Published On: sam, Jan 7th, 2017

LE VOYAGE DE RÂ DANS L’AUTRE MONDE

Les Nubiens anciens ont façonné un ensemble de symboles et d’images qui insistent sur la sérénité qui accompagne le Nṯr Rˁ (Râ) 

lors de son périple dans l’Au-delà.

L’accent porte également sur la transformation du Nṯr qui descend chaque nuit vers les obscures contrées des nṯrw et se transforme en une

divinité régénérée pour surgir à l’aube (dwȝyt), remplie d’énergie (wsr.w) et de vie (ˁnḫ).

Dès son « coucher », Rˁ entreprend son périple, par l’Ouest, en partant de la montagne Manou; au matin (dwȝw), il s’élève derrière Bakhou.

De nos jours, nous disposons de trois œuvres littéraires majeures qui décrivent les multiples dangers que Rˁ affronte avec succès dans l’Au-delà.

Ces compositions nous rassurent aussi sur sa RENAISSANCE (wHm-mswt). Souvent complexes, ces dangers ont évolué à travers les siècles, ce qui n’est pas surprenant lorsque l’on connait le côté « agile » de la pensée antique égypto-Nubienne.

Ainsi, des ajouts, faits à différentes périodes, compliquent le plus souvent des scènes ou des textes déjà énigmatiques. Parfois, les copieurs, incapables de comprendre les documents accumulés depuis des générations, transformèrent certaines inscriptions en un charabia incompréhensible.

Souvent, les feuilles de papyrus, usées ou déchirées, devenues illisibles, étaient difficiles à recopier/retranscrire. Dans ce cas, les scribes exécutants notaient : Gem Wesh (« source originale défectueuse »).

Le Livre de l’Amdouat (« Livre de ce qui est dans l’Au-delà »), est la plus ancienne de ces compilations. Les visiteurs des tombeaux de DjehoutyMessou III (1425 av J.-C) et d’Jmn-Htp II (1401 av J.-C) ont la possibilité d’en voir les versions intégrales dans les dessins schématiques qui ornent les murs des chambres funéraires.

On remarque que dans la tombe de Soutèi 1er (1290 av J.-C) et celle de Ramessou VI (1143 av J.-C) les épisodes, symbole des 12 heures de la nuit, ne sont que 11.

La plus ancienne forme de la 2ème composition, le Livre des Portes, n’apparaît qu’en partie dans la tombe d’Ḥr-m-ḥb (1307 av J.-C), tandis que la version

intégrale figure dans le tombeau de Ramessou VI et sur le sarcophage finement sculpté de Soutèi Ier.

La tombe de Ramessou VI présente également un exemplaire du plus tardif et du plus rare de ces textes, le Livre des Grottes.

Nota : au plus de sa course, Râ se voit doter d’une quadruple tête de bélier. Grâce à elle et à sa position élevée dans le ciel, il est capable de VOIR DANS LES QUATRE DIRECTIONS (périple quadripolaire).

Le savant hollandais Kristensen cité par N. Rambova nous éclaire sur la manière dont les Kamites conçoivent la vie et la mort, avec un mode de pensée complexe (Maât) :

« Tout ce qui vit, tout ce qui se développe résulte de la coopération inexplicable et complètement mystérieuse de facteurs hétérogènes… La vie et la mort sont comme des opposés inconciliables : ensemble, elles forment pourtant la vie éternelle. L’une ne peut l’emporter sur l’autre; elles alternent ou, plus exactement, l’une produit l’autre. La vie universelle est due à l’association de la mort et de la vie; les forces hostiles se réconcilient en elle et perdent leur particularité… le soleil ne meurt pas en se couchant, il retrouve la source cachée de sa vie. La nature de Khepri est dans le devenir ou dans ce qui survient…Mais chaque lever se fait dans et de la mort, qui devient ainsi potentiel de vie. Le soleil puise l’énergie nécessaire à son lever dans les ténèbres qui sont le berceau de la Lumière… La demeure de la vie absolue se trouve dans le royaume de la mort » (1).

La Douat n’est pas une terre de désespoir. La formule 17 du R(ȝ) n(y) pr.t m hrw :

« Je suis HIER, je suis DEMAIN, Que signifie cela? Ousirê est Hier et Râ est DEMAIN ».

En effet, là où la mythologie eschatologique Occidentale débouche souvent sur le pessimisme, la Douat, elle, est le lieu où deux nTrw se rejoignent – Râ devient Ousirê et Ousirê devient Râ. Le Dieu de l’au-delà est la forme passée du dieu de la Lumière Divine, de laquelle le soleil renaît.

–> La vie et la mort forment un mouvement continu, l’une engendrant l’autre, éternellement.

____________________________________

 

Textes des Sarcophages (Sakhou) – Voyage dans les barques de Râ.

 

  • O Wsr N., tu traverses le ciel, tu parcours le firmament. Ceux qui sont dans le lac Khat’adorent, lorsqu’ils te voient, boule étincelante dans l’horizon oriental ; les habitants de l’au-delà souterrain[acclamant] ta belle apparition. Tu montes dans la Barque de la nuit, puis tu descends dans la Barque du jour, ainsi que te l’a ordonné Horo lui-même, le chef des Pât
  • O Wsr N., tu montes au tribord du ciel et tu descends au bâbord de la terre, parmi ces dieux qui sont en la suite d’Wsjr (Km-Wr), en paix et en repos, auprès de Râ, dans le ciel.

Notes complémentaires : les défunts étaient appelés Ousir. Le nom du dieu ainsi accolé à ceux des morts devait permettre à ceux-ci de s’assimiler pleinement avec le dieu de la « résurrection ».

 

« Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ».

 

Dans le nouvel univers, Râ vogue au ciel, sur le dos de Nwt (Hwt-Hr ou As.T, selon les époques). Le périple s’effectue, comme sur le Nil (jtrw) de la terre, dans une barque; Râ dispose de deux embarcations sacrées : l’une pour la traversée diurne sur le Nil du ciel-d’en-haut, l’autre dans le ciel-d’en-bas pour la traversée nocturne sur le Nil souterrain. Le passage d’un navire à l’autre se fait en deux points fixes :

l’Orient et l’Occident, dans les « Deux Horizons », conçus selon des images diverses; le signe mdw-nTr – idéogramme – correspondant à ce mot est une image générale (cf. hiéroglyphe Fig. – 5) qui supporte des interprétations différentes : deux collines, séparées par une vallée centrale d’où Râ, à l’Est, surgira à chaque aube – deux arbres (perséas, sycomores de turquoise) entre lesquels jaillira, à l’Orient, le globe lumineux.

À l’Occident, le mouvement sera inversé. Ainsi, éternellement, se poursuivra le cycle sacré.

 

Ce périple ne se fait pas sans encombres. Les forces malfaisantes, toujours en quête de désordre, s’incarnent notamment dans la forme du serpent, qui à chaque traversée, renouvellera ses attaques. Le serpent aussi paraît être immortel aux yeux des hommes, car il renaît à chaque mue – immortel, semble-t-il, mais cependant accessible et toujours VAINCU (2).

 

Enfin, il est remarquable de signaler la réelle « Universalité » de Râ : à la 5ème heure du périple quadripolaire de Râ, apparaissent les représentants des « QUATRE RACES », les Égyptiens, les Asiatiques, les Nubiens, et les Libyens, ceux-là mêmes qui constituent « le troupeau de Râ ». Au matin, Râ rajeuni leur apporte à TOUS la lumière et l’énergie de la vie (Anga).

 

(1) A. Piankoff, Mythological Papyri, New York, Pantheon Books, 1957.

(2) Textes sacrés et textes profanes de l’ancienne Égypte, Ed. Gallimard

Dans la barque solaire halée par les Ikhemou Sekhou, Râ (son corps) se tient debout sous un baldaquin / dans un naos, un serpent protecteur dressé face à lui. C’est la forme du soleil nocture, homme à tête de bélier. Il est accompagné de Heka (magie) et Sia (connaissance). Le serpent Mehen entoure la chapelle de ses replis, à l’abri desquels le corps de Râ va pouvoir se regénérer (Livre des Portes, et à partir de la 7ème heure dans l’Amdouat).

 

ȝḫt (Akhet). Fig – 
ECRIT par Hor Aha

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