Published On: ven, Fév 3rd, 2017

L’UNIVERS PLOIE, DE PAUL NWESLA BIYONG

31MvbWlvy6L._SX327_BO1,204,203,200_Qu’est-ce qui nous berce d’humanité ? Où va la « décroyance » ? 
 
On ne prend pas la poésie comme une page circonstancielle, elle vient au monde avec les chocs humains successifs de la naissance, à chaque battement de vie. Qui naît autrement qu’en poésie ? Pas Nwesla Biyong qui semble avoir plongé sa parole en elle dans la source mûre du temps dépassé. Et à venir. 
D’un regard inondant le monde et l’humain jusqu’aux recoins les plus obscurs dont il cherche à desceller les mystères et les mensonges, Nwesla Biyong met en exergue des lendemains, qu’il nous faudra bien saisir par le possible, l’alerte aux séismes endo-parturients. On ne secoue pas la poussière d’un monde pour annoncer sa reprise, sans remuer ses socles humains. Les siens, les nôtres, dans nos « bétifications » extrêmes et nos déconfitures, nos espoirs et nos abandons, notre richesse que nous ne savons pas assez situer. Dans les mots du poète, nos raisons voient le jour leur tomber sur le coin du regard à replacer.
 
Parle-t-on d’un réveil, la poésie nous l’offre, ici.
 
Tout en décousant l’Histoire, et ses incrustations anté-post-néo colonisées, d’un arsenal voyant digne des lunettes astronomiques, visitant la dualité de l’infini, – rien n’est assez loin de nous, nulle part au fond de nos secrets, nulle part au-delà de la Voie et l’espace-, le poète nous incite à fouiller en nous le désastre intime pour tenter de sortir du constat et des sidérations, et enclencher l’intention vraie de vivre. Vivre non pas malgré cet univers qui ploie, mais contre la flexion morbide.
 
 Il vaudrait mieux ne pas en rester à l’écho sempiternel des certitudes,
 
« Embué dans une danse 
Pestilence » 
 
au risque de mourir bien et bel, sous le sceau trompeur des difractions du verbe. 
 
« Voici le nerf à stimuler
Eventrer l’outre des sens cachés » 
 
Voilà comment il nous prend par la poésie et crie haut et clair que la condition infra-humaine, maître de nos claudications, est connue, pointée, ciblée, et que la conscience n’est conscience que si nous la prenons au mot. Puisqu’il faut avancer, croisons le faire avec l’âme ! 
 
C’est dans cette écriture « galiléenne » du penser, éventrant les recommencements de nos désillusions, que nous sommes amenés à entrer dans « L’univers ploie », ayant posé au seuil tous nos vastes champs de plus ou moins confortables attentes, et nos chants qui s’y collent… Le poète nous appelle à écouter, entendre ce qui vient du tréfonds de nos misères injustes, celles que nous ne semblons pas toucher dans nos égoïstes frontières internes, celles que la partie haute d’une échelle de « dévaleurs » enfonce dans la gorge de l’humanité déçue. Et nos inversions de la logique universelle. Il nous prête son oreille et ses yeux pour nous donner à lire au-delà des mots, comme il les tisse sur chair et peau des hasards sonnant le glas de nos prétentions… et creuse en lui ce qui résonne en nous. Que ferons-nous du monde de demain si nous ne savons pas maintenant prendre nos raisonnements par le retour
 à l’autre ?
 
Si l’humanité boîte, ce n’est pas le pied malade qui l’a cherché, il est grand temps de ne plus adopter la vis forant les malléoles de la continuation. 
 
Pour nous emmener sur sa route, Nwesla Biyong pense dans le mot comme un gymnaste pousserait à bout l’élasticité de ses membres. Il scrute le lemme dans son infinie justification, désarticule le verbe pour que la parole poétique s’insinue en nous, quoi que nous puissions attendre de la lecture, quelle que soit la distance que nous pourrions vouloir en bouclier contre nos piteux propres aveux d’avidité et ses déconvenues, car dans cette poésie-là la clarté vient comme cartes sur table. Un réveil, oui, un éveil à nous-mêmes et cet univers qui n’est bancal que par nos tiraillements intérieurs. 
 
Qu’avons-nous fait de l’humain, que voulons-nous en faire…
 
Lisons-le. Entendons.
 
 
                                                                                                                    Marie Hurtrel

L’univers ploie
 
Je te donnerai à lire
Ces vers voraces qui me rongent
De l’intérieur l’ossature
Toute forme de fibres ils trouent
Et aspirent mon intellect usé chaque jour
Chaque nuit que feuillette Cronos
Sans somnoler dans le vaste vestibule de mon oubli
 
Je te donnerai à voir
Les carcasses faméliques des soupirs séchés
Les lendemains boucanés aux bâillements de l’échec
Le choc quand
L’âme de la rue est trucidée de génuflexions répétées devant le
Libre ceint aux pages négligemment raturées
Les choses comme elles sonnent démasquant
Les dandys nantis se dédoublant en sanguinaires bandits
 
Aujourd’hui est le désert de l’acte bon alors
Mon flot est deux mots
Sans être une rivière je rigole
De l’Est à l’Ouest je
Septentrionne un air méridional
Parce que la sécheresse spirituelle sahélise
L’univers rubéolé
Ployé sous les volutes méphistophéliques des anges de la nuit.

 
Mystère
 
 
Au-dessus de tous les pouvoirs
Il y a le froid et la solitude
L’incompréhension et le doute
 
La sagesse a des ailes invisibles qui
Décomposent l’être de chair
Où la folie enrobe toute raison
 
L’humain est une chose qui se désagrège
S’atomise
Jusqu’à comprendre l’intime connaissance cosmique.

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