Published On: lun, Mar 13th, 2017

LES FASTES DE LA CHEVALERIE AFRICAINE DE LA PÉRIODE IMPÉRIALE

1- L’Afrique impériale et ses chevaliers.

Les chevaliers ont joué un rôle majeur dans l’histoire des grands empires africains. Les échanges commerciaux sur les routes transsahariennes, leur ont permis d’acquérir très tôt, des montures plus robustes et de grandes tailles. Fervents défenseurs des grands royaumes, les chevaliers étaient épaulés par des troupes au sol, agiles et déterminées. Mais chose particulière, nos corps de chevaliers se scindaient en deux groupes distincts : Un escadron lourd, comportant cuirasse en métal, chevaux de grande taille, épée, lourde lance, épais bouclier et cape décorée aux couleurs de leur unité et de leur royaume. Cet escadron était chargé de la défense rapprochée de l’empereur et de sa famille.
Un escadron léger plus nombreux, comportant javelots, lances plus courtes et chevaux de petite taille. Il se chargeait de la défense des habitants du royaume en étroite collaboration avec les troupes au sol.

Aussi, il n’est pas rare de constater que les habits de certains chevaliers africains sont quasiment identiques à ceux des chevaliers européens du moyen âge. Prenons par exemple les chevaliers de l’Empire Moro Naba du Burkina Faso. Leurs lances (rouge et blanche), la plume d’oie sur le casque, les habits, les gilets à côtes de mailles, le carapaçon qui recouvre les chevaux, etc…, tout cela fait penser aux chevaliers européens.

On dispose encore de nombreux documents relatant la majestuosité de ces chevaliers et leurs hauts faits d’armes font partie de la tradition africaine. A ce titre les descriptions qu’en font les historiens consciencieux, nous permettent d’imaginer leur apparat :

« Jusqu’au XIXème siècle, la grosse cavalerie des Foulbés ou Peuls était équipée de cuirasses ou de cottes de mailles sous des manteaux matelassés. Par la suite, les manteaux comme les cuirasses métalliques ne furent plus réservées qu’aux cérémonies….
Dans la grosse cavalerie, la cuirasse (comme celle des romains) remplaçait la cotte de mailles et offrait contre les flèches et les pointes une protection sans doute meilleure que les vêtements utilisés par les Mossis du Burkina Faso…
Le cavalier Foulbé était quelque peu handicapé par la lourdeur de son armure qui l’obligeait, en cas de chute, à demander de l’aide pour se remettre en selle…
La hache était une arme très utilisée pour les combats rapprochés. Elle pouvait être décorée (…) et servir lors de cérémonies rituelles (…) Le guerrier Ethiopien prenait grand soin de son bouclier (…) Les lances étaient souvent employées aussi bien à la guerre qu’à la chasse…
L’étrier métallique était relié à la selle par une courroie de cuir « (Cf. Terres et peuples d’Afrique, éd. Gallimard)

Chose particulière, les armes des chevaliers servaient aussi aux cérémonies religieuses et aux parades devant l’empereur. L’Afena ou épée de l’empire Ashanti au Ghana, symbolisait aussi la royauté. Au Zaïre, le roi des Bakoubas participait par exemple aux cérémonies officielles, vêtu d’une lance et d’un glaive royaux.
Ces mêmes armes pouvaient aussi servir pour la chasse, tels les Langos (Ouganda) qui utilisaient une longue lance à cet effet.

2- Les grands châteaux forts africains de la période impériale.

L’Hollandais O. Dapper nous a légué des longues descriptions des royaumes de ces chevaliers édifiés à l’intérieur des terres africaines et celle du vaste empire du Monomotapa en particulier, dirigé par le seigneur Mwana Mutapa est la suivante :

« On y entre (dans le royaume) par quatre grands portaux où les gardes de l’empereur font tour à tour la sentinelle. Les dehors sont fortifiés de tours et le dedans divisé en plusieurs chambres spacieuses garnies de tapisseries de coton où la vivacité des couleurs dispute le prix à l’éclats de l’or, si l’on en croit quelques géographes.
Des chaires dorées, peintes et émaillés et des chandeliers d’ivoire suspendus à des chaînes d’argent sont une des beautés de ces appartements somptueux. Sa vaisselle est de porcelaine entourée de rameaux d’or ».

Un explorateur français du 17ème siècle, Nicolas Sanson d’Abbeville, nous lui aussi décrit le même palais. Nous constatons alors que nul ne manquait d’éloge pour décrire ce vaste empire :

« Le palais est grand, magnifique, flanqué de tours au dehors avec quatre principales portes ; le dedans enrichi de tapisseries de coton, rehaussée d’or et de meubles riches et superbes ».(Cf. L’Afrique en plusieurs cartes nouvelles et exactes, Paris, 1656)

Pour Delafosse, l’empire Mande (Mali), dont les rois célèbrent furent entre autre Soudjata Keïta, Kankou Moussa et Bakari II, fut l’un des :

« Plus puissants empire que l’univers ait connu ».

Gouverneur honoraire des Colonies françaises d’Afrique, Monsieur Georges Spitz, reconnaît à propos de cet empire Mandingue :

« L’empire de Mali ou empire Mandingue, qui dura du XIème au XVIIème siècle, a été le plus puissant des empires soudanais (…) Le Mandingue avait atteint alors un degré de civilisation inégalée.
Le Sultan du Maroc lui envoyait des ambassades ; l’administration des provinces était confiée à des gouverneurs civils, la justice était assurée, l’ordre et la sécurité régnaient partout…
Des armées régionales assuraient la défense et la police du territoire ; le commerce était actif et prospère ; les fêtes publiques étaient célébrées avec faste ; les mines d’or du Bouré alimentaient le trésor…. »(Cf. L’ouest africain français, Afrique occidentale française, AOF et Togo, collection Terres lointaines, Paris, Sté d’éditions géographiques, maritimes et coloniales, 1947.)

L’empire Mandingue du XIVème siècle était un véritable état.

L’organisation politique était, selon ce même rapport, l’un des points fort des empires africains. Prenons l’empire Mossi, leurs états avaient à leur tête :

« Un empereur appelé Mogho Naba qui était assisté de ministres ou dignitaires et vivait entouré d’une véritable cour, avec pages et eunuques.
Les Mogho Naba commandaient à des gouverneurs, chefs de province, élus mais recevant d’eux leur investiture, les Dima. Au-dessous venaient les chefs de canton et de villages (…) Comme l’a écrit Mgr Thévenoud, Vicaire Apostolique de Ouagadougou :

« Quand Philippe VI de Valois commença la guerre de cent ans, Ouagadougou était déjà la capitale du Mossi  » (.Cf. Mgr Thévenoud, Dans la boucle du Niger, éd. Grands Lacs, 1938.)

3- Les armes africaines :

Les armes offensives sont employées pour attaquer et impressionner l’adversaire. Les armes offensives se divisent en plusieurs catégories :
les armes de poings,
les armes de jet,
les arcs et les flèches.
Parmi les armes de poing en bois, on trouve :
la massue (connue en Afrique depuis l’Egypte prédynastique),
les armes de jet en bois,
les armes de chocs en bois.

Les armes de poing à lame métallique : ce type d’armes est sauf exception conçue pour le combat au corps à corps. Les haches, qui servent principalement à fendre, les haches d’apparat, les haches à tête d’oiseau et les herminettes. Les couteaux droits ou courbes sont des objets aux multiples usages.

Il existe des poignards droits ou courbes, des épées droites ou courbes, des épées courtes, des sabres, des armes faucilles, des couteaux discoïdes et pour terminer des couteaux de jet.
Les armes de jet, javelots, lances, harpons et sagaies permettent d’attaquer de loin. Bien que leur fonction principale soit de toucher une cible à distance, ces armes peuvent aussi avoir d’autres fonctions.

Le javelot est léger et est généralement jeté, la lance, plus lourde, sert plutôt d’arme d’estoc, la sagaie, de longueur nettement inferieure aux modèles précédents, est utilisée comme arme d’estoc, de choc ou d’esquive. Le harpon a toujours une pointe barbelée fixe ou amovible. Dérivé des armes de chasse, il a trouvé son chemin vers les champs de bataille.

La dernière catégorie est composée par les arcs et les flèches, armes légères par excellence servant à toucher une cible à très grande distance. Probablement conçues pour la chasse, ces armes ont trouvé leur place dans l’équipement du guerrier.

Il est évident qu’avec l’introduction des armes à feu qui permettent de tuer de très loin (par les européens), toutes ces armes ont été moins prisées. Néanmoins, les modèles les plus simples ont survécu longtemps comme armes de chasse, tandis que les plus élaborées ont été maintenues pour le prestige, les cérémonies et les cultes.

4- Conclusion

Prenons congé en découvrant une nouvelle déclaration de Monsieur Georges Spitz, ancien gouverneur des Colonies françaises d’Afrique. Une telle déclaration devrait normalement être intégrée dans les manuels scolaires actuels afin d’introduire une certaine objectivité dans les récits historiques traitant de l’Afrique. Notre homme nous livre, avec un minimum de franchise, son point de vue global de l’organisation de ces grands royaumes africains de l’époque :

« L’histoire des empires noirs (…) est cependant fort instructive et son étude permet notamment de constater que des peuples noirs sédentaires (…) ont pu élever avec leurs seules conceptions des édifices politiques, administratifs et sociaux d’une structure et d’un développement comparable à ceux qui, du Vème au XVème siècles, existaient en Europe et témoignaient d’une civilisation déjà avancée ».






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