au Monomotapa, les rois ne changent point de mode, ils portent une robe longue d’un drap de soie tissu dans le pays ; ils portent au côté une serpe emmanchée d’ivoire (…) Les gens du commun s’habille de toile de coton et les grands, d’indiennes brodées d’or (…) Les habitants du royaume de Guinée échangent les toiles qu’ils font (avec leur coton ) (…)

Les Nègres de Wanqui ont de l’or et savent faire de forts jolis habits dont ils trafiquent avec les Acanistes ».Au 16ème siècle, le célèbre voyageur arabe, Léon l’Africain, dont le vrai nom est en fait Hassan Ibn Mohamed el Wazzan ez Zayatte, nous a dressé, une rapide description des habitants du Dongola :

« Les habitants sont riches et civilisés, parce qu’ils font le commerce des étoffes, des armes et de diverses autres marchandises en Egypte. » Cependant, l’explorateur arabe Ibn Batouta qui visita le Soudan en 1352, nous a légué une remarque intéressante sur l’intérêt de certains peuples africains pour la science [4] :
« Les habitants de Zâghah ont (…) beaucoup de zèle pour l’étude de la science.» Il poursuit son récit par une description des séances publiques du roi Mandingue Soleiman Mança [5] :

« Le Sultan se tient très souvent assis dans une alcôve communiquant par une porte avec le palais. Du côté du michouer, cette alcôve a trois fenêtres en bois revêtues de lames d’argent et au-dessous, trois autres garnies de plaques d’or ou de vermeil. Ces fenêtres sont cachées par des rideaux qu’on relève aux jours de séance pour qu’on sache que le Sultant doit s’y trouver.

Quand il s’assoit, on passe à travers le grillage d’une des fenêtres, un cordon de soie auquel est attaché un mouchoir à dessin de fabrique égyptienne et aussitôt que le peuple l’aperçoit, on fait résonner les tambours et les cors (…) Dougha l’interprète se tient debout à la porte donnant sur le michouer, revêtu de riches habits de zerdkana et d’autres étoffes. Il est coiffé d’un turban à franges, façonné d’une manière très élégante d’après la mode du pays ; il porte à son côté, un épée à fourreau d’or ; il a pour chaussure, des bottes, privilège dont personne autre que lui ne jouit en ce jour ; il porte des éperons et tient en mains deux javelots, l’un d’or et l’autre d’argent, garnis de pointes de fer.

Les soldats, les fonctionnaires civils, les pages, les messouflits et toutes les autres personnes, restent au dehors du michouer dans une large rue plantée d’arbres (…) Chaque ferrari a un carquois au dos et un arc à la main ; il est à cheval et ses subordonnés, tant fantassins qu cavaliers, se placent devant lui…»

 
Enfin terminons l’exploration de ces récits avec Léo Frobenius qui nous livre encore son appréciation des habitudes vestimentaires de certaines populations africaines de l’époque pré-coloniale [6] :

« Lorsqu’ils (les navigateurs européens) arrivèrent dans la baie de Guinée et abordèrent à Vaïda, les capitaines furent fort étonnés de trouver des rues bien aménagées bordées sur une longueur de plusieurs lieues par deux rangées d’arbres : ils traversèrent pendant de longs jours une campagne couverte de champs magnifiques, habités par des hommes vêtus de costumes éclatants dont ils avaient tissé l’étoffe eux-mêmes !

Plus au sud, dans le Royaume du Congo, une foule grouillante habillée de soie et de velours, de grands Etats bien ordonnés et cela dans les moindres détails, des souverains puissants, des industries opulentes. Civilisés jusqu’à la moelle des os ! Et toute semblable était la condition des pays à la côte orientale, la Mozambique, par exemple.»

  3- Conclusion :
La plupart des explorateurs cités sont des témoins oculaires. Leurs témoignages sont donc d’une importance capitale pour apprécier le degrés d’avancement des sociétés africaines précoloniales. Ainsi, l’Afrique précoloniale a donc été habitée par des populations qui vivaient à des degrés variés de civilisation. Mais cette situation n’est pas exclusivement africaine puisque qu’à la même époque en Europe, il existait aussi des populations primitives. D’ailleurs, à toutes les époques historiques, ce fut le cas et cela pour tous les continents. Par exemple, les sociétés gauloises étaient considérées comme primitives par les Romains.
Par JP Omotunde, chercheur en histoire

Dans l’émission ci-dessous, le documentaliste et chercheur en histoire Lascony NYSYMB nous parle des trésors inconnus d’Afrique.«Je demande aux Africains de se réconcilier avec eux-mêmes parce qu’aussi longtemps que les Africains tourneront le dos à leur histoire, ils seront toujours étrangers à leur culture. Et ça fera d’eux des êtres déséquilibrés. Aucun peuple ne s’est développé avec une culture d’emprunt» affirme t-il.

                                                                                 ************
[1] Cf. Histoire de la civilisation africaine – Léo Frobénius – traduit par Back et Ermont, Gallimard, Paris 1938[2] Cf. Relation de voyage à la côte occidentale de l’Afrique – Alvise da Ca da Mosto – 1455 à 1457[3] Cf. O. Dapper, Description de l’Afrique – 1668, Amsterdam[4] Cf. Voyages, G. Maspéro, éd. La découverte, 1982[5] Cf. Voyage au Soudan – Ibn Batouta + Nation Nègre et Culture – Cheikh Anta Diop, tome 2, éd. Présence Africaine[6] cf. idem 
Source : Bonaberi

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