Published On: mar, Août 8th, 2017

REINE D’AFRIQUE ET HÉROÏNE DE LA DIASPORA NOIRE

INTERVIEW DE SYLVIA SERBIN AUTEUR DU LIVRE REINE D’AFRIQUE ET HEROINE DE LA DIASPORA NOIRE

sylviaPOUVEZ-VOUS NOUS PARLER DE VOUS, QUI ETES VOUS ?

Je suis née à Saint Louis du SENEGAL il y a 56 ans, de parents antillais. J’ai grandi au Sénégal jusqu’à l’âge de 16 ans. Mon père était Inspecteur de l’Education Nationale et ma mère directrice d’école. Je n’ai pas vraiment vécu aux Antilles puisque nous n’allions en Martinique que lors de vacances scolaires. Ce qui nous prenait d’ailleurs un bon mois de traversée en mer, à l’époque, entre Dakar et Fort de France via Paris où nous nous arrêtions chaque année. Ma seule immersion un peu plus en profondeur dans les Antilles a été un séjour de trois ans en Guadeloupe où mes parents ont été nommés après le Sénégal. C’est là que j’ai passé mon baccalauréat avant de revenir en France effectuer mes études supérieures. Aujourd’hui je vis en région parisienne dans une petite commune près de Versailles, où je suis engagée dans la vie locale comme conseillère municipale.

QUEL EST VOTRE PARCOURS PROFESSIONNEL ?

Pour ce qui est de ma formation, j’ai mené un double cursus : des études d’histoire à l’Université de Paris 7 et un diplôme de journalisme et communication. Ensuite je suis entrée à l’ORTF (Office de radio et télévision français) à Paris, dans la rédaction internationale qui allait devenir quelques années plus tard RADIO France Internationale. J’ai été une des premières journalistes noires de la radio française. J’y suis restée 4 ans, de 1973 à 1977 et m’occupais essentiellement d’émissions culturelles. Mais l’Afrique me manquait. Alors je suis partie en Côte d’Ivoire où j’ai vécu 14 ans. Ce fut une des périodes les plus passionnantes de ma vie. En plus de mon activité de responsable de la communication institutionnelle de la compagnie nationale d’électricité, l’Energie Electrique de d’Ivoire, j’ai animé pendant quelques années une émission littéraire à succès à la télévision ivoirienne. A partir d’Abidjan, j’ai également eu la chance de voyager dans toute l’Afrique francophone, ainsi qu’au Ghana et au Kenya.

Puis j’ai dû revenir en France pour des raisons familiales et là, j’ai occupé diverses fonctions toujours dans le journalisme ou la communication : à l’Agence de la Francophonie dont j’ai eu en charge la communication, puis dans une structure de coopération internationale où j’ai été rédactrice en chef d’une revue spécialisée sur le développement des pays du Sud. Mais en dehors de mes occupations professionnelles, je m’intéressais aussi à des recherches historiques ou des collaborations d’écriture. Ainsi j’ai rédigé une contribution pour le volume 8 de l’Histoire générale de l’Afrique éditée par l’UNESCO. Maintenant, je me consacre surtout à l’écriture avec un retour vers l’histoire.

Depuis les années 75, en effet, j’avais entrepris des recherches sur des femmes noires qui ont marqué l’histoire de leur peuple. J’ai passé pas mal de temps à consulter des archives, mais aussi, lors de missions professionnelles ou de voyages d’agrément dans différents pays africains, à rencontrer des gens versés dans les traditions orales. J’étais en quête de personnages emblématiques féminins restés dans les mémoires collectives pour leur participation à des faits historiques. Et je notais religieusement tout ce que je découvrais, de plus en plus passionnée par cette remontée dans le passé.

C’est la première fois qu’un ouvrage s’intéresse aux femmes noires en tant qu’actrices historiques

VOUS ETES L’AUTEUR DU LIVRE REINE D’AFRIQUE ET HEROINES DE LA DIASPORA NOIRE, QU’EST-CE QUI VOUS A POUSSEE A ECRIRE CE LIVRE ? COMMENT VOUS EN EST VENUE L’IDEE?

J’ai toujours été frappée de l’absence des femmes noires dans la littérature historique, à l’exception des Afro-américaines qui ont su prendre en main la narration de leur histoire. L’histoire académique, d’influence occidentale, ne leur reconnaît aucun rôle alors qu’elle le fait pour des femmes d’autres sociétés humaines. De ce fait, les manuels scolaires n’évoquent jamais ces femmes noires qui ont pris part aux combats de leur société. Or de nombreuses traditions orales ont gardé trace de certaines d’entre elles. Ainsi, mon enfance au Sénégal a été bercée par les récits que nous faisaient les parents ou grands-parents de mes petits camarades ; des récits où il était question de royaumes, de grands chefs mais aussi de reines ou de valeureuses héroïnes.

Et puis un jour, alors que j’effectuais des recherches sur des archives militaires françaises du 19e siècle, je suis tombée par hasard sur le nom d’une reine qui, dans les années 1850, avait organisé la résistance de sa région contre les tentatives d’annexion de troupes françaises sur cette partie du Sénégal. Il s’agissait de Ndete YALLA dont je dresse le portrait dans mon livre. Elle a constitué une sorte de déclic car elle faisait partie de ces personnages retenus de mon enfance sénégalaise. Or à l’époque, les africanistes européens qui contrôlaient les études historiques n’accordaient aucun crédit aux sources orales dont on disait qu’elles ne véhiculaient que des mythes. Pour ces gens, seules les sources écrites (par eux évidemment) avaient un caractère scientifique puisque, selon eux, la notion d’histoire ne pouvait s’appliquer aux peuples de l’oralité qui ne possédaient pas l’écriture. Mais là, dans cette lettre d’un officier français à sa hiérarchie parisienne, était mentionné le nom de cette reine qui leur donnait du fil à retordre. Et j’ai pensé : « Si un Blanc atteste de son existence, c’est que son histoire n’est pas un mythe ! » Et cela m’a donné envie de pousser plus loin ma curiosité.

Pendant des années, en effectuant un minutieux travail de rapprochement entre sources écrites et témoignages oraux, j’ai réuni une documentation éparse mais suffisamment complète pour arriver à reconstituer certain parcours. Au départ cependant je ne pensais pas en faire une publication. C’est ma fille qui, d’une façon indirecte, m’y a poussée. Elle avait alors huit ans et revenait de voir Pocahontas, le célèbre dessin animé sur cette jeune princesse indienne. Le soir en rentrant à la maison, elle m’a dit d’un air étonnée : « Je ne comprends pas. Tous les grands pays ont des femmes célèbres, et pas les gens comme nous. Les Français ont Jeanne d’Arc, les Anglais, la reine Victoria, même les Indiens ont Pocahontas. Et nous, on n’existait pas avant ? ». Ce questionnement d’enfant m’a profondément troublée. Considéré comme le berceau de l’humanité, le continent noir, dont nous sommes issus, est le plus anciennement peuplé de cette terre, et voilà qu’aujourd’hui nos enfants, Afro-descendants, en sont à imaginer que si nous n’avons aucune place dans l’Histoire, c’est sans doute que nous sommes apparus après les autres humains !

C’est alors que j’ai décidé de faire partager à un public le plus large possible les informations dont je disposais et qui n’avaient jamais encore été traitées. Un tel livre pouvait offrir aux jeunes générations du monde entier, et pas seulement d’Afro-descendants, des références autres que ces éternels héros blancs, invariablement promus comme des modèles universels d’intelligence, de puissance, de courage – donc de supériorité -, par la littérature, les bandes dessinées, la télévision, l’école. Je pense qu’il est temps d’avoir sur l’histoire des peuples noirs un regard différent de la vision réductrice qu’en a jusqu’à présent forgée l’imagerie coloniale. C’est ainsi que fin 2004 est paru en France Reines d’Afrique et héroïnes de la Diaspora noire ; 22 portraits de femmes qui, de l’antiquité au début du 20e siècle, ont joué un rôle marquant dans l’histoire de leur pays. Le livre a suscité beaucoup d’intérêt car c’est la première fois qu’un tel thème était traité.


COMPTEZ-VOUS ECRIRE UN AUTRE LIVRE SUR LES FEMMES NOIRES ?

J’effectue en ce moment des recherches – pas faciles – sur des pionnières noires du 20ème siècle dont j’aimerais publier des portraits. Après Reines d’Afrique, je souhaite donner un coup de projecteur à ces femmes engagées, artistes, femmes politiques, militantes ou simples mères de famille qui ont participé ou été témoins de revendications majeures ayant concerné les peuples noirs au cours du vingtième siècle, dans différentes régions du monde. C’est un travail de longue haleine mais qui s’avère passionnant !

QUEL EST VOTRE SENTIMENT SUR LA FAçON DONT EST PERCUE LA FEMME NOIRE EN FRANCE ? PENSEZ-VOUS QUE LES MENTALITES ONT EVOLUE VIS-A-VIS D’ELLE ?

Appartenant à un groupe humain déconsidéré dans ce pays, la femme noire n’est pas mise en avant et ses réalisations positives sont totalement occultées. Cela vaut aussi pour les hommes d’ailleurs. Les seules qui ont quelque chance d’accéder à une certaine visibilité ce sont les sportives ou les rappeuses parce que pour l’imaginaire collectif, elles illustrent facilement les clichés habituels sur le Noir qui court vite (donc proche de l’animalité), qui a le rythme dans le sang ou encore sur le Noir rigolard, si on se réfère à la percée de quelques humoristes. Il suffit de voir les qualificatifs animaliers ou renvoyant à la « nature sauvage » utilisés dans le langage courant et les medias pour désigner la femme noire « acceptable »: panthère noire, gazelle, corps de liane, belle plante… Par contre, ne surtout pas montrer de médecins, de chercheurs, d’enseignant(e)s, de cadres supérieurs, de Noir(e))s hautement qualifié(e)s. On préfère à la rigueur se rassurer avec une image de la femme noire comme victime infériorisée (excision, mariage forcé, pauvre migrante, prostitution, employée peu qualifié, etc.). On a tant dit que le Noir n’était pas capable de grandes choses. Alors celles qui par leur intelligence et leur effort personnel réussissent des parcours exigeants ou se distinguent dans des filières compétitives, sont priées de rester cachées. Au contraire des Nord-américains et des Britanniques qui exposent leurs exemples de réussite quelque en soit la couleur.

Pourtant la femme noire a une longue tradition de lutte et d’investissement dans les défis de sa société. L’histoire regorge de faits marquants où nos ancêtres se sont battues avec courage et dignité. Mais on n’en parle pas. Comme s’il était inimaginable aujourd’hui encore en France qu’une femme noire puisse incarner des valeurs d’excellence dans une société moderne. C’est pour cela que nous ne devons plus rester dans l’ombre mais affirmer davantage nos talents. C’est ainsi que nous trouverons notre place dans cette société qui est aussi la nôtre, mais qui peine tant à s’entrouvrir aux autres, malgré de timides efforts imposés par les lois européennes contre les discriminations. Il y a un travail en profondeur à faire et c’est à nous de nous valoriser à travers nos actes et nos réalisations. Ne restons plus en retrait. Alors Ils seront bien forcés de nous voir comme actrices économiques et comme citoyennes.

Sourcehttp://sithal.over-blog.com

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