Published On: mer, Mar 1st, 2017

QUELLE ÉTAIT L’ATTITUDE DES AFRICAINS EUX-MÊMES ENVERS LE COMMERCE DES ESCLAVE ?

28083_4470858323316_1968000275_nL’attitude des Africains en la matière est un thème encore très peu étudié mais que l’on a déjà falsifié à maintes reprises. Les négriers et les racistes l’ont falsifié à l’époque et, de nos jours, cela a été le tour des historiens bourgeois d’orientation coloniale et néo-coloniale. C’est un thème complexe, et il nous semble que les africanistes ne disposent pas encore de matériaux suffisants pour procéder à son étude définitive.
Comme beaucoup d’autres régions du globe, l’Afrique a connu l’esclavage et la traite des Noirs avant la venue des Européens, nous l’avons déjà précisé dans cet ouvrage. C’est pourquoi, lorsque, au début, les Européens commencèrent à acheter des esclaves, entrant en relations commerciales avec les Africains, cela fut considéré comme un arrangement commercial ordinaire.

Cependant, dès le début, les rencontres entre Européens et Africains furent rarement amicales. Des matelots armés se jetaient sur les Africains venant en confiance ou avec crainte à la rencontre de ces hommes blancs qu’ils n’avaient jamais vus, ils tuaient ceux qui résistaient et emmenaient les autres, ligotés, sur leur vaisseau.
Malgré une évidente supériorité en armement, les colonisateurs ne purent briser les Africains, leur inspirer une crainte permanente. Le « télégraphe local », c’est-à-dire les signaux de fumée ou les tam-tam, annonçait peut-être l’apparition des terribles étrangers, mais le fait est qu’ils se heurtèrent de plus en plus souvent non à une résistance, parce qu’une résistance ouverte aux Portugais équipés d’armes à feu était impossible, mais à une hostilité permanente et quotidienne, quand la moindre possibilité était mise à profit pour les attaquer. Les attaques soudaines, les flèches empoisonnées accueillaient de plus en plus fréquemment les Européens.
Gonçalo de Cintra, un des premiers capitaines portugais ayant mis le pied sur le sol d’Afrique occidentale, fut tué aux abords de l’île d’Arguin.

En 1455, Luigi di Cadamosto et Antonio Uso di Mare, qui avaient atteint la Gambie pour la première fois, décidèrent de remonter le fleuve. Cependant, les Africains attaquèrent leurs navires avec une telle furie que les matelots refusèrent de poursuivre leur route et insistèrent pour qu’on rebrousse chemin.
Dans les conditions de la réalité africaine des XVe-XVIIe siècles, il ne pouvait se produire de grandes révoltes, bien organisées, contre les Européens. Dans les régions où ces derniers pénétraient et qui devinrent par la suite l’aire d’extension du commerce des esclaves, il n’existait presque pas de grandes formations étatiques. La politique des colonisateurs tendait à semer la discorde entre les chefs des différentes tribus. Les Européens avaient derrière eux les pays les plus avancés de leur temps, avec leur matériel et leur expérience militaire. Au début, l’Afrique ne pouvait opposer aux armes à feu européennes que des arcs et des flèches, de petits détachements de guerriers de tribus isolées.
Cherchant à se fixer sur la côte, les colonisateurs, devant la résistance opiniâtre des Africains, construisaient en hâte des fortifications pour se préserver des attaques des habitants de la région.

Ce n’étaient pas des constructions de fortune, bâties à la va-vite, il s’agissait de châteaux forts ayant de hautes murailles et dotés d’une quantité de pièces d’artillerie. Ces places fortes appartenaient à différents pays dont les représentants commerciaux étaient très souvent en mauvais rapports les uns avec les autres. Ces forts ne pouvaient défendre les Européens contre les autres Blancs: les boulets de canon passaient facilement au-dessus des murailles, comme le constataient les contemporains. Il est évident que, dès le début, ces forts furent construits dans le seul but de se protéger contre les habitants du pays.

Les premiers temps, les Européens réussirent presque toujours à repousser les assaillants. Mais lorsque les Africains apprirent à manier les armes à feu qui leur inspirèrent tout d’abord une peur panique, ils réussirent parfois, en dépit d’une résistance furieuse des colonisateurs, à prendre les forts et à incendier les factoreries. C’est ce qui arriva souvent dans la seconde moitié du XVIIe siècle.
Dans les publications étrangères consacrées au commerce des esclaves, on explique d’ordinaire les attaques dont faisaient l’objet les forts et les factoreries par la soi-disant férocité des Africains et leur goût du pillage. Parfois, leur hostilité était mise sur le compte de la politique des colonisateurs qui cherchaient à porter le maximum de tort à leurs rivaux, d’abord commerciaux, puis coloniaux, en se servant des habitants de la région.
Il est certain que la politique basée sur le principe « diviser pour régner » influençait les actes des Africains, mais expliquer leurs attaques contre les Européens en invoquant seulement cela revient à minimiser très fortement la lutte des Africains. Ces actions s’expliquaient, au premier chef, par la haine des envahisseurs.

La lutte contre les conquérants et colonisateurs européens s’est surtout déployée dans la période précédant le XVIIIe siècle qui fut, pour l’Afrique, le siècle de la traite des Noirs. Durant cette période, l’ensemble de la politique des Européens en Afrique occidentale fut conditionné par ce commerce. C’est pourquoi la résistance des Africains au XVIIIe siècle aurait dû être dirigée contre les négriers. Or, aussi paradoxal que cela puisse sembler à première vue, il n’y a pas eu, en Afrique, de révolte dirigée contre le commerce des esclaves. Jusqu’à maintenant, tout au moins, nous ne disposons d’aucuns renseignements sur de semblables actions.
Entre-temps, et nous en avons de nombreux témoignages, les révoltes d’esclaves étaient très fréquentes pendant le voyage à travers l’Atlantique et n’en finissaient pas, également, dans les colonies du Nouveau Monde. La conclusion qu’en tiraient les historiens bourgeois, fort connue et toujours appuyée par les négriers et les colonialistes, était la suivante: les Africains connaissaient l’esclavage depuis longtemps, et c’était devenu pour eux une condition habituelle, ils ne protestaient pas contre cela. Voilà pourquoi il n’y avait pas de révoltes d’esclaves en Afrique. Sur les navires et dans les plantations du Nouveau Monde, les Africains étaient traités très cruellement, c’est pourqoui ils se révoltaient et s’évadaient à la première occasion. Ils prenaient la fuite non parce qu’ils ne voulaient pas être esclaves, mais parce qu’ils ne supportaient pas d’être cruellement traités, affirmaient les partisans de la traite des Noirs. « Traitez mieux les esclaves africains, et il n’y aura plus de révoltes », répétaient ceux qui prenaient la défense du commerce des esclaves.

D’autre part, démontrant qu’il était souhaitable que la traite atlantique continue, ces mêmes gens déclaraient que l’exportation des Africains hors de leur pays est un bien pour eux du fait que, soi-disant, l’esclavage en Afrique est beaucoup plus terrible que dans le Nouveau Monde, que les captifs ont une vie bien meilleure dans les plantations d’Amérique et des Indes occidentales que chez eux. Curieusement, on n’a encore jamais confronté la première et la seconde affirmation des marchands d’esclaves. Se basant sur elles, on aurait pu s’attendre à de fréquentes révoltes contre la traite des Noirs en Afrique, mais il n’en fut rien.
Comment se fait-il, tout de même, qu’il n’y ait pas eu lutte contre la traite des Noirs par les Européens sur l’Atlantique, mais seulement une résistance d’esclaves isolés, qui cherchèrent à se sauver eux-mêmes et à sauver leur famille de la réduction en esclavage? Pourquoi ceux qui réussissaient à fuir les caravanes d’esclaves ne pouvaient-ils généralement pas compter sur l’aide des habitants de la région, espérer qu’on les cacherait et les aiderait à regagner leur pays? Si quelqu’un rencontrait un esclave en fuite, il vendait presque toujours ce fuyard à un négrier européen ou à un marchand africain.

Pour comprendre cet état de choses, il faut se représenter la réalité africaine du XVIIIe siècle, essayer de comprendre la mentalité de ces hommes qui, depuis plus de deux cents ans, vivaient dans les conditions du désordre dépravant de la traite des Noirs.
La durée de ce trafic en a fait quelque chose d’habituel pour les Africains, et sa cruauté était acceptée comme inhérente au phénomène. Les gens en avaient fait leur profession, c’était une source permanente de revenus. Toute personne volée, enlevée, plus faible que soi, pouvait apporter un profit concret et immédiat: des marchandises, des armes, du vin.
A cette époque, l’activité la plus avantageuse n’était pas un travail productif mais la chasse à l’homme, les guerres qui avaient pour but de faire des prisonniers afin de les vendre.
Personne ne voulait être une victime et c’est pourquoi tous cherchaient à devenir des chasseurs. Pour ne pas être réduit en esclavage en Afrique à cette période, il fallait devenir soi-même un marchand d’esclaves, vendre les autres et se rappeler constamment que quelqu’un d’autre, plus habile et plus chanceux, pouvait se saisir de toi à n’importe quel moment et te vendre comme esclave aux Européens.

La traite des Noirs a été à l’origine d’une horrible dévaluation de la vie humaine. Elle a entraîné une dégradation morale, la disparition des plus belles qualités humaines, une déformation de la mentalité, la dégradation morale des marchands d’esclaves comme des captifs eux-mêmes.
Elle n’a pas rassemblé les hommes mais les a divisés, les a isolés, elle a été cause d’un incroyable isolement d’une tribu par rapport aux autres, d’un individu par rapport aux autres. Chacun essayait de se sauver soi-même, ainsi que de sauver ses parents les plus proches, sans penser aux autres.
Il n’existe malheureusement presque pas de documents pouvant relater comment se comportaient les différents groupes humains réduits en esclavage. Certains n’avaient pas le courage de lutter ouvertement, mouraient de nostalgie, se suicidaient ou bien travaillaient, attendant la mort avec indifférence. Outre un traitement cruel, il y avait encore le mal du pays, une nostalgie irréductible. Qui étaient ces hommes? Certains étaient des traîtres, ils devenaient les surveillants de leurs compagnons d’infortune. Qui étaient-ils? A quelle couche sociale appartenaient-ils?

Nous savons que la résistance à la traite des Noirs, aux enlèvements de captifs a existé en Afrique: les gens s’évadaient des caravanes d’esclaves, ils opposaient une résistance au moment du chargement dans les navires. Des voyageurs ont rapporté qu’ils avaient vu des villages entourés de palissades de bois très hautes, capables de protéger contre les raids des chasseurs d’esclaves. Mais si nous avons des renseignements sur les évasions dans les caravanes d’esclaves, il n’existe pas de récits attestant que les fuyards avaient réussi à revenir chez eux. Les témoins ont déclaré que ces gens avaient à nouveau été capturés en cours de route et vendus aux négriers.

On châtiait cruellement les esclaves en fuite dans le Nouveau Monde, mais il y a quand même eu des nègres marron à la Jamaïque et à Cuba, des villages d’esclaves en fuite au Brésil, des centaines de révoltes aux Etats-Unis. Pourquoi ces gens, qui ne s’opposaient pas ouvertement à la traite des Noirs en Afrique, se révoltaient-ils dans le Nouveau Monde? Le contraire aurait été plus logique. La cruauté des planteurs était-elle la seule cause des évasions et des révoltes? Probablement, non. Il se pourrait que l’absence de révoltes contre la traite des Noirs en Afrique et de fréquentes insurrections d’esclaves dans le Nouveau Monde témoignent, en premier lieu, du degré de développement du commerce des esclaves en Afrique, du fait aussi qu’il était beaucoup plus répandu et que ses conséquences étaient bien plus profondes que nous ne l’imaginons.

Dans les pays du Nouveau Monde se révoltaient avant tout contre l’esclavage les Africains qui furent toujours contre la traite des Noirs. Les révoltes des captifs africains en Amérique et aux Indes occidentales attestent et prouvent que beaucoup d’Africains étaient opposés au trafic des esclaves et protestaient contre l’esclavage. Or, en Afrique, ils ne pouvaient agir contre cela, car s’ils préparaient seulement de semblables actions ou en parlaient, on les vendait aussitôt aux négriers européens ou les tuait. Il n’y avait pas d’endroit sur ce continent où l’on pût fuir le commerce de chair humaine. Et c’est bien pour cela que jusqu’à maintenant nous ne connaissons pas une seule grande révolte, dirigée contre ce trafic. Les Africains se contentaient parfois de se défendre mais ne passaient jamais à l’offensive contre les négriers. La résistance active fut presque toujours le courage insufflé par le désespoir des quelques individus, généralement voué à l’échec.
Par ailleurs sont absolument fausses les affirmations selon lesquelles les Africains ne protestaient pas contre l’état d’esclave du fait qu’il leur était habituel. Bien au contraire, du moment de leur capture sur le sol natal et jusqu’à la fin de leur vie dans les plantations des Indes occidentales et d’Amérique, les Africains ne cessaient de lutter pour recouvrer la liberté. Fort souvent, ils préféraient la mort à l’esclavage lorsqu’ils voyaient qu’il n’y avait aucun espoir de se libérer.

Dans les caravanes, les esclaves avaient les mains liées, ils étaient attachés par le cou et escortés de gardes armés jus-qu’ aux dents, de négriers. Et, en dépit de cela ils tentaient de fuir à la moindre occasion favorable.
Les marchands s’efforçaient de ne pas garder longtemps chez eux les esclaves capturés, ils craignaient des révoltes, des évasions. Les factoreries étaient bien protégées: des canons pointaient sur les murailles dont une partie était tournée vers l’intérieur et visait les baraquements des esclaves: ces derniers se révoltaient souvent.

Les négriers estimaient que les esclaves essayaient le plus souvent de fuir au moment du transport depuis la côte jusqu’au navire. Jusque-là, ils ne s’étaient pas représentés leur sort futur et croyaient qu’on allait les vendre dans leur propre pays. Pourtant, c’est là que la lutte était inutile, car les négriers surveillaient les Africains avec un soin particulier durant cette opération. Les esclaves enchafnés se jetaient sur les matelots et les gardes, ils sautaient à la mer, mais les chaînes ne leur permettaient pas de nager et ils se noyaient. Comme l’ont écrit des témoins oculaires, si un Noir qui s’était jeté à l’eau voyait qu’une chaloupe, conduite par des Européens, s’approchait de lui pour le retirer de l’eau, il préférait se noyer que de se laisser attraper par le négrier.

Les esclaves épuisés, transportés à bord du vaisseau, rassemblaient toutes leurs forces pour reconquérir leur liberté. Les plus forts et les plus décidés menaient une lutte active: ils fomentaient une révolte, attaquaient l’équipage du négrier, s’emparaient même parfois du navire. Ceux qui n’avaient pas la force ou le courage d’intervenir ouvertement résistaient au marchand d’esclaves passivement, avec opiniâtreté et insistance.
Les conditions spéciales de la traite des Noirs qui vouaient d’avance à l’échec la plupart des révoltes, ont fait surgir des formes particulières et terribles de résistance passive au cours du « voyage ». Fous de désespoir, de nombreux esclaves préféraient mourir que de rester captifs. Les matelots de quart pendant le « passage moyen » devaient veiller à ce que les esclaves ne sautent pas par-dessus bord. Souvent, pendant les révoltes, lorsque les Africains voyaient que les négriers étaient les plus forts, ils se jetaient aussi à l’eau.

Une autre forme de résistance passive était le refus de se nourrir, ce qui aboutissait à des épidémies sur le bateau et à une mortalité massive de captif s. Les coups, la torture n’etaient d’aucun secours: les Africains ne voulaient pas être des esclaves. Beaucoup de négriers affirmaient que l’unique cause de ce refus de s’alimenter était la nostalgie.

Cette façon de se laisser mourir était si répandue parmi les Africains qu’en Angleterre, on fabriquait, outre des fers, des colliers, des chaînes et des cadenas destinés aux esclaves, des appareils spéciaux en métal qu’on introduisait dans la bouche des esclaves refusant de manger, car cela permettait de les nourrir de force.
D’autres encore tentaient de lutter ouvertement et les actes les plus désespérés avaient lieu lorsque le navire négrier n’était pas encore très éloigné des côtes africaines. Les captifs pouvaient avoir l’espoir de regagner leur pays d’origine.
Les communications sur les révoltes à bord des négriers deviennent chose courante au XVIIIe siècle, dans les documents coloniaux. Il s’est conservé des papiers relatifs aux nombreux cas où des primes d’assurances furent versées aux propriétaires de navires ayant fait naufrage à la suite d’une révolte des esclaves. Dans les années 30 du XVIIIe siècle, les hommes d’affaires de Bristol se plaignaient de voir leurs revenus baisser dans le secteur de la traite des Noirs. L’une des raisons principales de ce phénomène étaient les révoltes d’esclaves à bord des négriers.
Les défenseurs de la traite des Noirs cherchaient à prouver que les révoltes sur les navires ne se produisaient qu’au voisinage des côtes africaines, qu’ensuite les Africains s’habituaient, soi-disant, à leur état, que tous les troubles durant le voyage à travers l’Atlantique ne s’expliquaient que par le traitement cruel infligé par l’équipage. Ces assertions ne correspondent absolument pas à la vérité. Nous possédons justement le plus grand nombre de renseignements à propos des révoltes qui s’étaient produites durant le « voyage ». Les capitaines remettaient habituellement aux armateurs ou à la direction de la compagnie un compte rendu écrit sur les événements pour la durée de la navigation.

Les communications concernant les navires disparus étaient enregistrées.
Les rapports des capitaines négriers indiquent que les préparatifs au « voyage » s’effectuaient en tenant compte du fait qu’il pouvait y avoir une révolte d’esclaves n’importe quand. On estimait que le moment le plus dangereux était celui où l’on distribuait la nourriture. Des barricades étaient dressées autour de l’endroit où se faisait la distribution. Des matelots se plaçaient derrière les barricades, avec leurs fusils chargés. Les canons du vaisseau étaient pointés sur les esclaves, les canonniers se tenant près des pièces avec les mèches allumées. Les fers des esclaves-hommes étaient vérifiés chaque jour.
Ces révoltes au cours du « voyage » se distinguaient par une violence particulière étant donné que ni l’équipage du navire ni les esclaves ne pouvaient attendre de secours de nulle part et que les deux parties combattaient pour sauver leur vie.

Une fois la révolte matée, les négriers châtiaient les esclaves avec cruauté. Néanmoins, ni les exactions ni les tortures ne pouvaient arrêter les captifs. Il y a eu des cas où les esclaves se révoltèrent à deux reprises sur le même bateau pendant le « voyage ».
Il n’est resté quelquefois que de brèves communications à propos de la prise de vaisseaux par les esclaves, sans que l’on sache ce qui s’y était passé.
Si, auparavant, l’arrivée d’un négrier en vue des côtes semait la terreur parmi les Africains: ils comprirent peu à peu qu’une attaque soudaine pouvait réussir. Si c’était un grand navire, bien armé, ils évitaient de l’attaquer, mais lorsqu’il s’agissait de bateaux de petit tonnage, des détachements d’Africains armés non seulement d’arcs et de flèches mais encore d’armes à feu montaient souvent à l’attaque. Cela se passait la plupart du temps au moment où les esclaves se révoltaient à bord, ce qui multipliait les chances de succès. Les Africains n’avaient pas besoin de ces navires et, lorsqu’ils les prenaient, ils les brûlaient ou bien levaient l’ancre de sorte que le bateau partait à la dérive. Ces navires disparaissaient sans laisser de trace.

On pourrait énumérer longuement les cas où des voiliers furent enlevés par les esclaves mais combien d’exemples de résistance sont restés dans l’ombre? Une quantité de navires négriers disparaissaient sans laisser de traces durant le « voyage ». Les Africains^ après avoir pris le bateau mais ne sachant pas le gouverner, mouraient de faim et de soif, faisaient naufrage sur des récifs. Des marins ont rapporté qu’ils avaient rencontré des navires à bord desquels l’équipage européen gisait, mort, et les esclaves étaient dans un état de complet épuisement, à moitié vivants. Sur d’autres bateaux, il n’y avait que des cadavres desséchés d’esclaves ou, au contraire, seulement des matelots tués.

Chez de nombreux peuples africains il existe une croyance en vertu de laquelle l’âme d’un homme, après sa mort, où qu’il soit mort, retourne au pays natal.
C’est ainsi qu’un soir où une caravane d’esclaves avait fait halte pour la nuit, David Livingstone entendit chanter.
« Six esclaves chantaient comme s’ils ne sentaient pas le poids ni la honte de leur joug. Je demandai quelle était la cause d’une pareille joie, on m’a répondu qu’ils se réjouissaient à l’idée de revenir après leur mort et d’apparaître comme des fantômes afin de tuer ceux qui les avaient vendus… L’un d’eux chantait: « O, toi, tu m’as envoyé sur la Mante (la côte), mais lorsque je mourrai, le joug tombera, et je reviendrai chez moi pour me présenter à toi et te tuer. » Alors tous les autres reprenaient en chœur et les paroles du refrain étaient composées des noms de ceux qui les avaient vendus comme esclaves » [208, v. 1, p. 306].
Les marchands d’esclaves disaient souvent que les suicides des Africains, sur les négriers, étaient suscités par la croyance qu’ils reviendraient chez eux après leur mort. C’était très certainement la cause d’un certain nombre de suicides. Or, si à la nostalgie du pays venait se mêler le désir de se venger du marchand d’esclaves, ces hommes pouvaient vraiment se laisser mourir. Mourir pour pouvoir ensuite faire payer ses actes à celui qui les avait vendus!

Les marchands relevaient habituellement une indocilité particulière chez certains peuples et certaines tribus d’Afrique. Ils estimaient qu’il fallait faire preuve de beaucoup de prudence s’il y avait parmi les esclaves des Mina et des Koro-mantins, toujours prêts à s’évader ou à se révolter. D’autres mentionnaient l’audace des Ewe, d’autres encore parlaient de l’impossibilité de briser l’âme fière des esclaves Ashanti ou bien mettaient en garde contre l’insoumission permanente des esclaves achetés dans la région de Kilwa et de Mom-bassa, etc. Les peuples africains, chacun en particulier, stupéfiaient les Européens par leur inacceptation intransigeante de leur état d’esclaves, leur volonté d’être libres, leur audace et leur opiniâtreté dans la lutte.
Il ne serait pas juste de dire que certains peuples luttaient contre les négriers alors que d’autres acceptaient leur état d’esclaves. De même que les Africains de la Côte-de-l’Or, ceux de la Côte des Esclaves luttaient contre l’esclavage, ceux de la Sierra Leone se révoltaient sur les navires, ainsi que ceux exportés du littoral du golfe du Bénin et d’Angola, que les captifs vendus comme esclaves non loin de Tête, de Quelimane et à Zanzibar.
Par conséquent, cette opiniâtre résistance aux négriers prouve que les Africains, comme tous les peuples de la planète quelle que fût leur race, aspiraient à vivre libres. Mais leur désir de liberté s’accommodait de l’acceptation du trafic des esclaves dans son ensemble, et les amenait parfois à le soutenir.

Source : http://les.traitesnegrieres.free.fr/12_esclavage_la_resistance_des_africains.html

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