Published On: dim, Oct 1st, 2017

ORIGINE AFRICAINE DE L’ÉQUATION ATOMIQUE, LA NAISSANCE D’ADAM ET EVE

Depuis que nous nous intéressons à l’anthropologie religieuse, que nous traitons d’ailleurs sans prétention puisqu’elle n’est pas notre premier métier, l’argument final de ceux qui tiennent la Bible pour originale et indépassable, puisque parole divine, a toujours consisté à rappeler qu’elle avait établi son autorité depuis des millénaires, et que, par conséquent, ce n’est pas d’arguments qu’elle avait manqué pour asseoir son éternelle vérité. Ceux qui tiennent ce discours oublient premièrement de considérer toute la terreur de l’Inquisition qui finira par imposer ce «culte angélique » aux « païens » d’Europe; ils oublient aussi le feu de la « mission civilisatrice » qui viendra consumer les royaumes et empires kémites à partir du 15e siècle (début de la Traite transatlantique); empires, d’ailleurs, déjà fortement ébranlés par les assauts répétés de l’Islam. Ces arguments une fois établis, l’esprit de l’Africain islamo-christianisé quitte le terrain de l’Histoire et va se réfugier dans celui de la foi, d’où il nous faut maintenant le déloger.

Avant Cheikh Anta Diop, l’Afrique, c’est-à-dire Kemet, n’avait jusqu’alors posé aucune question valable sur l’authenticité du récit qui se déploie dans la Bible; or, c’est à partir de ce travail seulement, fondé sur les Humanités classiques et le Savoir endogène kémites, qu’allait apparaître les vraies limites de ce livre et les sources littéraires qui auront inspiré les chroniqueurs de ses chapitres.

Personne, à part le Kémite, dépossédé et frustré de son patrimoine ancestral, n’a eu intérêt à dévoiler l’imposture que constitue cet ouvrage. Les auteurs non-Africains qui, de bonne foi, se sont essayés à cet exercice ont vite compris qu’il conduirait à remettre en question les fondements même de la civilisation sur laquelle ils avaient bâti leur conscience. Seul le Kémite est capable d’aller jusqu’au bout de cet exercice car lui seul se trouve capable d’en questionner l’antichambre, c’est-à-dire la Civilisation qui aura conceptualisé l’idée même de Dieu; nous parlons bien sûr de la Civilisation kamito-nubienne, encore appelée « Civilisation égyptienne ». « Aujourd’hui encore, notait Cheikh Anta Diop, de tous les peuples de la terre, le nègre d’Afrique noire, seul, peut démontrer de façon exhaustive, l’identité d’essence de sa culture avec celle de l’Égypte pharaonique, à tel enseigne que les deux cultures peuvent servir de systèmes de référence réciproques. Il est le seul à pouvoir se reconnaître encore de façon indubitable dans l’Univers culturel égyptien; il s’y sent chez lui; il n’y est point dépaysé comme le serait tout autre homme, qu’il soit indo-européen ou sémite. Autant un Occidental, aujourd’hui encore, en lisant un texte de Caton, ressent l’écho de l’âme de ses ancêtres autant, la psychologie et la culture révélées par les textes égyptiens, s’identifient à la personnalité nègre. Et les études africaines ne sortiront du cercle vicieux où elles se meuvent pour retrouver tout leur sens et toute leur fécondité qu’en s’orientant vers la vallée du Nil » (Cheikh Anta Diop, Antériorité des Civilisations Nègres, p.12).

Débutons cet exposé en présentant brièvement la succession des évènements rapportés par la Cosmogonie d’Iounou (cosmogonie héliopolitaine).

1) Atoum est dans le Noun, l’Incrée.
2) Il vibre et de cette vibration, sort du Noun.
3) Il crée Shou et Tefnout, premier couple parèdre.
4) De ce premier couple naissent Geb et Nout, deuxième couple parèdre.
5) De Geb et Nout naissent Osiris, Isis, Seth et Nephtys.
6) D’Osiris et Isis naît Horus (qui transmet la couronne au premier pharaon de Kemet).

Cette succession simplifiée des évènements consacrés à la naissance de l’Univers d’après la Cosmogonie d’Iounou est un rappel et permet uniquement d’établir le squelette dialectique sur lequel cette nouvelle révélation est fondée.


La Cosmogonie d’Iounou

Notre discussion tournera autour des quatre Neterous primordiaux, à savoir ShouTefnoutGeb et Nout. Un développement ultérieur pourra compléter ce tableau qui se limite pour l’instant à cette introduction pour ne pas compliquer davantage le discours.

Dans le Timée de Platon, texte inspiré de la Cosmogonie d’Iounou, l’auteur grec fait état de quatre solides ou formes géométriques, des polyèdres réguliers, à savoir : le tétraèdre, l’hexaèdre (cube), l’octaèdre et l’icosaèdre, qu’il assimile aux « briques » avec lesquelles le Démiurge a constitué l’Univers; ces formes géométriques correspondant respectivement au feu (tétraèdre), à l’air (icosaèdre), à la terre(cube/hexaèdre) et à l’eau (icosaèdre). La constance avec laquelle Platon s’appliquera à ne jamais révéler ses sources est à l’origine de nombreuses confusions, ce qui laisse un caractère vertigineusement spontané à ses trouvailles. Cheikh Anta Diop ayant relevé cette tendance chez les philosophe grec qualifie de « piètre et dégradé » l’exposé de Platon, ajoutant que : « Platon et Eudoxe séjournèrent pendant treize ans à Héliopolis (Note : Iounou) même, ville où naquit la cosmogonie dite héliopolitaine dont Platon s’est étroitement inspiré dans Le Timée, allant jusqu’à reproduire même les phrases des textes égyptiens sans les citer, comme lorsqu’il écrit : « Ce qui devint est devenu; ce qui devient est en train de devenir…[i][b] (Timée, 38b.) (Note : il s’agit ici du principe de Kheper/Khepri) » (Cheikh Anta Diop, Civilisation ou Barbarie, p.434).

Que désigne le terme « [b]Démiurge » ? Guillaume Rivet rappelle que ce mot « provient du grec [i]dêmios, qui signifie plébéienpopulaire, et deergon, signifiant l’œuvre, le travail. Mais Platon lui confère un sens philosophique. Il faut donc comprendre ici comme désignant le fabriquant et le père de l’univers. Il est le fabricant de par son travail artisanal, tout en étant dirigé par un modèle théorique. C’est pourquoi il n’est pas un créateur, mais l’organisateur d’une matière et de formes déjà présentes. Il est une entité distincte, dont la description se fait souvent avec des termes anthropomorphiques. Il éprouve des sentiments, souhaite, réfléchit, prévoit, raisonne et parle. Cependant, il n’est pas un individu, mais plutôt une fonction ; sa volonté s’appliquant au réel dans son ensemble, il devient celui qui ordonne le monde, à la manière d’unreprésentant juridique. Le travail artisanal est explicitement avancé par Platon, qui le compare à un modeleur de cire, à un ouvrier travaillant le bois ou à un assembleur d’éléments. Le démiurge imprime une forme à la matière, sans être l’auteur de la forme. Les éléments de l’Univers sont le feu, l’air, l’eau et la terre, comme le font savoir l’opinion traditionnelle et Empédocle à ce sujet. Il est fait mention de relations entre les quatre éléments, les formes géométriques connues à l’époque de Platon et les lettres. En somme, pour que la genèse de l’univers se fasse, il faut une volonté exclusivement bienveillante – le démiurge –, puis une mise en ordre du chaos originel afin de transformer celui-ci en un cosmos harmonieux — travail artisanal du matériau brut –. Il faut ajouter à cela le calcul et la géométrie afin de rendre ce cosmos équilibré et beau (kalon) – fonction intellectuelle et esthétique du démiurge –, et il faut enfin introduire une intelligence qui anime la matière – l’âme du monde » (Guillaume Rivet, Du mouvement de révolution circulaire dans la pensée de Platon, 2008).

La vibration initiale d’Atoum dans le Noun a distribué les éléments suivant leur nature et leur « poids »; Platon, qui donne au Noun le nom de «Nourrice », revient sur cette idée lorsqu’il affirme que : « Or la nourrice de ce qui naît, humectée et enflammée, recevant les formes de la terre et de l’air et subissant toutes les modifications qui s’ensuivent, apparaissait sous des aspects de toute espèce. Et parce que les forces dont elle était remplie n’étaient ni égales ni en équilibre, elle n’était en équilibre en aucune de ces parties; mais ballottée inégalement dans tous les sens, elle était secouée par ces forces et leur rendait secousse pour secousse. Emportés sans cesse les uns dans un sens, les uns dans l’autre, les objets ainsi remués se séparaient, de même que, lorsqu’on agite des grains et qu’on les vanne avec des cribles et des instruments propres à nettoyer le blé, ce qui est épais et pesant va d’un côté, ce qui est mince et léger est emporté d’un autre, où il se tasse. Il en était alors de même des quatre genres secoués par leur réceptacle; remué lui-même comme un crible, il séparait très loin les uns des autres les plus dissemblables, et réunissaient autant que possible sur le même point les plus semblables, ainsi occupaient-ils déjà des places différentes avant que le tout formé d’eux eût été ordonné. Jusqu’à ce moment, tous ces éléments ne connaissaient ni raison ni mesure. Lorsque Dieu entreprit d’ordonner le tout, au début, le feu, l’eau, la terre et l’air portaient des traces de leur propre nature, mais ils étaient tout à fait dans l’état où tout se trouve naturellement en l’absence de Dieu. C’est dans cet état qu’il les prit, et il commença par leur donner une configuration distincte au moyen des idées et des nombres. Qu’il les ait tirés de leur désordre pour les assembler de la manière la plus belle et la meilleure possible, c’est là le principe qui doit nous guider constamment dans toute notre exposition. Ce qu’il me faut essayer maintenant, c’est de vous faire voir la structure et l’origine de chacun de ces éléments par une explication nouvelle; mais, comme vous êtes familiers avec les méthodes scientifiques que mon exposition requiert, vous me suivrez. D’abord il est évident pour tout le monde que le feu, la terre, l’eau, l’air sont des corps. Or, le genre corporel a toujours de la profondeur, et la profondeur est, de toute nécessité, enclose par la nature de la surface, et toutes surfaces de formation rectiligne est composée de triangles. » (Platon, Timée, 52c-53c).

Ce développement de Platon est capital pour comprendre ce que nous allons maintenant établir : « d’abord il est évident pour tout le monde que le feu, la terre, l’eau, l’air sont des corps. Or, le genre corporel a toujours de la profondeur, et la profondeur est, de toute nécessité, enclose par la nature de la surface, et toutes surfaces de formation rectiligne est composée de triangles ». La notion de profondeur que Platon tente de rendre ici nous est désormais connue sous le nom de « perspective cavalière ». Le plan sur lequel compose le géomètre est toujours plat (surface rectiligne), d’où l’introduction du triangle pour rendre compte des trois dimensions. Ceci est la base de la géométrie, et pourrait aussi justifier de l’écriteau que l’on donne à l’entrée de l’Académie où exerçait Platon : « Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre ».

Pour comprendre le lien entre ce discours et la Cosmogonie d’Iounou, il convient d’établir le « caractère » des quatre Neterous primordiaux : Shou-Tefnout, le premier couple, est identifié au feu et à l’air (souffle). Jan Assmann note à ce propos qu’ :« Au commencement, il y a Atoum, le dieu de la préexistence qui, passant à l’existence, apparaît en dieu-soleil Rê. Atoum fait procéder de lui-même Shou et Tefnout, c’est-à-dire l’air et le feu – et non l’humidité, comme Tefnout a été comprise jusqu’ici. Tefnout est en effet la déesse de la lumière primordiale (…). Shou et Tefnout produisent Geb et Nout, le dieu de la terre et la déesse du ciel » (Jan Assmann, Mort et Au-delà dans l’Égypte ancienne, p. 48). Contrairement à ce que dit Jan Assmann, Tefnout n’est pas assimilée à la lumière, mais à l’air (Souffle) et c’est bien à Shou que revient le caractère lumineux, le caractère du « feu ». La preuve de ce que nous avançons est établie dans le Traité Égyptien de la Lumière, Textes des Sarcophages, Chapitre 75-83. C’est Shou qui parle : « Formules de manifestation de la lumière et des mutations de la lumière. Je suis le feu secret de la lumière, le principe divin qui se transforme lui-même. Je suis toute connaissance. Je suis la lumière. Je me suis transformé en membre du principe divin qui se crée lui-même. Je suis le feu secret de la lumière dont la forme demeure cachée » (Textes des Sarcophages, chapitre 75).

Ces paroles sont limpides et ne souffrent d’aucune discussion suivante : « Je suis la lumière » dit Shou. Quoiqu’il en soit, l’idée générale qu’il faut retenir est que le couple Shou-Tefnout, Feu-Souffle, induit l’idée de séparation, et le couple Geb-Nout, Terre-« Ciel », induit l’idée d’association. Pour comprendre ceci il suffit de reconnaître qu’il n’y a que deux manières de séparer des corps liés, par le feu ou le souffle. L’Homme, pour s’émanciper de la terre utilise le feu de la combustion (essence, kérosène, muscle, etc.) ou le souffle (delta-plane par exemple). Cette liaison de l’Homme à la Terre est irrésistible car fonction d’une force que la physique appelle la « pesanteur », force induite par la notion de « masse » décrite déjà dans les signes hiéroglyphiques du Noun et de Nout que voici :


Noun et Nout, formes hiéroglyphiques. Remarquez le vase « nou » et le signe du ciel

La notion de masse est perceptible dans le vase nou, phonème qui entre à la fois dans le nom du Noun, les « Eaux primordiales », et de Nout, le « Ciel ». Rappelons que la lettre t rendue par la galette de pain est une désinence (terminaison hiéroglyphique) muette pour indiquer le genre féminin. Ainsi, le nom de la déesse du « Ciel » s’écrit avec le vase nou et le signe du ciel; signe (du ciel) que l’on retrouve également dans le nom « Noun ». Ces représentations induisent une proximité de compréhension entre la notion de Noun (Nww) et celle de Nout (Nw-t). Le vase nou, comme le rappelle André Fermat, « contient une mesure de l’énergie primordiale issue de l’océan des énergies primordiales (Noun) » (André Fermat, Le Livre des Deux Chemins, p.19). Cette « mesure de l’énergie primordiale », présente trois fois avec le Noun et une fois avec Nout (voir les signes hiéroglyphiques) est à l’origine de la masse. Pourquoi ? Il convient, pour le comprendre, d’établir ce que c’est que la masse.


Hatchepsout tenant le vase « nou »

Essayant de circonscrire cette notion, Jean Hladik reconnaît : « Nous avons vu que la masse est difficile à définir. C’est une notion intuitive liée à la présence de la matière sans que l’on sache donner une définition de ce qu’est la matière. La dynamique permet au physicien de caractériser cette matière par un coefficient d’inertie qu’il appelle la masse. S’il parvient à démontrer que l’énergie possède une certaine inertie, il pourra dire qu’elle est équivalente à une certaine masse » (Jean Hladik, E=mc2, Histoire méconnue d’une célèbre formule, p.85-86).

Plus loin nous définirons, à travers la notion de « khôra », comment la matière doit être envisagée.

L’avant-garde de la physique des particules est aujourd’hui mobilisée par la quête du Boson de Higgs, cette particule élémentaire qui serait responsable de la masse. On a vu plus haut que la masse exprime un coefficient inertiel de la matière. En 2012, sans toutefois découvrir cette mystérieuse particule, les chercheurs du Centre Européen de Recherche Nucléaire (CERN) ont amélioré les probabilités de son existence sur la base d’expériences conduites à partir du Grand Collisionneur de Hadrons (LHC). On ne peut songer à l’Océan de Higgs ou Champs de Higgssans considérer les similitudes que cette notion induite par le physicien britannique Peter Higgs partage avec le Noun des Africains de la période antique.

Ruth Schumann Antelme et Stéphane Rossini évoquent ce point d’équivalence en rappelant que : « Si les Anciens voyaient la matière première du cosmos comme un abyssos inorganisé, mer primordiale figurée par le dieu Noun, nos savants ont la soupe précosmique[b], l’univers primitif de l’ère de Planck, sans structure et dont la composition pose toujours problème… Nous ne sommes pas loin du Noun des Anciens ! Ces deux concepts théoriques fixent un point zéro, base artificielle et spatio-temporelle de l’univers, mais nécessaire à l’édification d’une structure de travail, afin de progresser : l’émergence de l’énergie-soleil du Noun pour les Anciens, le big bang pour les Modernes. Les Égyptiens, comme les astrophysiciens actuels, concevaient, et envisagent encore la modification, voire la disparition de l’actuel univers et son éventuel renouveau » (Ruth Schumann Antelme et Stéphane Rossini, Nout, le cosmos des pharaons, p.31).

L’image habituellement employée pour illustrer l’Océan de Higgs donne à voir [b]des vagues à la surface d’un océan; ce qui est l’exactereprésentation du Noun. D’après Peter Higgs, c’est l’océan ainsi décrit qui donnerait la masse aux particules par un jeu d’interactions continuel. Plus un corps est plongé « en profondeur » dans l’océan de Higgs, plus grande sera sa masse. La masse est le produit de l’interaction des particules avec le Noun. Les vagues dites de Higgs, celles du Noun, sont depuis une vingtaine d’années, l’objet de la quête qui permettrait de découvrir le fameux Boson de Higgs. Si l’on questionne l’iconographie sacrée des Kémites de la période antique, on verra que le postulat de Peter Higgs est déjà perceptible à travers la douzième heure du Livre des Portes. Ce document destiné aux rites funéraires pharaoniques illustre la compréhension que les Kémites avaient des interactions entre le Noun, « l’Océan primordial », le Tano des Akan, et la Création.

Au plan humain, la masse, à travers Nout, principe féminin, représente la frontière entre le monde organisé (celui des Hommes) et le Divin. Nout c’est la femme enceinte qui tient un fœtus (Atoum) baigné dans les « eaux primordiales ». Cette compréhension explique l’omniprésence des fleuves dans les cosmogonies et les traditions kémites pour établir la frontière entre le monde des vivants (existence de la masse) et le monde des morts (inexistence de la masse, l’âme ou esprit « signifie évidemment une substance volatile » note Zosime de Thèbes, c’est-à-dire une substance émancipée de la masse).

Que dire maintenant de la lumière, qui entre aussi, comme vous l’aurez compris, dans le déploiement de l’équation atomique E=mc2 ?

On a vu plus haut que la lumière est incarnée dans Shou. Or, Shou, assimilée au feu, se donne pour figure géométrique le tétraèdre. À la différence des autres polyèdres réguliers, le tétraèdre est le seul qui soit son propre dual. L’hexaèdre (cube) a pour dual l’octaèdre (et vice-versa), le dodécaèdre a pour dual l’icosaèdre (et vice-versa) et le tétraèdre est son propre dual. Cette succession stricte permet d’établir qu’il se multiplie par lui-même, autrement dit qu’il s’élève au carré par la nécessité qu’il a de maintenir une symétrie de conjugaison par rapport à la sphère circonscrite initialement constituée par le mouvement circulaire du Démiurge (voir géométrie projective).

Dans son œuvre, note Guillaume Rivet : « Platon explique les mouvements de la nature à partir de considérations mathématiques. C’est à partir de règles géométriques que naissent les mouvements du ciel. En effet, la suite des nombres positifs représente la distance entre la Terre et les six autres planètes en rotation autour de celle-ci ; elle correspond aussi au rayon de leurs orbites, à leur disposition et enfin la vitesse de leur révolution, qui varient en fonction de la longueur du cercle que ce dernier décrit. Comme nous l’avons déjà vu un peu plus tôt, la qualité principale de la symétrie est de rester semblable à elle-même lors de transformations liées à une rotation autour d’un axe ou à une translation parallèle. Or, de toutes les figures, le cercle est la figure qui reste la plus identique à elle-même, quelles que soient les rotations appliquées à elle. La symétrie s’applique aussi aux révolutions circulaires des astres, qui reviennent immuablement à leur point de départ initial : c’est la course circulaire qui est uniforme et la mieux réglée ».(Guillaume Rivet, Du mouvement de révolution circulaire dans la pensée de Platon, 2008).

Toutes considérations qui nous amènent à redéfinir l’équation atomique E=mc2 : E étant l’énergie, m la masse et c la vitesse de la lumière. Cette équation, rapportée à la Cosmogonie d’Iounou, peut être considérée comme parfaite, puisqu’elle implique les deux couples parèdres Shou-Tefnout et Geb-Nout, les Neterous primordiaux. Voici comment :

1) m, la masse, c’est-à-dire Nout, est une notion qui n’a aucune incidence tant et aussi longtemps qu’elle ne se trouve en présence d’une force parèdre, en l’occurrence la Terre, Geb, dont l’ajout instantané fait apparaître la « pesanteur ».

2) Shou, la lumière, n’est rien tant et aussi longtemps que ne lui est affectée une force qui la met en mouvement, le Souffle, c’est-à-dire Tefnout, d’où l’idée de « vitesse » de la lumière; mais Shou, puisque dual de lui-même, doit nécessairement se mettre au carré pour accomplir et maintenir la symétrie et la stabilité du cycle atomique (le cercle de rotation que décrit l’atome), Ce cercle qu’aura engendré la première vibration d’Atoum et qui se tient à la naissance de la spirale de la Création.

Cette équation se reproduit de manière encore plus évidente à la phase suivante avec la « Trinité Osirienne », à savoir Ousiré (le Père), Hor (le Fils, réincarnation du Père), Aseta (la Mère).

E étant l’énergie, m la masse (principe féminin), c la vitesse de la lumière (Ousiré identifié au soleil, astre de lumière, Aseta à la masse, coefficient inertiel de la matière, khôra). La transmutation, principe d’Osiris (Ousiré), fait naturellement référence à la fission nucléaire. Sur cet aspect d’Ousiré, André Fermat rappelle : « Osiris est traduit Principe de transmutation. Cette proposition se fonde sur le mythe osirien. Osiris focalise en lui le passage de la mort à la Vie où l’être devient lumineux. La matière mortelle se transmute en corps lumineux. Osiris symbolise cette matière première susceptible de connaître cette transmutation ». À Kemet, les morts deviennent des Akhou, des Lumineux, dans l’idée de cette réincarnation du même, du semblable, initié par Shou au Temps de la Création. L’âme, le contenu, est toujours la même, c’est le corps, le contenant, qui change puisque subissant les aléas de la masse.

Terminons cet article en revenant sur l’épisode spécifique de la naissance d’Adam et Ève. Les épisodes précédents ce récit peuvent être aisément rattachés à la Cosmogonie d’Iounou qui en aura constitué la principale source d’inspiration; raison pour laquelle nous ne nous y attarderons pas.

La naissance d’Adam et Ève n’est qu’un aspect du récit mythologique kémite qui correspond au déploiement des différentes figures géométriques rattachées aux quatre éléments primordiaux, à savoir le tétraèdre (le feu), le cube (la terre), l’octaèdre (l’air) et l’icosaèdre (l’eau).

De manière plus précise, il s’agit ici de l’hexaèdre (Geb = Adam = la Terre) et de l’icosaèdre (Nout = Ève= Le Ciel = l’eau).

La première difficulté qui peut apparaître est de questionner la relation que nous établissons entre Nout et l’eau, mais il s’agit ici des eaux primordiales qui, comme nous l’avons vu précédemment avec le vase nou, entre dans la compréhension du nom de la déesse du « Ciel » (le vase nou contient une mesure de l’eau primordiale). Ainsi, Shou c’est le feu (tétraèdre), Tefnout l’air (octaèdre), Geb la terre (le cube) et Nout l’eau (icosaèdre). Les Neterous primordiaux incarnent bel et bien les quatre éléments constitutifs de la Nature.

Le nom Adam provient du terme hébreu « adama » qui signifie « la terre », la référence à Geb est directe et ne souffre d’aucune difficulté de compréhension.

C’est avec Ève que peuvent naître quelques interrogations sur le rapport que nous montrons entre la Cosmogonie d’Iounou et le récit biblique de la Genèse. Or, Ève est un nom qui provient de la locution sémitique « hawwah », verbe qui selon André Chouraqui, spécialiste de la Bible hébraïque, signifie « se prosterner », « s’incliner », « se courber », « se voûter ». Il n’échappe à personne que c’est bien la position traditionnelle que l’on reconnaît à Nout, cette femme courbée, inclinée, voûtée, qui incarne la voûte céleste. Le rapport est donc maintenu.


Geb (en bas), Nout (en haut), Shou (entre-deux). Papyrus Greenfield. Hawwah = La voûtée (Nout)

Pour être complète, cette correspondance doit aussi pouvoir s’établir avec la vertèbre (la côte) d’Adam à partir de laquelle le dieu biblique aura « fabriqué » Ève. Il faut, pour le comprendre, bien considérer que Geb, c’est-à-dire Adam, la Terre, correspond au cube (hexaèdre) et que Nout, c’est-à-dire Ève, le Ciel/Eau, correspond à l’icosaèdre. Pour représenter le cube (hexaèdre) sur une surface plane, celle qu’utilise le géomètre kémite, on trace six (6) triangles; de même, pour représenter l’icosaèdre sur une surface plane, on trace cinq (5) triangles. On aura donc retiré un triangle du cube, comment ? En éliminant une arête (vertèbre) du cube (hexaèdre) pour aboutir à l’icosaèdre.


Les quatre (4) éléments et la cosmogonie d’Iounou

Rappelons que l’arête en géométrie désigne une droite qui relie deux surfaces. En ajoutant une arête au tétraèdre on obtient l’octaèdre, en retranchant une arête à l’hexaèdre (cube) on obtient l’icosaèdre; d’où l’allusion biblique qui rappelle : « Alors Dieu fit tomber un profond sommeil sur l’homme, qui s’endormit; il prit une de ses côtes, et referma la chair à sa place. Dieu forma une femme de la côte qu’il avait prise de l’homme, et il l’amena vers l’homme. Et l’homme dit: Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair! On l’appellera femme, parce qu’elle a été prise de l’homme. C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair ». Il s’agit ni plus ni moins que de l’accomplissement du couple parèdre.

Toutefois, la compréhension qui conclut un peu vite à l’infériorité de la femme au motif qu’elle ait été faite à partir de la côte de l’homme est simplement absurde puisque Adam, le cube, a été fait en ajoutant une arête à l’octaèdre, à l’air, c’est-à-dire Tefnout; elle-même étant le produit de l’ajout d’une arête à Shou, le tétraèdre, le feu. C’est donc l’idée de complémentarité de départ, fondée sur la géométrie et la symétrie des figures observées par les Kémites, qui aura subi un biais culturel, dû à une nouvelle interprétation sur la base des us et coutumes des peuples nomades et patrilinéaires.

 

Amenhemhat Dibombari

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