Published On: mer, Mai 17th, 2017

ORIGINE ET HISTOIRE DU PAGNE

LE PAGNE : ORIGINE ET HISTORIQUE
Le mot pagne vient de l’espagnol Paño (pagno) qui veut dire « morceau d’étoffe » ou pan d’étoffe. Il s’utilise surtout en Afrique Subsaharienne et chez les Indiens qui se couvrent de différentes manières par exemple de la ceinture aux genoux ou du torses aux chevilles.

pagne tapa polynesien

En Polynésie: On appelle Tapa les vêtements ou étoffes en forme de pagne décrits par les navigateurs européens du XIXe siècle constitués d’écorces ou de fibres végétales battues (muriers, arbre a pin, ou fichus), utilisés en Polynésie (ex : sud du Vanuatu, îles Salomon et littoraux, Nord-Ouest de la Nouvelle-Guinée…). Ancêtres du tissu, les tapas témoignaient du niveau social d’un chef ou d’une tribu.  A Tahiti, la maison du chef étaient entourées de bandes de tapas.  Ils avaient et ont encore une signification religieuse (offrandes aux dieux ou utilisés lors de funérailles) , ou servir d’objets d’échanges ou de réconciliation lors de cérémonies sacrées.  De formes et dimensions diverses, on trouve aussi des draps, paravents, tapis, moustiquaires, issus de « tissus de bois » . Le paréo est un pagne long, constitué d’une étoffe légère porté comme un pagne, ou noué au-dessus des seins ou éventuellement au-dessus de l’épaule ou derrière le cou. Son usage s’est répandu dans le monde comme vêtement d’intérieur et de vacances, évoquant par leur forme et motifs (fleurs, végétaux…) les images paradisiaques de Tahiti, des vahinés… De nombreux créateurs de la Haute couture et du prêt-à-porter s’en sont inspirés.

En AfriquePagne ancien des pigmés du Zaïre en écorces battuesDe très nombreuses sortes de pagne coexistent en Afrique, fabriqués avec les matériaux de la forêt ; en écorce battue ornée de motifs M’buti par les Pygmées au Zaïre, aux tissus les plus riches et complexes inspirés des techniques indonésiennes, en passant par les pagnes colorés des Masaï et les pagnes courts et affriolants réservés à l’intimité dans l’Ouest et centre-ouest du continent.     Dans les pays du Golfe de Guinée,  le pagne traditionnel était une pièce de tissu d’environ 1 m de large et 8,5 m de long. Cette forme se retrouve également dans le sari/dhoti indien, la toge romaine et la forme ancienne du kilt écossais. Lors des occupations quotidiennes, le pagne était plié en deux dans le sens de la longueur et enroulé autour des hanches. Dans des situations plus « formelles », les cérémonies, ou quand il faisait froid, il était déplié et drapé à la façon d’une toge ou d’un sari, une partie s’enroulant autour de la taille et le bord libre rejeté derrière l’épaule gauche, ou parfois relevé sur la tête. Une personne possédant plusieurs pagnes, utilisait les plus usés pour ses occupations journalières et un pagne de bonne qualité drapé autour du corps pour les grandes occasions. À l’époque moderne, le pagne des femmes fut coupé pour former trois parties (pagne, corsage et surjupe ou châle). Celui des hommes n’est plus utilisé que pour de grandes occasions et/ou par les hommes d’un certain rang (prêtres, chefs traditionnels au Ghana, notamment).

Pagne Kente porté par des notables

En Afrique subsaharienne (Afrique noire), le pagne et ses couleurs chatoyantes font partie du quotidien. La variété des motifs et l’éclat des couleurs, les techniques d’impression et de teinture en ont fait un art textile riche de significations.
Dans les tombeaux dogons, creusés dans les falaises de Bandiagara, les archéologues français et hollandais découvrirent les plus anciens fragments de tissus africains, datés entre le XIe et le XVIIIe siècle, unis ou teints en indigo ou composés de bandes cousues formant un damier blanc et indigo foncé, correspondant au même tissu que celui utilisé encore aujourd’hui comme couverture-linceul pour envelopper les morts. C’est une culture textile africaine authentique, se manifestant bien avant l’arrivée des étrangers.

L’Afrique Occidentale en particulier à toujours eu les techniques de filage, teinturerie et tissage de coton. Ils utilisaient des plantes pour obtenir des teintes comme l’indigo, confectionner le tissu appelé bogolan qui est teint suivant une technique très utilisée au Mali, au Burkina Faso et en Guinée.- Bien avant l’importation des tissus industriels en provenance d’Asie, d’ Indes ou d’Europe. Cette étoffe est encore associée, dans les secrets de ses tissages et de ses méthodes d’impression, à des mythologies qui lui confèrent une origine divine. C’est un morceau de tissu en coton ou en de matière végétale tressée (ex fibres tissées de raphia). Il peut être simple, tissé, coloré, imprimé, brodé ou décoré de plusieurs manières. Selon les époques, les cultures et les étapes de la vie, le pagne est mixte porté par les hommes, les femmes et les enfants.
Les 2 grandes catégories sont :

  • le pagne imprimé
  • le pagne tissé ou tressé

En Afrique, particulièrement dans sa partie occidentale, le tissu et le vêtement en sont des moyens d’expression culturelle dans les villes ou les villages.

Les Pagnes mortuaires spécifiquement décorés, pour accompagner le défunt dans l’au-delà, chez de nombreuses ethnies d’Afrique, d’Asie du Sud-Est ou de Madagascar, les individus devant dans certaines cultures préparer ou acheter ce pagne, ou en prévoir plusieurs au long de leur vie comme en Afrique chez les Manjaques. Les motifs de ces pagnes peuvent par exemple raconter la vie du défunt, décrire les rites et cérémonies du village ou décrire l’enterrement du mort.

LES DIFFÉRENTS PAGNES, TECHNIQUES DE TEINTURES, MOTIFS ET IMPRIMES AFRICAINS.

Le pagne Wax

mosaïque de motifs wax
C’est l’un des pagnes les plus portés et les plus appréciés en Afrique Subsaharienne et surtout en Afrique de l’Ouest.
On appelle pagne wax les tissus imprimés utilisés notamment en Afrique de l’Ouest dont la technique s’inspire des Batiks Javanais, réalisés avec des cires hydrophobes (Wax signifie « cire »). Les premiers tissus de ce style ont été ramenés par des mercenaires ghanéens travaillant en Indonésie pour les Britanniques et les Hollandais. La création et le tissage de ces pagnes ont donné lieu à une véritable industrie locale et extérieure. Les femmes, d’un rapide coup d’œil, savent reconnaître les différentes qualités de pagnes : le wax de fabrication hollandaise, le Vlisco, le Woodin, Uniwax,  SOBETEX, le wax «made in China» qui se vend à des prix très bas mais reste de moindre qualité, etc.

Les variétés de pagne ne se limitent pas seulement aux couleurs et aux motifs, mais aussi à la qualité de l’impression. Le wax emprunte au batik javanais certains motifs et couleurs, mais aussi la technique de l’impression à la cire.

Le pagne wax confectionné est plus qu’un vêtement, il devient, par l’intermédiaire du nom qu’il porte, un moyen de communication. Son message prend sa source dans les crises, les mutations sociales, les souffrances, les joies, etc., c’est-à-dire qu’il reflète toute la vie affective et sociale dans une information toujours actuelle. Certains motifs sont créés à l’occasion d’un événement, et caractérisent une ethnie, une région, une époque. Différents pagnes sont portés selon le moment de la vie d’épouse ou de mère.
Le pagne wax, devenu aujourd’hui un produit industriel, nous invite à parcourir sa traçabilité sociale, politique, affective, apprivoisée par la magie des différents noms qui lui sont associés. Le pagne, tissé ou imprimé, confectionné en vêtement, épouse les formes du corps et se porte au quotidien. Ce tissu devient langage, car il affiche des messages qui expriment des événements, des désirs, des souvenirs. Ainsi, dans sa fonction révélatrice, le pagne wax déroule l’histoire d’un peuple, faite de passions, invitant en permanence au dialogue par l’emploi des noms qui le désignent.

Exemple : La feuille de gombo

Pagne africains imprimés feuille de gombos

Pagne africain imprimés appelé Feuilles de gombos

Ce tissu est imprimé aux motifs de feuilles de gombo bien dessinées avec des variétés de couleurs. La femme vêtue de la « feuille de gombo » révèle qu’elle a beaucoup épargné pour se l’offrir. En la portant, elle invite, consciemment ou non, à un échange avec son entourage, car elle se dévoile par ses économies comme quelqu’un de « sage » qui acquiert quelque chose par l’effort. « Feuille de gombo » fait référence à l’expression ivoirienne « faire des gombos » ou faire des « petits gombos », qui signifie gagner de l’argent en faisant de petits travaux en marge de son emploi régulier.

Porter ce pagne renvoie à des situations diverses où se côtoient des veuves, des divorcées, des célibataires qui doivent subvenir à leurs besoins, mais également des femmes émancipées qui veulent s’assumer.

Exemple : Mon mari est capable

Pagne africain imprimé appelé Mon mari est capable

Pagne africain imprimé appelé Mon mari est capable

Pagne africain imprimé appelé Mon mari est capable

Dans le cas de « Mon mari est capable », ce pagne peut marquer l’affection et la valorisation dont jouit la femme. L’homme est fier de l’offrir à la dame. En retour, en le portant, l’épouse montre à son entourage qu’elle est heureuse d’avoir un mari à la fois nanti et attentionné. Ce pagne au prestige reconnu peut également accompagner le processus d’une médiation familiale lors d’un conflit dans le couple. Si l’époux a tort, il peut offrir ce tissu pour se faire pardonner.

« Mon mari est capable » est devenu au fil des temps un pagne « monument ». Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il n’y a rien dans le dessin qui montre un lien entre le mari et ses capacités. Autrefois, ce tissu était fabriqué en Hollande chez Vlisco si bien qu’il se vendait à un prix élevé sur le marché africain. Puisqu’il s’agissait d’un produit importé, le mari qui, en Afrique de l’ouest pouvait l’offrir à son épouse était vraiment « capable », c’est-à-dire qu’il était un homme ayant des moyens.

Aujourd’hui, « Mon mari est capable » confectionné entre autres par Uniwax en Côte d’Ivoire, se vend à un prix moins cher qu’un Vlisco, mais il est toujours inaccessible pour beaucoup de femmes. L’offrir à son épouse, c’est lui marquer de l’attention et de l’affection. Ce pagne sur fond jaune qui abrite de petits dessins ressemblant aux formes des lèvres est valorisant aussi bien pour le conjoint que pour l’épouse qui en est vêtue. « Mon mari est capable » appartient au phénomène des pagnes « invulnérables », car connus et reconnus, ils ne peuvent pas être imités.

Exemple : Les doigts séparés ne peuvent rien faire seuls

Pagne africain imprimé appelé Mains entrelacées

Pagne africain imprimé appelé Mains entrelacées

Ce pagne laisse deviner une histoire symbolisant la fraternité et la solidarité, qui sont des valeurs de l’Afrique traditionnelle. C’est donc un pagne-mémoire qui interpelle les Africains au sujet de leurs valeurs fondatrices pour rompre avec l’individualisme importé de l’Occident. Réunis, « les doigts » forment solidairement une intelligence communautaire pour réussir ensemble.

En fond indigo contrastant avec un orange et un jaune lumineux, ce pagne wax est porteur d’élégance et de dignité. Dans une Côte d’Ivoire qui a connu presque dix ans de guerre, ce pagne invite tous les Ivoiriens à se donner la main pour, ensemble, s’engager dans la reconstruction du pays.

Exemple : La conjoncture

Pagne africain imprimés feuilles entrelacés - appelé La conjoncture

Pagne africain imprimés feuilles entrelacés – appelé La conjoncture

Le wax « Conjoncture » interpelle la crise économique, d’où l’expression ivoirienne « être conjoncturé », qui signifie « être démuni financièrement ». Les motifs de ce pagne rappellent les feuilles de manioc qu’on utilise pour faire la cuisine en période de vache maigre.

De grands couturiers actuels comme Pathé O (Burkina Faso), Kofi Ansah (Ghana), Miss Zahui (Côte d’Ivoire), Christie BrowN (Ghana), Vanessa Augris (France), Stella Jean (Italie) et beaucoup d’autres cherchent l’inspiration pour leurs créations dans les pagnes africains. Leur contribution professionnelle s’appuie sur l’utilisation des étoffes locales à l’heure de la mondialisation pour véhiculer partout l’image d’une Afrique optimiste et valorisante. L’absence d’une véritable industrie vestimentaire en Afrique au sud du Sahara n’a pas empêché ce continent de connaître et de perpétrer une culture locale du vêtement et aujourd’hui, on est agréablement surpris de voir à Londres, Paris, Rome et New York des stylistes occidentaux s’inspirer des modèles africains auxquels ils donnent plus d’éclat et de finition grâce à des moyens techniques et technologiques. Le continent africain apparaît, comme une réserve d’inspiration pour l’Occident.

Les Nanas Benz
Les Nanas Benz ; waxLes Nanas Benz sont des business women  qui se sont faites connaitre entre les années 1950 et 1990. Ces femmes (togolaises pour la grande majorité) détenaient le monopole de distribution et de commercialisation du wax hollandais dans toute l’Afrique de l’ouest. Elles achetaient le wax de fabrication hollandaise aux fabricants et les revendaient. Surnommées ainsi à cause des Mercedes-Benz symbole de réussite et de luxe qu’elles conduisaient, elles sont devenues un poids majeur de l’économie du Togo. À l’époque le commerce des tissus wax représentait alors 40% de l’économie du pays.

Les Nanas Benz ; waxElles furent soutenues par le président togolais Gnassingbé Eyadema avec la création de l’Association Professionnelle des Revendeuses de Tissu (APRT)  qui avait pour objectif de pérenniser leur monopole de vente et de commercialisation du tissu wax  dans  la région ouest-africaine. Cependant, les Nanas Benz ont eu une période de déclin vers le début des années 90.

Ce réseau de femmes commerçantes de wax de fabrications locales ou extérieures a continué à se développer et constitue encore aujourd’hui une véritable pan de l’économie des pays Ouest-Africains en général, pour le Togo, le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigéria en particulier.

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Vêtements et accessoires en pagne

Vêtements et accessoires en pagne

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QUELQUES AUTRES TYPES DE PAGNES

Pagne africain tissu Kente  Le pagne Kenté ou Kita
Le tissu, appelé kenté chez les Ashanti du Ghana et kita chez les Ewe du Togo et du Bénin ou chez les Akans de la Côte d’Ivoire, est un genre de tissage très répandu en Afrique de l’Ouest initié par le peuple Akan présent en Côte d’Ivoire et au Ghana porté à l’origine par les notables Akan lors de grandes occasions. Confectionné à partir de bandes tissées et assemblées, avec des fils de coton et de soie, formant une étoffe épaisse aux dessins géométriques et aux couleurs éclatantes et lumineuses, le kita est particulier car ses motifs sont tissés dans la trame. Selon Terre d’Afrique, porter le kita est tout un art : les motifs doivent apparaître parfaitement ordonnés, le bord du tissu régulièrement agencé. Traditionnellement, les hommes le portent comme une toge, avec un plissé très élaboré, le pan gauche rabattu devant la poitrine. Les femmes peuvent se couvrir du kita de cette manière, mais aussi le draper autour du cou, ou en dessous des bras, laissant les épaules découvertes.
Aujourd’hui, on utilise cette technique de tissage pour confectionner des chemises, blouses, robes, chapeaux, sacs à main, etc.

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Le pagne bogolan Sénoufo
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Les pagnes sénoufos sont décorés de nombreux animaux mythologiques ou totem comme le crocodile, le serpent, la tortue, le caméléon selon des motifs géométriques. Selon Anquetil, ces dessins d’animaux sacrés « avaient le pouvoir de protéger et de procurer une bonne chasse aux chasseurs qui portaient cette tunique » (1990 : 292). Ils sont souvent peints en noir directement sur le tissu de coton écru à l’aide d’un couteau en bois légèrement recourbé et taillé à l’extrémité. Ces tissus de coton filé, épais et irrégulier, en bandes de 10 à 14 cm, cousues en patchwork sont encore dans le nord de la Côte d’Ivoire la base des costumes des paysans, des chasseurs et des danseurs. Ils constituent l’expression d’un art populaire riche de traditions.

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Le pagne Baoulé
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Les artisans baoulés, héritiers du royaume ashanti, avaient depuis des siècles la réputation d’artisans habiles et ingénieux dans l’art de confectionner des pagnes qu’on mixait aux teintures de l’indigo et à la noix de cola pour en faire ressortir un éclat brun roux. Ces étoffes, drapées sur une épaule, sont tissées avec des fils de chaîne teints à l’indigo. Chaque motif a un nom particulier et des symboles baoulés possédant une signification intrinsèque. Ces pagnes sont utilisés encore pour l’habillement, la parure, le costume de travail et de cérémonie.

Il existe 3 catégories de pagne baoulé:
– ceux avec des motifs en fil de soie qui ont ainsi un aspect luisant
– ceux avec des motifs en peau de panthère ; ces pagnes sont plus rares. Très peu de tisserands en maîtrisent la technique de production
– ceux plus classiques avec des motifs en coton.
Le pagne baoulé à des motifs fins faits de lignes verticales.

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SOURCE:http://www.pagneenaccessoires.com/histoire-du-pagne-et-des-imprimes-africains/

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