Published On: mar, Jan 30th, 2018

LE COEUR DE LA RELIGION KEMITE, AUX SOURCES DU ” SAINT-GRAAL”

Dans le cas des Dieux, comme le note le philosophe Grec (Platon, Phèdre), les chevaux aussi bien que le cocher sont « tous bons comme ils sont faits de bons éléments », au contraire des autres êtres (Hommes, animaux, reptiles, etc.) dans lesquels il y a du « mélange ». Ainsi, l’Intellect, c’est-à-dire l’Homme en tant que créateur identifié à Râ, doit conduire un char (une barque) guidé par deux chevaux (piroguiers), l’un toujours bon et l’autre « dont les parties composantes sont contraires à celle du précédent ». Un mauvais mélange ne mènera jamais la Barque à bon port.

Le Grand Dieu traverse la Douat dans les heures nocturnes ceint de lumière. À la proue se tient Sia, la Pensée, à la poupe se tient Hou, le Verbe, attributs dont le Démiurge-Atoum s’est servi pour accomplir la Création. « Hou est dans ta bouche (le siège de la Parole), Sia est dans ton cœur (le siège de la Pensée), et le mouvement de ta langue est le cri de la Maât » (Textes des Sarcophages, ligne 647).

Sia et Hou sont des divinités sorties du Noun en même temps que le Démiurge; quelques fois on les fait naître du sang qui coula de la verge de Râ au moment de la circoncision qu’il entreprit de réaliser lui-même.Sia et Hou sont compris comme des divinités n’allant jamais l’une sans l’autre. Certaines représentations les montrent regroupées dans un seul personnage; sur certaines figures on les voit représentées avec des têtes de grenouilles, ce qui atteste de leur caractère aquatique ou nounique. « (…) Le domaine de Sia est le cœur du démiurge, ou son ventre, note Thierry Bardinet, comme celui de Hou va être sa bouche, et cette position anatomique des deux dieux se relie à leurs différentes attributions. Le dieu Sia, de par sa place anatomique, contrôlera l’intelligence, le savoir ou la connaissance dont le siège est, précisément, le cœur. Dans certains textes, on parlera plus généralement du Sia d’un dieu, d’un roi ou d’un défunt, c’est-à-dire de son savoir, de sa faculté de connaître ou de son entendement. Le contexte, sinon le déterminatif du mot, nous précise presque toujours si l’on parle du dieu ou de la faculté qui lui est reliée. Le dieu Hou, qui siège dans la bouche, interviendra au stade final du processus de la création verbale. Si Sia a un rôle à jouer dans le contenu du message, c’est de Hou que va dépendre l’expression même de ce message. En effet, les mots du démiurge, pour être efficaces, doivent être parfaitement audibles, articulés, afin d’assurer le pouvoir magique de la parole. Il devient donc l’intermédiaire obligé entre la conception première de la pensée et sa réalisation finale : formules magiques de protection mais aussi et surtout formules créatrices. Ce sont bien ces relations anatomiques de Sia et de Hou qui sont primordiales et qui font qu’ils seront les deux éléments moteurs essentiels qui animent au profit d’un cas particulier, celui du démiurge, une théorie plus générale de la connaissance et de la réalisation. Selon cette théorie, au centre se trouve le cœur ou le ventre, sièges des sentiments et des passions. C’est la bouche qui, grâce au jeu de ces différents organes, va permettre à la parole de traduire le contenu de la pensée qui sort du cœur. On sait que cette conception anatomo-physiologique n’est pas spécifique de la personne du démiurge et qu’elle renvoie à tout dieu, homme, animal ou reptile » (Thierry Bardinet, Dents et mâchoires dans les représentations religieuses et la pratique médicale de l’Égypte ancienne, pp. 146-147).

L’attelage allégorique de Platon (chevaux, cocher, char) est une image de l’âme. Avec Bacchus, le char est tiré par deux guépards. Comme nous le montrerons par la suite, l’âme est premièrement d’une nature et d’un principe masculin, c’est la raison pour laquelle Hou et Sia sont un couple constituée de personnages exclusivement masculins, là où nous savons pourtant que les couples parèdres sont la règle générale dans la sphère démiurgique. Cette idée à laquelle les Grecs ont été exposés va conduire les philosophes à valoriser les amours homosexuels entre hommes au détriment des amours homosexuels entre femmes et hétérosexuels. Il faut reconnaître qu’une telle tradition, fondée sur une interprétation des fonctions et du rôle de Sia et Hou suivant le prisme culturel indo-européen, population déjà familière de la valorisation des rapports homosexuels entre hommes, a pu définitivement perdurer en Grèce durant des siècles sur la base même d’une interprétation misogyne de la notion d’âme et des idées glorieuses qui lui sont rattachées.

D’une manière générale, la société grecque sous domination indo-européenne présentait un substrat, un socle culturel qui se trouvait aux antipodes de ce qui se passait à Kemet. Dès l’origine, l’esclavage fut une institution en Grèce. Guy Dhoquois rappelle à cet effet que : « la division matérielle du travail, fondée sur l’esclavage et le servage, eut peu de retentissement dans l’imaginaire. Il paraissait normal que les Spartiates exploitent les Grecs, les hilotes. À Athènes il est devenu normal qu’un esclave soit un Non-Grec. Pour Aristote, il est des esclaves par nature, les Non-Grecs, les Barbares. L’esclavage était un statut. Aristophane montre dans La Paix les rapports familiers entre un petit paysan et son esclave. Les esclaves forçats des mines toutes proches du Laurion étaient condamnés à une mort rapide du fait du mercure liée chimiquement à l’argent. Il y eut des esclaves banquiers, précepteurs.L’esclave restait la propriété personnelle de son maître. Beaucoup d’abus, y compris sexuels, étaient possibles, par exemples dans la Rome républicaine sur les enfants esclaves. Ces situations, pour nous insupportables, étaient normales pour tous, y compris les esclaves et les philosophes. Mais la femme, le féminin ? La femme était reléguée dans le concret à de rares exceptions près. La femme paraissait réduite au sensible, inepte devant l’intelligible. Ce préjugé misogyne devait durer des siècles jusqu’à Hegel, Schopenhauer et d’autres » (Guy Dhorquois, La Duplicité de l’histoire : Le Béhémot, p. 140).

À titre de rappel, il convient de mentionner aussi que Kemet a longtemps été désignée par une littérature prolifique sur la « tyrannie de Pharaon » et son « idolâtrie » comme une terre d’esclavage, sur la base de récits essentiellement fondée par la Bible; quand on sait aujourd’hui qu’une telle pratique était exclue de l’organisation du travail et des rapports qu’entretenaient le sujet Kémite avec les peuples étrangers, on peut aisément mesurer le mal causé par de telles absurdités qui ont eu valeur scientifique pendant des siècles. Bernadette Menu apporte une clarification sur ce point : « J. Baillet et A. E.-M. Bakir ont dressé une liste de plusieurs mots (une bonne vingtaine chez Baillet) nommant des individus dépendant. L’étude de J. Baillet s’étend sur environ soixante-dix pages réparties en quatre articles. Il est intéressant d’en reproduire le début et la fin : Pour désigner l’esclave, la langue égyptienne n’a pas de mot spécifique. Ce n’est pas qu’elle manque de termes pour exprimer les idées de subordination, de travail, de services. Au contraire, elle rend ces idées par des termes nombreux. Mais aucun d’entre eux ne correspond exactement à l’idée de servitude, c’est-à-dire de possession de la personne corps et biens, de sujétion et de dégradation comme les mots latins ou grecs servus, doulos. Ni leur emploi, ni leur sens intime et leur étymologie, autant qu’on peut les saisir, ne les voue à cette signification (…) » (Bernadette Menu, Égypte pharaonique…, p. 344). Il est bien évident qu’un mot n’existe que par son utilité et que l’absence d’un terme correspondant au mot « esclave » dans le lexique kémite traduit l’absence de la pratique qui en donne le sens.

Pour les philosophes Grecs, l’hétérosexualité ne représente qu’une possibilité parmi trois existantes : hétérosexualité, homosexualité masculine et homosexualité féminine. Les couples hétérosexuels sont généralement associés à l’adultère dans les récits philosophiques de la Grèce antique, perçue comme ruineuse pour l’esprit et l’élévation de l’âme, et la vie amoureuse est dissociée de la vie conjugale, cette dernière ne servant généralement qu’à multiplier la progéniture. L’acte de jouissance sexuelle par excellence était celui qui mettait en situation un homme mûr et un jeune garçon. Le mythe de Zeus et de Ganymède, son jeune amant, en était l’archétype. On retrouve de semblables concordances avec l’histoire d’Héraclès et son neveu et amant Iolas. Cette dernière allusion est particulièrement intéressante dans la mesure où elle exprime effectivement la manière dont les personnages Sia et Hou, à travers leur « masculinité », ont été perçus dans la tradition grecque. Iolas, en effet, fut le conducteur du char d’Hercule et l’assista lors du combat contre l’Hydre de Lerne et durant l’expédition qu’il fit contre Géryon, le monstre à trois têtes. La présence du char et des chevaux dans le récit mythologique grecque est une allusion directe à la Barque de Râ menée par Hou et Sia.

Le lesbianisme est nommé en fonction de l’île grecque de Lesbos, où vécut la poétesse ionienne Sapho (630-580 av. E.E.), dont les vers rappellent l’amour qu’elle manifesta pour les jeunes filles. Dans ses vers, Solon (640-558 av. E.E), l’un des Sept Sages de la Grèce, contemporain de Sapho, élève comme une vraie richesse la possibilité de jouir des charmes juvéniles d’un garçon. Les amants homosexuels Harmodios et Aristogiton étaient partout célébrer pour avoir rétabli la démocratie en tuant le tyran Hippias. On compte de nombreux philosophes Grecs qui furent jadis les amants de leur maître et l’exagération parfois perceptible en de tels récits témoigne certainement de la tradition qui célébrait un « grand homme » en lui attribuant le plus de conquêtes masculines possibles. L’amour de Socrate pour ces jeunes disciples, Xenophon et Platon, passe pour avoir été chaste, et ces derniers recommandent d’ailleurs la chasteté dans les liaisons amoureuses masculines. Dans ses Lois, Platon interdit l’usage comme de femmes d’hommes et de jeunes garçons dans les relations sexuelles.

Aristophane, quant à lui, fait étalage du mépris qu’il éprouve pour le partenaire passif qui prolonge son adolescence et imite les femmes. Ces marques de désapprobation ne constituent certainement pas la règle, car, d’une manière générale, l’art apprécié par la population athénienne était celui des scènes pédérastiques sans le voile hypocrite de la chasteté. Ce qui montre bien que l’acte sexuel entre deux hommes était pratique courante dans les mœurs des cités grecs. La relation la plus célébrée était celle unissant un homme plus âgé (éraste) et un adolescent (éromène), les caresses et le coït entre les cuisses (intercrural) étaient courants lors des agapes masculines. L’adolescent avait le rôle du partenaire passif et devenait « actif » après une initiation ritualisée lors d’un « passage » qui mimait les aspects reconnus de la féminité. À Sparte et sur l’île de Crète, l’homosexualité fut élevée au rang d’institution civique et militaire. Pour les Grecs, l’Amour, au sens que lui donne l’hermétisme, c’est-à-dire la fusion entre l’Homme semblable à lui et la Nature d’en bas, était circonscrite à l’homme tout court qui devait aimer son semblable d’un amour sincère censé lui procurer vertu, courage et esprit, il n’était alors point question de femme et encore moins de Nature entendue comme la manifestation du principe féminin, réduite au sensible, inepte devant l’intelligible. Les fins de récits relevant du ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants n’expriment pas la pensée courante des Grecs, éducateurs de toute l’Europe, car l’utilité reproductive rattachée aux rapports sexuels n’était pas la meilleure fin qui soit pour les récits et le public des philosophes d’Athènes. On verra alors par quel mécanisme cette fin « heureuse » s’est imposée dans les contes de toute l’Europe.

La sexualité des Grecs en général, et celle des couches aisées et lettrées de la société en particulier, aura voulu s’amarrer à l’arrière-fond traditionnel et mythologique de la vallée du Nil par le biais des manifestations de Sia et Hou, hypostases masculines du Démiurge dès la sortie du Noun. Or, la pratique de l’homosexualité était proscrite à Kemet, comme l’atteste les textes évoquant ces confessions négatives que devait réciter tout défunt pour garantir le salut de son âme. On trouve une évocation de l’homosexualité dans les chapitres de la lutte opposant Seth à Hor (Horus), manifestations des principes antagonistes que l’on voit déjà apparaître avec Sia et Hou au temps de la Création. En ce sens, ce récit postérieur au mythe de la Création à proprement parler en est l’écho, suivant le principe des plans successifs qui offrent toujours la même structure, la même architecture : Hor (Horus) incarne la pensée et la parole positive, le cheval obéissant de Platon, tandis que Seth incarne la pensée et la parole négative, le cheval rétif de Platon. Hor (Horus) et Seth sont les deux facettes d’une même médaille incarnée dans la figure du cocher, c’est-à-dire Râ lui-même. Hor (Horus) se rattache à l’aspect positif des sentiments, des passions, des paroles, etc., attributs du bon chevalier, celle du paladin, tandis que Seth en incarne l’aspect négatif, le mauvais chevalier, le jaloux, le frustre. Avec ce récit nous sommes dans la sphère masculine de la création et des premières manifestations « visibles » de l’âme, ce mouvement qui « souffle » concrètement à travers les « parties » de l’homme et vient réveiller les spermatozoïdes endormis, recevant ainsi l’électrochoc (c’est-à-dire l’âme au sens demouvement) qui doit les conduire à bon port.

Les Aventures d’Horus et Seth traduites du papyrus Chester Beatty I par Michèle Broze offrent le texte qui suit :

(…) « Seth dit à Horus : Viens, que nous passions un bon moment chez moi.

« Horus lui dit : Oui, tout à fait d’accord.

« Cependant, le soir tombé, on leur prépara le coucher; ils s’allongèrent, les deux hommes, mais pendant la nuit, Seth durcit son membre et le glissa entre les cuisses d’Horus. Horus plaça ses mains entre ses cuisses et recueilli le sperme de Seth. Horus s’en fut alors dire à sa mère Isis.

« À moi, Isis ma mère, viens voir ce que Seth m’a fait ». Il ouvrit les mains, lui fit voir le sperme de Seth,elle poussa un grand cri, elle saisit son couteau, elle lui coupa les mains, les jeta dans l’eau et lui procura des mains bien adaptées. Elle apporta un peu d’onguent doux et en enduisit le membre d’Horus. Elle le fit durcir et le dirigea vers un récipient; il y fit couler son sperme. Isis se rendit avec le sperme d’Horus au matin, jusqu’au jardin de Seth, et dit au jardinier de Seth : « Quel est le légume que Seth mange d’habitude ici, de ton jardin ? ».

« À quoi le jardin répondit : « il ne mange aucun légume ici, de mon jardin, si ce n’est des laitues ». Et Isis mit le sperme d’Horus sur celles-ci.

« Et Seth vint selon son habitude quotidienne, et mangea les laitues qu’il mangeait habituellement !

«  Et voici qu’il retrouva gros du sperme d’Horus. Et Seth alla dire à Horus : Viens, allons que je discute avec toi au tribunal.

« Horus lui dit : D’accord. Tout à fait d’accord.

« Ils se rendirent au tribunal, les deux hommes, les deux hommes se tinrent devant la Grande Ennéade et on leur dit : Parlez, vous.

« Seth déclara : Faites qu’on me donne la fonction de Souverain (Vie, Santé, Force), car Horus que voici, j’ai fait œuvre de mâle contre lui.

« L’Ennéade poussa un grand cri.

« Ils crachèrent à la face d’Horus.

« Horus rit d’eux.

« Horus fit un serment par le dieu en ces termes : Tout ce qu’à dit Seth est mensonge. Faites appeler le sperme de Seth, que nous voyons d’où il répondra.

« Alors Thot, détenteur des hiéroglyphes, scribe véridique de l’Ennéade, posa sa main sur l’épaule d’Horus et dit : Sors, semence de Seth. Et elle lui répondit depuis l’eau, à l’intérieur du marais.

« Ensuite Thot posa la main sur l’épaule de Seth dit : Sors, semence d’Horus.

« Elle répondit : par où vais-je sortir ?

« Thot lui dit : Sors par son oreille.

« Mais elle lui répliqua : moi, liquide divin, je ne vais tout de même pas sortir par son oreille !

« Thot lui dit : Sors par son front.

« Elle jaillit sous la forme d’un disque d’or sur la tête de Seth. Thot le lui enleva et le plaça comme couronne sur sa tête. À ce moment, l’Ennéade déclara : Horus a raison, Seth à tort.

« À ces mots, Seth entra dans une violente colère et vociféra, parce qu’ils avaient dit qu’Horus avait raison et que Seth avait tort. Et il fit un grand serment par le dieu en ces termes : On ne lui donnera pas la fonction qu’on ne l’ai jeté dehors avec moi; nous nous construirons des bateaux de pierres et nous ferons la course tous les deux; et celui qui l’emportera sur son adversaire, on lui donnera la fonction de souverain (Vie, Santé, Force).

« Horus se construisit un bateau de bois, l’enduisit de plâtre et le lança à l’eau, dans la soirée, sans que nul sur la terre entière ne puisse s’en apercevoir. Ainsi Seth regarda-t-il le bateau d’Horus et l’estima de pierre; il trancha un pic de montagne et se construisit un bateau de pierres de cent trente-huit coudées » (Michèle Broze, Les Aventures d’Horus et Seth dans le papyrus Chester Beatty I, …, pp. 91-101).

…………………………………………. (Fin du texte)

Bastet, déesse de la maternité, sectionne le Serpent Apépou. Ce geste doit être associé à la rupture du cordon ombilical. Comme le serpent Python, Apépou présente un caractère aquatique que nous devons à la présence du liquide amniotique dans lequel il baigne. L’arbre qui occupe habituellement cette scène de « rupture » est celui de la Vie, que nous plaçons dans l’image de la toison pubienne; la feuille de lotus ou le nénuphar offre la même compréhension, aussi bien dans les traditions kémites que dans les traditions dravidiennes de l’Inde avec l’enfant Krishna. Bastet symbolise les aspects protecteurs de la maternité. « La chatte » est encore le terme, aujourd’hui vulgaire, par lequel on désigne l’appareil génital féminin. Les textes funéraires de Kemet nous disent qu’Apépou (Apophis) boit toute l’eau du fleuve des Enfers (Douat), réduisant considérablement la mobilité du Dieu Grand (Râ) sur sa barque. Il régurgite cette eau grâce aux Neterus qui le combattent. Cette allusion est une référence à la stérilité rendue possible à cause de l’absence d’eau. Des rites tels que le Mevungu chez les Ekañ ou le Nsoo chez les Bassa sont directement associés à cette idée. Le travail c’est la lutte contre le Serpent. Le travail commence dans le ventre de la mère avec le fœtus qui transperce le Serpent de ses flèches. Le danger que représente Apépou est lié à la strangulation qui guette le nouveau-né à cet instant précis. Cette idée est traduite par l’étouffement, la soif, la faim, des sensations qui rappellent le désert, d’où la présence de Seth au côté du défunt qui, tel un Soleil, s’apprête à (re)naître.

Il y aurait plusieurs choses à préciser dans ce récit tant il nous paraît riche en informations. Nous insisterons simplement sur le fait bien établi que la course de Seth et Horus doit être assimilée à celle du char de Platon, de la Barque de Râ. Hor (Horus) est victorieux car Hor (Horus), à la différence de Seth, peut enfanter; preuve en a été fournie par le stratagème d’Aseta (Isis). On remarque également que ce récit a pu inspirer toute la tradition grecque constituée autour de la notion d’âme, à la différence qu’ici le « coupable » d’homosexualité suscite un « grand cri » de la mère d’abord, de l’Ennéade ensuite, et ne peut accéder au trône des Deux-Terres. On ne peut ignorer aussi l’aspect de subordination évoqué par celui qui fait « œuvre de mâle » contre son « adversaire », argument que Seth présente à la Grande Ennéade pour appuyer sa réclamation. Enfin, l’acte d’Aseta (Isis), qui tranche les mains souillées de son fils, rappelle la proscription traditionnelle de l’œuvre de mâle;toutes considérations traditionnelles qui s’écartent définitivement des dissertations grecques sur la question sexuelle. 

Comment peut-on établir avec certitude que c’est bien du principe masculin que répond l’âme ? Cette réalité n’est observable qu’au sortir de la sphère démiurgique, au moment de l’apparition de l’homme et de la femme en tant qu’êtres différenciés.

Hermès Trismégiste distingue l’âme de l’intellect. Or, nous avons vu que l’intellect est le cocher qui conduit l’âme, et que l’âme est manifeste dans les dieux Sia et Hou que représentent les chevaux de l’attelage. L’intellect peut donc se distinguer de l’âme comme les chevaux se distinguent du cocher. Le cocher et son attelage doivent être perçus comme un ensemble homogène, mais dont l’un est le conducteur, la lumière, et l’autre le conduit, la vie.

On lit dans le Corpus Hermeticum : « La Nature, en effet, s’étant unie d’amour à l’Homme, produisit un prodige tout à fait étonnant. L’Homme avait en lui la nature de l’assemblage des Sept, composés, je t’ai dit, de feu et de souffle; la Nature donc, incapable d’attendre, enfanta sur l’heure sept hommes correspondant aux natures des Sept Gouverneurs, à la fois mâles-et-femelles, et se dressant vers le ciel. (…) Ainsi, comme je disais, la génération de ces sept hommes se fit de la façon suivante : femelle était la terre, l’eau l’élément générateur, le feu conduisit les choses à maturité, de l’éther la Nature reçut le souffle vital, et elle produisit les corps suivant la forme de l’Homme. Quant à l’Homme, de vie et lumière qu’il était, il se changea en âme et en intellect, la vie se changeant en âme, la lumière en intellect. Et tous les êtres du monde sensible demeurèrent à cet état jusqu’à la fin d’une période et jusqu’au commencement des espèces. Écoute maintenant ce point que tu brûles d’entendre. Cette période pleinement achevée, le lien qui unissait toute chose fut rompu de par la volonté de Dieu. Car, tous les animaux, qui jusque là, étaient à la fois mâles-et-femelles furent séparés en deux en même temps que l’homme, et ils devinrent les uns mâles d’une part et les autres femelles de l’autre. Aussitôt Dieu dit d’une parole sainte : Croissez en accroissement et multipliez en multitude, vous tous, mes créatures et mes ouvrages. Et que celui qui a l’intellect se reconnaisse soi-même comme immortel, et qu’il sache que la cause de la mort est l’amour, et qu’ils connaissent tous les êtres » (Hermès Trismégiste, Corpus Hermeticum, Poimandrès, pp. 12-13).

C’est donc au terme du processus de Création qu’apparurent l’homme et la femme. L’union d’amour de l’Homme et de la Nature et le prodige de la naissance des sept hommes qui s’ensuivit, correspondant aux natures des Sept Gouverneurs dont nous savons à présent qu’il s’agit des cinq planètes (Mars, Mercure, Vénus, Saturne, Jupiter) et des deux luminaires (Soleil, Lune) connus des Anciens, fait voir que ces sept hommes illustrent en réalité les sept périodes du tableau périodique des éléments chimiques établi (?) par Mendeleïev en 1869. Il ne peut s’agir de coïncidence dans un tel cas puisque le mot « période » est le même qu’emploie Hermès Trismégiste pour décrire le moment qui précède le commencement des espèces, suivi de la rupture du lien qui unissait toute chose (par la volonté de Dieu). Maurice Griffé rappelle fort justement que : « les éléments se répartissent ainsi en sept périodes : une période de deux éléments (l’hydrogène et l’hélium), deux périodes de huit éléments, deux périodes de dix-huit éléments, une période de trente-deux éléments, une dernière période inachevée. Le nombre d’éléments par période croit selon une loi simple : 2 x 1; 2 x (1+3); 2 x (1+2+5); 2 x (1+2+5+7). Les propriétés chimiques varient progressivement à l’intérieur de chaque période et de chaque famille » (Maurice Griffé, Chimie, p. 66). Le fait que les sept hommes soient mâles-et-femelles, c’est-à-dire androgyne, permet de construire le tableau périodique des éléments chimiques par génération successive.

L’âme relève d’un principe masculin car l’âme est dans la semence qui vient s’unir à la matière. L’âme est le mouvement du spermatozoïde vers l’ovocyte perçu comme la Nature, élément passif, dans l’attente d’être fécondée. Il faut encore insister pour rappeler que cela ne signifie aucunement que la femme n’a pas d’âme, puisque la femme est le produit d’un spermatozoïde couplé avec un ovocyte. L’âme est l’élément masculin qui s’unit à la matière; la matière est l’élément féminin, et cette union d’amour est la continuité du cycle vital qui plonge ses racines dans le Noun. Le cycle menstruel (lunaire) qui prépare l’ovule a été placé dans l’image énigmatique de l’Immaculée Conception.Djehouty, le dieu lunaire, est le messager qui dit à la femme (ovule) qu’elle va enfanter. C’est le rôle que lui assignent, comme nous l’avons dit, les scènes de la naissance du roi.

Le chromosome est l’élément porteur de l’information ou du message génétique. Le Caducée est un terme formé à partir du latin « caduceus » signifiant la « baguette du héraut » ou la « baquette du messager ». Hermès, à l’image de Djehouty (Thot), divinité kémite de laquelle il tient ses principaux attributs, est le messager des dieux. À Kemet, les mammisi, terme pour nommer les chapelles dédiées aux mystères de la naissance divine du pharaon, donnent à Djehouty le même rôle qu’à l’ange Gabriel dans les chapitres biblique consacrés à la naissance du personnage de Jésus. Djehouty annonce à la mère du roi qu’elle mettra au monde l’enfant divin issu de la semence même du Dieu (Râ); ces scènes, relevées par J.-F. Champollion, préfigurent l’Immaculée Conception de la religion chrétienne. Les chromosomes sont à l’origine de la détermination du sexe chez l’être humain. Le spermatozoïde est porteur du chromosome X ou du chromosome Y, tandis que l’ovocyte est toujours porteur du chromosome X; ainsi la combinaison d’un chromosome X avec un chromosome Y forme le couple XY, un mâle (garçon), tandis que la combinaison d’un chromosome X avec un chromosome X forme le couple XX, une femelle (fille). Le sexe de l’enfant qui va naître est déterminé par la « charge » du spermatozoïde. Avec le Caducée, les anneaux rappellent ceux de la spirale de l’ADN. Le Caducée est le symbole éminent d’Imhotep, médecin, philosophe et architecte Kémite. Ce dernier, divinisé des siècles après sa mort, deviendra l’Asclépios des Grecs, l’Esculape des Romains, le dieu consacré à l’art et à la pratique de la médecine. Le Serment d’Hippocrate prononcé au moment de la consécration du jeune médecin lui est dédié.

Contrairement à ce qui est habituellement cru, l’Immaculée Conception ne concerne pas l’enfant qui va naître, mais la conception de la mère, exempte du « péché originel », et bien logiquement libre de toute intervention masculine puisqu’elle a lieu à l’intérieur du corps de la femme. Le principe masculin, manifesté dans l’ascension du spermatozoïde vers l’ovocyte, n’intervient pas dans le processus d’ovulation;c’est-à-dire au moment de la conception de la mère, en l’occurrence ici l’ovule.

Le spermatozoïde est dans la figure d’Hor (Horus) et l’ovule est dans celle d’Hwt-Hr (Hathor, le Château ou la Demeure d’Horus). La méiose décrit les étapes successives de la Cosmogonie d’Iounou (Héliopolis). D’un matériel génétique unique et « androgyne », on aboutit, par enjambement ou recombinaisons génétiques de chromosomes, à l’apparition de quatre cellules haploïdes – cellules contenant chacune une paire de chromosomes différenciés. Ce processus « chronologique » est le même aussi bien pour la formation des spermatozoïdes que pour celle des ovocytes.

L’Immaculée Conception décrit la mise en branle du phénomène d’ovulation. Chez la femme domine ce principe que nous nommons attentecelui des potentialités qui ne prennent forme qu’au moment de la fécondation. Le fait qu’il y ait des graines qui germent sans l’apport féminin (la terre) montre bien que le mouvement se trouve dans la semence, et non dans la terre; ce mouvement s’estompe s’il n’y a pas fécondation et ne produit aucune multiplication. La terre est l’élément multiplicateur. La terre la plus fertile sera désert sans semence, la graine la plus fertile meurt sans la terre. Le principe masculin c’est le vouloir, le principe féminin c’est le pouvoir. La matière est le soutien de la vie, ce qui peut être perçu à travers les traditions méridionales et le rôle de la femme identifiée au potomitan, le pilier du temple.

Asseta transformée en milan recueille la semence d’Ousiré. Zosime de Thèbes, alchimiste, notait en son temps que le mot esprit signifiait « évidemment une substance volatile ». Cette représentation que l’on retrouve sur l’une des parois du temple d’Ousiré à Abidjou (Abydos) est une préfiguration de la notion de « Saint-Esprit », terme pour désigner la femme qui complète la Trinité.

À la lumière de tout ceci, nous sommes amenés à nous poser la question du rôle véritable de Geb, que l’on identifie à la Terre, sachant que la plupart des traditions endogènes kémites donnent à la terre un aspect féminin (Hisi chez les Bassa par exemple) et que la mythologie grecque même, fille de la tradition nilotique, donne à la terre la figure de Gaïa, une femme. Aseta (Isis), la Déméter des Grecs, est clairement identifiée à la terre noire dans le récit de la Passion d’Osiris comme Déméter l’est dans les Hymnes qui lui sont consacrés, autant d’éléments qui peuvent nous conduire à reconsidérer le rôle de Geb, peut-être perçu dans la figure de la Terre en tant que planète.

La queue ou flagelle, l’élément de motricité du spermatozoïde que nous plaçons dans l’image du serpent tantôt allié tantôt adversaire, chute au moment où le spermatozoïde pénètre la membrane ovulaire. Cette première chute précède la chute du cordon ombilical qui a lieu plus tard au moment de la sortie, ou dirions-nous plutôt l’entrée dans une nouvelle « cellule », la Nature, avec laquelle l’Homme fusionne à nouveau. La circoncision, l’ablation du prépuce s’inscrit dans ce cycle, tout comme le vieillissement puis la mort qui restitue la désagrégation et « la chute » du corps à proprement parler. L’âme ainsi libéré après le long parcours qu’elle aura réalisé, est appelée à s’émanciper du corps, « sa prison », à retourner dans la Douat, le Ciel inférieur : cycle perpétuel. Hermès Trismégiste rappelle les étapes du retour de l’âme : « D’abord, dans la dissolution du corps matériel, tu livres ce corps lui-même à l’altération, et la forme que tu avais cesse d’être perçue, et tu abandonnes au démon ton moi habituel désormais inactif, et les sens corporels remontent à leurs sources respectives, dont ils deviennent des parties, et sont de nouveau confondus avec les Énergies, cependant que l’irascible et le concupiscible s’en vont à la nature sans raison. Et de cette façon l’homme s’élance désormais vers le haut à travers l’armature des sphères, et à la première zone il abandonne la puissance de croître et de décroître, à la seconde les industries de la malice, fourbe désormais sans effet, à la troisième l’illusion du désir désormais sans effet, à la quatrième l’ostentation du commandement démunie de ses visées ambitieuses, à la cinquième l’audace impie et la témérité présomptueuse, à la sixième les appétits illicites que donne la richesse, désormais sans effet, à la septième zone le mensonge qui tend des pièges. Et alors, dénudé de ce qu’avait produit l’armature des sphères, il entre dans la nature ogdoadique, ne possédant que sa puissance propre; et ils chantent avec les Êtres des hymnes au Père, et toute l’assistance se réjouit avec lui de sa venue. Et, devenu semblable à ses compagnons, il entend aussi certaines Puissances qui siègent au-dessus de la nature ogdoadique, chantant d’une voix douce les hymnes à Dieu. Et alors, en bon ordre, ils montent vers le Père, s’abandonnant eux-mêmes aux Puissances, et, devenus Puissances à leur tour, entrent en Dieu. Car telle est la fin bienheureuse pour ceux qui possèdent la connaissance : devenir Dieu (Ousiré) » (Hermès Trismégiste, Corpus Hermeticum, Poimandrès, pp.15-16).

Ce mouvement de l’âme est aussi valable pour l’âme du monde que nous appelons Histoire, les empires naissent et meurent comme les Hommes. Cette loi du Serpent est immuable et fondamentale, réglée depuis toujours dans les codes de la Traditionalité kémite.

Ainsi, l’âme change pour ainsi dire de corps tout au long du parcours qui est bien l’illustration de ce qu’est véritablement l’initiation. D’abord le spermatozoïde dans l’ovocyte, ensuite l’embryon, le fœtus, le nouveau-né, l’Homme, et la mort enfin qui correspond à la chute du corps physique et laisse « retourner » l’âme vers les Origines, Dieu. Ces étapes du cheminement de l’âme se trouvent illustrées par les heures que doit franchir le défunt dans la Douat.

Suivant le Principe du Genre, le spermatozoïde-semence et l’ovule-réceptacle vont de pair, l’Homme-semence et la Nature-réceptacle vont de pair; il y a donc échange perpétuel et complémentarité entre le principe masculin et le principe féminin que chaque être possède; cette possession variant en degrés, jamais en nature.

Tout le développement précédent permet de saisir l’origine du folklore occidental qui met en scène un beau chevalier preux qui s’en va délivrer sa bien-aimée prisonnière d’un château gardé par un dragon. Le chevalier c’est Hor (Horus), la bien-aimée prisonnière du château c’est Hwt-Hr (Hathor) et le dragon c’est Kongolo, l’Ouroboros, dragon étant une locution qui provient du grec drakonsignifiant serpent.

L’histoire de Cupidon (antonomase de Vénus, c’est-à-dire Aphrodite, et donc Hwt-Hr; Vénus étant le nom que les Romains donneront à Aphrodite) et de Psyché rapportée par Apulée dans Les Métamorphoses en est une parfaite illustration. C’est aussi l’histoire de Jason qui tue le dragon gardien du château où se trouve la toison d’or; ici, la toison peut être identifiée à la pilosité pubienne qui porte le même nom et renvoie au sexe féminin autant qu’à l’idée de chasteté. Aujourd’hui, le chérubin, l’enfant joufflu qui tire des flèches est invariablement l’image de l’enfant Horus, Apollon, etc., terrassant le dragon dont la mort autorise l’union et l’amour. L’union de l’Homme à la Nature coïncide avec les fins heureuses, et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants, que rapporte le folklore rattaché aux contes de chevalerie.

Le nom « Hwt-hr » est à l’origine d’un nombre conséquent de termes dans les langues occidentales. Il devient Kythéréiè (Aphrodite) en Grèce antique; de ce nom provient la locution καθ-αρός, katharos. C’est bien le terme katharos qui devient le castus latin signifiant « chaste », « pur », « maintenu dans son intégrité », de castus on obtient le castel anglais, le château français; ainsi retrouve-t-on parfaitement énoncé le sens du nom de la déesse kémite Hwt-Hr (Hathor), « le château d’Horus » dans le vocable latincastusCastus a le sens de vierge, de chaste, d’inviolé, d’inviolable, de pur, d’intègre, etc.

On trouve ces mêmes idées depuis les origines avec l’Iliade et l’Odyssée d’Homère. Le plan général de ces deux œuvres, au fondement de la littérature occidentale, doit être compris comme le parcours du Soleil.L’Iliade étant le parcours diurne, l’aller, et l’Odyssée le parcours nocturne, le retour.

La Guerre de Troie, que rapporte l’Iliade, débute avec l’enlèvement d’une princesse, à l’occurrence Hélène, qui se trouve séquestrée dans un château. La princesse ici est dans la figure d’Hwt-Hr (Hathor). Le chevalier c’est Achille qui vient la délivrer et que l’on peut aisément rattaché à Hor (Horus). La tradition rapporte qu’Achille put voir Hélène par l’entremise d’Aphrodite, le nom que les Grecs donneront à Hwt-Hr (Hathor), ce qui précise le rapport que nous établissons. Le Cheval de Troie est la monture (le char, la Barque) que l’on retrouve dans tous les récits héroïques fondés sur cette tradition. Il est dans l’image même du spermatozoïde qui pénètre l’ovule, le château. On retrouve le cheval ailé avec Pégase, la monture de Persée, qui vient délivrer Andromède attachée à un rocher et menacée par le monstre marin Cétus. Thésée est dans la figure d’Hor (Horus), Andromède celle d’Hwt-Hr (Hathor) et le monstre marin représente le dragon, le serpent. L’omniprésence de l’élément eau, depuis le Noun, la Douat et l’appareil génital féminin, est la clé qui justifie le choix du cheval comme monture du héros. En effet, le nom cheval, qui se ditequus en grec, est formé à partir du radical indo-européen h.ekwos parenté à akwa signifiant « eau », « courant », « eau courante ».

Ainsi, la signification littérale du terme « cheval » est « le courant »; akwa est aussi le radical auquel se rattache le latin aquila désignant « le rapace », d’où le lien évident avec Hor (Horus), dont l’emblème est un faucon. L’emblème de Zeus est l’aigle, autre rapace; et ce dernier, après avoir enlevé Ganymède, dont il fera son amant, offre quatre chevaux au père de ce dernier qu’il tenait de Poséidon, le dieu des mers et des océans en furie. Cet aspect du mythe grec trouve tous les éléments rappelés par Platon lorsqu’il évoque le char, les ailes et les chevaux qui incarne l’âme, car le cheval fut retenu à l’origine pour sa rapidité et les ailes (de rapace) pour les mêmes motifs autant que pour exprimer la légèreté, ce qui est dans la parfaite image de l’ascension du spermatozoïde vers l’ovule juchée sur ce sommet que doit gravir l’âme des textes platoniciens. Ganymède deviendra la constellation du Verse-eau dans la mythologie grecque.

La même idée est présente avec le mythe d’Héraclès et d’Hésione qu’il sauve d’un monstre marin après la promesse de recevoir des chevaux immortels. L’expédition punitive d’Héraclès contre Troie qui suit cet épisode est l’ascension du spermatozoïde vers l’ovule, le château. Le nom Pégase qui désigne le cheval de Thésée est formé à partir du radical pêgê signifiant sourcePégase, la constellation, est située au sud d’Andromède, au nord-ouest des Poissons et au nord du Verseau, des constellations dites aquatiques. Nous sommes toujours dans la même compréhension qui tient de l’eau l’image du cheval, moyen par lequel le héros se déplace. Avec Héraclès et Hésione, on retrouve la barque ou le navire, moyen qu’utilise le héros pour assiéger la ville de Troie. L’armée de dix-huit navires représente les spermatozoïdes, le chef c’est l’élu, dans la figure d’Héraclès, celui qui pénètre le château. Cadmos, fondateur de Thèbes, en Béotie, tua un dragon qui gardait la fontaine de Dircé, nom que porte aussi l’un des personnages féminin du mythe.

La même image se retrouve avec le personnage de Saint-Georgesle saint patron de la chevalerie de toute la chrétienté (Ordre du Temple, Ordre de la Jarretière, Ordre Teutonique, Ordre de Saint-Michel et Saint-Georges). L’histoire fait voir un personnage historique là où nous savons qu’il ne s’agit ni plus ni moins que d’une allégorie associée au dieu Hor (Horus). Georges est un nom formé à partir du grec geôrgόs signifiant littéralement « celui qui travaille la terre », « le cultivateur »; l’idée de semence, à laquelle nous rattachons le héros, est exprimée. Cette idée est aussi perceptible dans la conclusion de Candide, œuvre de Voltaire qui recommande de cultiver son jardin, une allusion certaine à l’idée de l’Homme et au rapport qu’il entretient avec la Nature comparée à la Connaissance, matière féconde. 

Horus terrassant le crocodile. Saint-Georges terrassant le Dragon. Le sens de ces représentations est identique. Le crocodile, animal aquatique, devient le dragon de la fable de Saint-Georges. Horus domine les forces du mal et écarte les ténèbres. On trouve déjà cette idée chez le dieu Harpocrate que l’on représente debout sur des crocodiles, écartant de ses mains des serpents dans le geste d’ouverture d’une scène : « Je suis la lumière ».

À gauche : « Harpocrate », « Horus l’enfant »; à droite : statuette impériale découverte sur le site du Grand Zimbabwe. Comme nous pouvons le voir sur ces deux images, le rapport entre Horus l’enfant, symbolisé par la figure du faucon, et les crocodiles, reptiles et scorpions, « ce qui rampe », est le même. « Harpocrate » signifie « Celui qui domine ce qui rampe ». Nous faisons provenir le terme « harpon » du grec « herpô ». Horus est appelé « l’harponneur », « mesentiou ». Les anciens Kémites nommaient le Delta « le lieu du harpon » (Tanis). « Enfant » se dit « Mwene » au Grand Zimbabwe et désigne le Souverain, le Seigneur, cette statuette retrouvée sur site en est l’emblème tout comme le faucon est l’emblème du pharaon. (Source : C. A. Diop, Antériorité des Civilisations Nègres, planche 78).

De castus, que nous trouvons à l’origine de castel et château, dérive cassus, « vide, privé de », castro, « couper, châtrer », castrum, « campement, retranchement », castificatio, « chasteté », castifico, « purifier », castificus, « qui purifie », castigabilis, « répréhensible », castigator, « censeur, celui qui blâme », castigatus, « réprimandé, blâmé », castimonia, « continence, chasteté », castum, « vertu, honneur », incestum, « acte d’impureté, acte contre la chasteté, adultère », incestus, « impur ». Castus a pour synonyme sancio, « vouer à une divinité, consacrer », avec le sens de « saint », « sacré », « pieux », etc. Un vocabulaire qui aura servi à construire l’image du héros dans les contes du Moyen-âge.

Dès l’origine, le château fut conçu comme une place inviolable; les douves, ces fosses remplies d’eau entourant le château rappellent le liquide amniotique de la naissance du héros, la clôture matérialise l’enveloppe, le serpent, lorsqu’il n’y a pas de dragon, et l’intérieur du château devient la place inviolable, la Nature, la Connaissance et tout ce qui nourri l’Homme. Cette architecture légendaire fut conçue sur le modèle même du récit cosmogonique de la vallée du Nil. Il est bien attesté de l’origine kémite des premiers châteaux qui furent construits sur terre et qui devaient constituer le modèle des châteaux européens du Moyen-âge. La technique fut introduite en Europe par ces chevaliers Maures qui l’a subjugueront pendant des siècles. C’est au cours de cette période que la tradition africaine portée par les Maures se sera lentement établi pour enfin constituer le terreau unique du folklore « authentique » des peuples européens. Des noms comme Richard Cœur-de-Lion qui surprennent par l’évocation du lion, inexistant en Europe, trouve à présent une justification qui plonge ses racines dans la culture africaine portée par les chevaliers Noirs. De même, la présence de cet animal sur les emblèmes royaux traduit l’ascendance africaine des familles et du pouvoir qu’elles exercent. À Kemet, Hor (Horus) fut clairement identifié au lion dans sa forme d’Hor (Horus) de Mesen, le protecteur de Râ, le harponneur. Ceci explique encore la peau de lion dont s’affuble Héraclès dans les récits mythologiques de la Grèce. L’idée de chevalier, de château, de courage, d’impétuosité, etc., en un mot, tout ce qui caractérise le paladin, et toute la littérature qui en fait mention, trouve son origine dans le récit de la naissance d’Hor (Horus), le prototype du héros Kémite.

Saint-Georges tuant le Dragon. La légende de Saint-Georges est tirée de l’œuvre de Jacques de Voragine, La Légende Dorée. Elle raconte l’histoire d’un chevalier romain qui sauva la fille du roi en tuant un redoutable Dragon qui terrorisait toute la contrée. Saint-Georges sera emprisonné, supplicié, et finira décapité. La fille du roi correspond à Hwt-Hr (Hathor), la prison à l’ovule, le château d’Hor (Horus), et la décollation du héros correspond à la séparation de la tête d’avec le « corps » du spermatozoïde. Saint-Georges deviendra un martyr chrétien, patron des guerriers.

La légende d’Arthur et les Chevaliers de la Table Ronde offre une nouvelle occasion pour la manifestation de cette tradition kémite. La quête du Graal constitue l’aventure principale des Chevaliers de la Table Ronde. Lancelot, l’un des protagonistes de ces récits, montre des traits qui le rapprochent sensiblement du personnage d’Hor (Horus). Il est élevé sous un lac par une fée, comme Hor (Horus) est élevé dans les marais par une déesse. Le motif principal de ce personnage est l’amour qu’il éprouve pour la reine Guenièvre, épouse du roi Arthur. Or, le terme « Arthur » n’a pas d’étymologie dans les langues germaniques, ce qui nous fait croire qu’il s’agit d’une altération du nom « Hathor », une réification pour désigner la déesse, propriétaire du château. La reine Guenièvre n’en est qu’une figure, au même titre que le roi Arthur. Celle-ci sera sauvée des griffes du méchant Méléagant qui l’avait enlevé et la tenait prisonnière dans son château. Ce récit évoque le sempiternel combat opposant Seth à Hor (Horus). Le fils de Lancelot, modèle du chevalier, se nomme Galaad, c’est-à-dire « faucon d’été ». La Table Ronde et les douze principaux chevaliers sont une évocation du cycle solaire et des différentes constellations que traverse l’astre de lumière, comme l’ont remarqué de nombreux auteurs (Jean-Pierre Bayard, La Symbolique du feu). Et le Graal correspond au centre spirituel de ces chevaliers auxquels les auteurs ont donné de nombreuses aventures, il est le pivot autour duquel s’organise les aventures, c’est-à-dire la vie.

Le Château de Buhen, chef-d’œuvre de l’architecture kémite, fut construit il y a 2000 ans av. l’E.E. Un sanctuaire d’Horus s’y trouvait, plusieurs fois rénové par les pharaons de la 18e Dynastie. « Il s’agit ici du premier château-fort de l’histoire de l’humanité. Il a été construit par les Africains anciens à Buhen (Soudan actuel) et remonte à 2000 av. J.-C. Cette construction n’a rien à envier aux châteaux médiévaux car elle possède déjà des meurtrières, des créneaux pour décocher les flèches, des remparts, un pont levi, des fossés, etc…le château fut construit en pierre taillé et en briques de terre crue » (J.-P. Omotunde, Les Humanités Classiques Africaines pour les enfants, p. 34). L’eau du Nil remplissait les fossés, la même technique fut employée sur les bords de la Loire. Hormis le château-fort de Buhen construit par les Kémites de la période antique, on compte quelques autres chefs-d’œuvre d’architecture du même ordre énumérés dans le papyrus ramesseum onomasticon : Le château de Semna sud, le château de Semna est, le château de Semna ouest, le château de Shalfak, le château d’Ouronarti, le château d’Askut, le château de Mirgissa, tous situés sur les bords du Nil, et construis à une époque où l’Europe ne connaissait pas de telles structures.

Qu’est-ce que le Graal ?

Le Graal désigne la coupe avec laquelle Joseph d’Arimathie, l’un des témoins de la crucifixion de Jésus, aurait recueilli le sang du Christ au moment de l’agonie sur la croix. Or, comme le note Jean Frappier, c’est avec Robert de Boron que le Graal est devenu le Saint-Graal. Il écrit : « Son poème qui s’appelle : le Roman de l’Estoire dou Graal, qu’on nomme aussi le Jospeh d’Arimathie, ne raconte pas les aventures d’un conquérant du Graal, mais rattache résolument l’histoire du vase sacré au récit évangélique et à la Passion du Christ, selon l’heureuse expression de W. A. Nitze : il rapporte les enfances du Saint-Graal. Robert, originaire du village de Boron, situé près de Montbéliard, ne semble avoir composé son roman que peu après 1212-1214. Ce n’était certes pas un écrivain de beaucoup de talent, mais il était animé d’une foi très pure, d’une piété naïve qui devait lui rendre toute naturelle son audace, cette idée prodigieuse que le Graal contenait le sang du Crucifié. Une pareille imagination, qu’elle se soit produite ou non en marges de spéculations théologiques, a jailli d’un cœur ingénu » (Jean Frappier, Autour du Graal, p. 42). Cette remarque préliminaire nous conduit à considérer qu’il n’existe pas d’évidences historiques sur l’existence de ce vase, ce qui en fait une légende.

Le récit habituel autour du Graal rapporte que le sang coula dans le vase avec l’eau sortie du flanc du Crucifié que venait de percer la lance d’un soldat Romain, or la Cène et l’Eucharistie nous font prendre le sang du Christ pour du vin. En Grèce, le vin était dilué avec de l’eau dans les cratères, sorte de grands vases cérémoniaux, lors de cérémonies, les symposium, que l’on consacrait à Dionysos, dieu mort et ressuscité. Les convives buvaient le vin dans des vases appelés kylix, terme qui deviendra le calice de la langue française. La tradition grecque au sujet de ce dieu rapporte qu’il fut démembré par lesTitans et jeté dans un chaudron. Le terme Graal  dérive du latin cratella (vase), qui devient le cratère de la langue française. Le chaudron est évoqué en référence au cratère qui rappelle un volcan. Il s’agit ici d’un jeu de mots pour masquer le sens du mythe.

Dionysos, démembré par les Titans sur ordre d’Héra, est bouilli dans le chaudron que les Titans placèrent ensuite sur un trépied. On retrouve vivace cette tradition à travers le chaudron de Delphes et le trépied de la Pythie. Dionysos, le Bacchus des Romains, tout comme Ousiré, est identifié au vin. Le terme Titanprovient du grec titax signifiant roiLes quatorze Titans qui démembrèrent Dionysos sont une allusion directe aux quatorze morceaux du corps d’Ousiré démembré par Seth, le titax, le roi. Fawzia Assaad l’a bien observé qui note que : « La guerre entre Seth et Horus, maintenant deux divinités solaires, répétait celle de Seth et d’Osiris, préfiguration de la lutte entre les Titans et Dionysos. Lors d’une violente bataille, Horus arracha à Seth ses testicules, mais Seth lui déchira l’œil. Thot (dieu lunaire) dans la légende, joua le rôle d’Isis. Il rassembla tous les morceaux de l’œil, sauf un, et le reconstitua par sa magie » (Fawzia Assaad, Préfigurations égyptiennes de la pensée de Nietzche, p. 46). La présence de Thot dans ce récit doit être rapportée au cycle menstruel, et l’œil d’Horus à la lune. Ousiré, identifié au Dionysos des Grecs, au Bacchus des Romains, cultive la première vigne. Le vin, fruit de la vigne, est le sang d’Ousiré, que l’on mélangeait déjà à de l’eau comme cela se fera plus tardivement en Grèce lors de ces cérémonies consacrées à Dionysos. Frazer confirme cet aspect du Dieu Noir : « Des cantiques adressés à Osiris contiennent des allusions à cet aspect important de sa nature. On dit dans l’un d’eux que le monde verdit et croît triomphalement grâce à lui; un autre déclare : Tu es le père et la mère du genre humain; il vit de ton souffle, il se nourrit de la chair de ton corps. (…)Selon une légende, il apprit aux hommes à faire grimper la vigne sur des échalas, à émonder le feuillage superflu et à extraire le jus des grappes de raisin. Dans le papyrus de Nebséni, rédigé vers 1550 avant Jésus-Christ, Osiris est représenté dans un sanctuaire au toit duquel pendent des grappes de raisin ; et dans le papyrus du scribe royal Nekht, nous voyons le dieu sur un trône devant un étang et sur les bords de cet étang une vigne luxuriante chargée de grappes qui touchent le visage vert du dieu assis » (Georges, Frazer, Le Rameau d’or, Tome 2, p.469).

À gauche, cratère grec à figures noires. À droite, cratère de Vix. Le cratère est un grand vase servant à mélanger le vin et l’eau. En Grèce, le cratère servait lors de cérémonies consacrés à Dionysos, dieu mort et ressuscité, à l’instar d’Ousiré.

Le Graal correspond à ces vases gigantesques dans lesquels les prêtres mélangeaient de l’eau au vin en vue des cérémonies consacrées aux dieux Ousiré à Kemet et Dionysos en Grèce; la dilution du vin dans l’eau avait le bénéfice de réduire le degré alcoolique, ce qui le rendait propre à la consommation. On puisait le breuvage dilué dans des vases plus petits appelés kylix en vue des consécrations associées aux rituels dionysiaques. Les Chrétiens seront les continuateurs de cette tradition à travers l’Eucharistie, et l’on perçoit aisément d’où arrive l’importance accordée au Graal dans les légendes arthuriennes, celles d’Hathor, elle arrive de la vallée du Nil.

par Amenhemhat Dibombari

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