Published On: ven, Jan 5th, 2018

SAWTCHE (SARAH BARTMAN OU LA VENUS HOTTENTOTE)

542861_549949308362926_1664451647_nLa « Vénus hottentote », de son vrai nom Sawtche, est née en 1789. L’année de la Déclaration des Droits de l’Homme. Elle est fille d’un père khoisan et d’une mère bochiman. Remarquée pour les traits distinctifs de sa morphologie ― stéatopygie (fesses surdimensionnées) et macronymphie , Sawtche devient rapidement un objet de curiosité, mais aussi de convoitise. Esclave d’un riche fermier afrikaaner, la jeune femme attire le regard d’un chirurgien de la Royal Navy. En 1810, celui-ci décide de l’embarquer pour l’Europe, où les exhibitions d’êtres humains hors normes ou de sauvages exotiques sont à la mode. Arrivée en Angleterre, elle est baptisée du nom de Saartjie Baartman et erre de foire en cirque. Sous le surnom de Vénus hottentote. Avant d’être acheminée vers Paris, où elle devient un objet d’exposition des music-halls et des salons de la haute bourgeoisie. Sawtche meurt mysterieusement le 29 décembre 1815, à l’age de 25 ans dans la maison insalubre de Réaux, certainement de suite de mauvais traitements bien qu’on ai jamais cherché à en élucider les circonstances.Elle n’aura survécut que cinq ans à ce traumatisant contact avec l’Europe.
En mars 1815, Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, administrateur du Museum d’histoire naturelle et professeur à la chaire de zoologie, demande l’autorisation officielle de « profiter de la circonstance offerte par la présence à Paris d’une femme bochimane pour donner avec plus de précision qu’on ne l’a fait jusqu’à ce jour, les caractères distinctifs de cette race curieuse. » Du statut de bête « curieuse », la Hottentote Baartman Saartjie passe à celui de cobaye humain. Elle est exposée nue sous les yeux avides de scientifiques et de peintres. Le 1er avril 1815, Geoffroy Saint-Hilaire présente un rapport dans lequel il compare le visage de l’infortunée à celui d’un orang-outang. Et ses fesses à celles des femelles des singes mandrills.

Georges Cuvier, père de l’anatomie comparée, zoologue et chirurgien sous Napoléon Bonaparte, estime quant à lui que Saartjie est la preuve patente de l’infériorité de certaines races. Peu après la mort de Saartjie, il entreprend de la disséquer au nom du progrès des connaissances humaines. Le compte-rendu de son travail devant l’Académie de Médecine, en 1817, offre un témoignage exemplaire des préjugés et des propos à caractère raciste que pouvaient tenir les scientifiques de ce siècle. La conclusion de Cuvier est sans appel : « Les races à crâne déprimé et comprimé sont condamnées à une éternelle infériorité. »

Le squelette et un moulage en plâtre de Sartjie Baartman sont ensuite exposés au Musée de l’Homme à Paris, assortis des commentaires « scientifiques » de Cuvier. Les doléances des visiteurs eurent-elles raison de cet exhibitionnisme douteux ? Ou bien tout simplement la fin de l’ère colonialiste ? Le fait est qu’en 1974, André Langaney, directeur du laboratoire d’anthropologie du musée, fait retirer le corps de la vitrine où il est exposé, et le confie à l’obscurité des caves du musée.

En 1994, au lendemain de la fin de l’apartheid en Afrique du Sud, l’ethnie des Khoisan demande officiellement à Nelson Mandela que leur soit restituée la dépouille de Saartjie Baartman. Des premières négociations sont entreprises. Sans grands résultats. La France faisant valoir l’inaliénabilité, selon la loi, des collections nationales et l’intérêt scientifique de la dépouille. L’affaire dort dans les tiroirs bureaucratiques des diplomates tandis que le squelette de Saartjie continue à prendre la poussière dans les caves du Musée de l’Homme.

Ce n’est qu’en 2001 qu’un sénateur d’Île-de-France, Nicolas About, s’empare du dossier et interpelle à l’Assemblée le secrétaire d’État au Patrimoine et à la décentralisation culturelle de l’époque, Michel Duffour. Il dépose une proposition de loi visant à rapatrier le corps de la Vénus hottentote en Afrique du Sud. La presse s’empare à son tour de l’affaire, qui bénéficie de surcroît de l’émoi suscité par l’annonce du démantèlement du Musée de l’Homme au profit du Musée des Arts premiers. Après moult tergiversations, la proposition de loi est adoptée par le Sénat le 29 janvier 2002, un texte de loi transmis à l’Assemblée nationale le 30 janvier, adopté définitivement le 21 février et promulgué le 6 mars (Journal Officiel du 7 mars 2002), décidant la restitution officielle par la France de la dépouille de Saartjie Baartman à l’Afrique du Sud.

Ce n’est pas pour autant la fin des ennuis pour notre malheureuse Sawtche. Si la date de remise du corps est fixée au 29 avril 2002, il faut encore fixer une date pour l’inhumation et décider du rite de cette inhumation. Nouvelle brouille à la clé ! Un comité spécial est mis en place pour prendre toutes les dispositions nécessaires au bon déroulement de l’hommage national et des funérailles. Pendant ce temps, le cercueil de la jeune Khoisan attend patiemment à la morgue du Cap.

Le 9 août 2002, après une cérémonie œcuménique célébrée selon les rites khoisan et ceux de l’Église du Christ de Manchester (la jeune femme avait été baptisée dès son arrivée sur le sol anglais), Saartje Baartman est inhumée près du village de Hankey (Eastern Cape), en présence du président Mbeki et de nombreux dignitaires. Il aura fallu près de deux siècles à Saartjie pour trouver enfin le repos.

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