Published On: ven, Nov 10th, 2017

THEOLOGIE AFRICAINE ET EGYPTOLOGIE

Vatican II fut un concile catholique dans sa visée, mais profondément occidental dans ses présupposés épistémologiques et ses problématiques générales. Pour bon nombre d’intellectuels africains, ce sont les critères de la culture de l’Occident chrétien qui, dans une large mesure, déterminent la formation de la doctrine et l’interprétation de la Bible. On n’en finit donc pas de retrouver, d’une part, «face à face» ou dans un rapport de juxtaposition, une religion et une Eglise à prétention universelle, riche de sa plénitude, et, d’autre part, des religions du Sud (dont celle d’Afrique souvent oubliée et disqualifiée) et des Eglises locales rattachées à une structure centrale. Comment faire pour que la théologie africaine ne se laisse pas envahir par la logique d’un centre dominant ? Nous soutenons que l’arrière-fond historique s’impose comme alternative.

La Bible est partie de l’Egypte

Dans la réflexion christologique contemporaine, un courant de pensée est en train de s’affirmer en puisant aux sources de l’historiographie africaine. Il est «porté par le souffle et l’exigence d’un avenir de grandeur à bâtir pour le continent noir et constitue, aux dires de Kä Mana, l’une des dynamiques de fond qui compteront de plus en plus dans la production des idées auxquelles la foi chrétienne sera confrontée au cours du XXIe siècle et du troisième millénaire»[1]. Sur la base des motivations culturelles, religieuses, philosophiques et politiques, cette conception théologique va en guerre contre l’hégémonie politique et religieuse de l’Occident qui mine l’Afrique depuis au moins cinq siècles. Elle s’en prend à un discours chrétien du pouvoir qui se construit «un Christ d’imposture, enchaîné dans des catéchismes et des dogmatiques idéologiques, asservi à des intérêts partisans et confessionnels, qui fonctionne comme le centre d’un système idéologique par rapport auquel le continent africain devrait prendre ses distances»[2].

Pour se rendre compte de la relation actuelle de l’égyptologie africaine avec le penser théologique, il suffit de fréquenter des penseurs tels que Kotto Essome (fondateur de l’école égyptologique africaine de Paris), F. Kange Ewane (fondateur de l’académie SCAT de Yaoundé), H. Essoh Ngome (animateur de l’école africaine des Sciences et des Mystères), Bilolo Mubabinge (fondateur de l’Académie de la Pensée Africaine, dont le courant égyptologique a pris une orientation philosophique et théologique)[3].

Aussi, E. Mveng apparaît-il comme un prédécesseur attitré de ce nouvel élan de pensée? Nous nous permettons de le citer: «C’est en Égypte qu’est née la plus ancienne et la seule religion de l’antiquité, dont le dogme enseigne la victoire de la vie sur la mort, dont la moraleannonce le décalogue et la bonne nouvelle des Béatitudes (Math. 5, 1-12), et dont le Livre des Morts semble une préface fantastique au 25e chapitre de Saint Mathieu (Math. 25, 31-46). C’est ici, en Égypte, que dès le Ve millénaire avant notre ère, Isis et Osiris ont enseigné à l’humanité la vérité sur l’homme, sur le monde et sur l’au-delà, fondée sur l’affrontement entre la vie et la mort, et la victoire de la vie sur la mort. C’est ici qu’ils ont appris aux hommes l’art de vaincre la mort, c’est-à-dire, la praxis de la libération (…).C’est aussi dans cette Égypte des saints et des génies que la spiritualité chrétienne, au sens moderne du mot, a trouvé son berceau, ses maîtres, ses théoriciens et ses prophètes (…). C’est en Égypte, et en Égypte seulement, qu’avant tous les autres pays, le radicalisme évangélique prendra une forme institutionnalisée et définitive, qui rayonnera en Orient et en Occident et se maintiendra jusqu’à nos jours (avec des vierges chrétiennes, des veuves consacrées, des ascètes). Tous les historiens sérieux sont d’accord sur ce point: (…) l’Égypte a inventé pour le christianisme universel une manière inédite de vivre l’Évangile»[4]. Aussi, convient-il de saluer une lecture africaine des Écritures qui s’est appuyée sur «une anthropologie et sur une cosmologie enracinées dans les antiques Théogonies de Thèbes, de Memphis, d’Héliopolis et d’Hermopolis, et dont l’axe est lecombat entre la Vie et la Mort et la victoire de la Vie sur la Mort.

 Et encore : «La Bible (…) est partie de l’Égypte avec Moïse. C’est d’Égypte également que la Bible est devenue œcuménique, c’est-à-dire message de Dieu adressé à tous les peuples du monde habité grâce à la fameuse traduction des Septante. C’est en Égypte enfin, qu’après les célèbres écoles catéchétiques de Jérusalem et de Césarée de Palestine, la théologie au sens moderne du mot a vu le jour à Alexandrie. Alexandrie, la capitale du monde civilisé qu’avait rêvée et créée Alexandre le Grand, Alexandrie est devenue, pendant les six premiers siècles chrétiens, le cœur et le cerveau du christianisme de la méditerranée orientale. Si la Bible y avait trouvé ses traducteurs et commentateurs dont Philon est le chef de file, l’Évangile y trouvera ses disciples les plus géniaux. C’est là qu’ont vécu, enseigné, prêché, les Athanase, les Cyrille, les Origène. C’est de là, également, qu’est sorti Arius. Plus de quarante conciles ont réuni à Alexandrie au cours des six premiers siècles de notre ère, les représentants des Églises du bassin méditerrannéen. Au centre de tous ces débats, le problème central qu’agitent évêques, théologiens orthodoxes et hérétiques (…): il s’agit de l’inculturation. C’est à Alexandrie d’Égypte que l’évangélisation de la culture et le vocabulaire théologique chrétien ont trouvé leur formulation définitive»[5]. L’apport de l’Afrique se manifeste aussi par la naissance du monachisme en Égypte.

 Mais, de nos jours, l’Afrique dans la Bible n’est pas le thème récurrent. Tout se passe comme si la place et le rôle du Noir seraient une donnée insignifiante dans la Bible[6]. Au point que le Noir ne porterait pas la révélation biblique.

 Faut-il donner une illustration de ce que devrait faire un bon nombre d’intellectuels africains qui s’investissent dans l’étude de la Bible? Il suffit de lire la réflexion suivante qui permet de montrer que l’Afrique mérite d’être prise en compte et jugée objectivement dans les écrits bibliques africains.

 Égypte réhabilitée (Ex. 1, 8- 2,1-10)[7]?

 L’imaginaire collectif chrétien s’est façonné au cours des âges dans une méfiance presque totale à l’égard de l’Égypte considérée comme lieu de la servitude, de l’étouffement et de la mort. En effet, en lisant les extraits les plus cités de la Bible, on a l’impression que la réalisation du plan du Créateur passe nécessairement par l’échec d’un peuple: les Égyptiens présentés comme des tortionnaires et des oppresseurs! Le Dieu de la victoire est exalté, car «il a fendu la mer rouge en deux parts et frappé les égyptiens dans leurs aînés»(Ps. 135).

 Et pourtant, une bonne opération de décryptage de sens, une lecture au second degré des textes qui relatent les événements du salut, place souvent le lecteur devant l’évidence d’une tout autre vérité oubliée et d’une mémoire retrouvée. Une anecdote rapporte que lorsque les fils d’Israël sortirent d’Égypte, ils chantèrent ce cantique de Moïse serviteur de Dieu: «nous chantons pour le Seigneur, éclatante est sa victoire, il a jeté dans la mer rouge, chevaux et cavaliers…». Un ange, émerveillé par le chant, descendit du ciel pour se joindre à leur louange; mais Dieu le réprimanda en disant: Israël se réjouit, car il a été sauvé de pharaon, mais toi, mon ange, pourquoi es-tu content? As-tu oublié que c’est moi Dieu qui ai créé aussi Pharaon et les égyptiens? Alors l’ange se replia et compris que Dieu était différent des anges et des hommes! Et quelques heures plus tard, ceux qui chantaient se mirent à récriminer contre Moïse: pourquoi nous as-tu fait sortir de l’Égypte où l’on mangeait des marmites des viandes? Moïse leur répondit: allons vite dans le pays où coulent le lait et le miel. Et ils se mirent en marche. Mais un petit enfant se moqua d’eux en disant: avez-vous déjà vu une rivière de lait et de miel! Ils firent taire l’enfant.

 Cette petite histoire que nous évoquons de mémoire peut paraître d’allure simplement banale; cependant, elle invite à un changement de regard. Comme le note T. Radcliffe: «Arriver à la vérité d’un texte ou d’une personne, c’est toujours se laisser terrasser par ‘‘la glorieuse surprise de la Vérité’’. C’est se laisser confondre, découvrir qu’on ne savait pas à l’avance ce qu’il y avait à découvrir»[8]. C’est comprendre que chaque texte a sa magie (i.e. sa capacité de construire un monde que le lecteur va parcourir[9] et chercher à comprendre). La magie de l’Écriture Sainte, nous semble-t-il, réside dans sa capacité de lancer au lecteur des signaux inattendus, pour un nouvel embarquement, vers les rivages de ce Dieu Créateur dont «les pensées sont au-dessus de nos pensées». C’est cela l’œuvre de l’Esprit au-dessus de nos esprits et c’est en cela qu’elle est parole du salut et se sauve de la manipulation des regroupements tribo-claniques ou socioculturels[10]. C’est dans cette dynamique que nous nous proposons d’identifier les signaux lancés au lecteur par Ex.1, 8-22; 2,1-10[11].

La méditation sur les circonstances qui entourent la naissance de Moïse nous livrent bien des confidences et nous inclinent finalement à redorer l’image de l’Égypte. Ce texte (Ex. 1, 8–2, 1-10), une fois lu avec attention, nous dévoile son secret et devient pour nous un miroir. Le signal qu’il nous lance est si puissant: «le bien est encore possible en Égypte», car, au cœur même de la communauté égyptienne, il y a des mécanismes de résistance contre l’oppression et la mort des Hébreux. Quelques faits en témoignent:

La mention «un autre pharaon (roi) advient au pouvoir en Égypte, qui n’avait pas connu Joseph» (v.8) indique le caractère ponctuel du fait. Tous les pharaons n’ont pas persécuté Israël – qui n’existait pas encore à l’époque –, mais bien celui-ci qui n’a pas connu Joseph. (Et politiquement, tout changement de régime peut entraîner un renversement des rôles!). Voilà pourquoi il est symptomatique de remarquer qu’avant de parler de la servituded’Israël, la Bible parle plutôt de la famine (cf. la descente en Égypte d’Abraham, des fils de Jacob et leur père…). Avant d’être «une terre d’oppression», l’Égypte fut d’abord et à plusieurs reprises, Terre d’Asile et Oasis de liberté pour Israël. La Bible note plusieurs descentes en Égypte: celle d’Abraham (Gn.12, 10s), de Jacob et ses fils (Gn.42s), de Jeroboam au temps de Salomon qui chercherait à le faire mourir (1R.1, 40), comme celle de la diaspora juive d’Alexandrie lors du siège de Jérusalem en 587. D’après Mt.2, 13s, Joseph reçoit l’ordre de descendre avec l’enfant en Égypte pour échapper à la persécution d’Hérode.

Même si dans l’Ancien Testament l’image de l’Égypte est tantôt négative (cf. Gn 15, 14), tantôt positive, il convient de réhabiliter cette nation en mettant en relief quelques éléments positifs qui la caractérisent dans la Bible[12]:

  1. Terre d’accueil d’Abraham: «Abraham descendit en Égypte pour y séjourner…» (Gn 12, 10).
  2. Terre nourricière des fils affamés de Jahvé
  3. Terre d’exil des fils de Jahvé persécutés
  4. Mère nourricière de Moise
  5. Source de la Sagesse de Moise: selon le diacre Étienne (Ac 7, 22), «Moïse fut initié à toute la sagesse des Égyptiens et il était puissant en ses paroles et en ses actions».
  6. Terre d’une Sagesse dépassant celle de Salomon et n’ayant d’égal que la Sagesse de Jahvé
  7. Cippora future femme de Moise parle de «l’Égyptien» à propos de Moise, donc du «Moise l’Égyptien» (Ex 2, 15-22).
  8. La femme de Moise l’Égyptien est de la même race que la race égyptienne. Elle est Kushite.
  9. Salomon se marie à la fille du Pharaon (1 R 3, 1).
  10. Salomon avec la reine de Saba aurait même eu un enfant avec elle.
  11. Des Princes qui sous Salomon et David vont se réfugier en Égypte.
  12. Jésus et sa famille vont en exil en Égypte (Mt 2, 13-20). Faisant l’exégèse de Mt 2,13ss, épisode qui relate la fuite de Jésus enfants en Égypte, Davies et Allison justifient ce choix de la façon suivante: «Egypt was the traditional refuge for Palestinian Jews seekin asylum. See, for example, 1 Kgs 11,140 (Jeroboam); 2 Kgs 25,26 and Jer 41,16-18 (Gedaliah’s friends who departed from Geruth Chimham ‘near Bethlehem’); Jer 43,1-7 (Jeremiah); Josephus, Ant. 12,387 (Onias IV); 14,21 (‘principal men among tje Jews’); 15,46 (a frustrated attempt by Alexandria); Josephus, bell.7,409-10 (Sicarii); and b. Sanh. 107b (joshua b. Perahyah) (cf. also Zech 10,10; Rev 12,4-6)…»[13].
  13. Jésus n’a formulé aucune remarque négative sur son séjour en Égypte. On dirait en outre que le Nouveau Testament remet en place l’image de l’Égypte comme lieu de survie.

Ainsi, la reconnaissance du rôle positif de l’Égypte, a-t-elle poussé le pape Jean-Paul II à affirmer que l’Afrique est la «seconde patrie du Christ».

Revenons à la lecture du texte qui constitue l’intitulé de notre étude afin de dégager quelques éléments de compréhension.

–       La résistance des sages femmes d’Égypte à l’ordre du roi (v.15 s) doit bousculer notre imaginaire collectif de chrétiens. Dieu qui voit tout dans le secret les récompensera en leur accordant une postérité (v.22).

–       La figure de la fille de Pharaon: À partir d’Ex.2, 2-3, l’attention du lecteur pourrait être portée sur les astuces mises en œuvre par la mère de Moïse pour que celui-ci survive (v.2-3) ou sur le suspens que provoquent les faits et la position secrète de sa sœur qui entend voir ce qui adviendra à l’enfant (v.4).

 Cependant, la figure de la fille de pharaon reste bien marquante et oriente la saisie du sens de toute l’architecture du texte. Ici, le signal est encore très fort: «pas seulement en Égypte, mais même dans la maison du pharaon présenté (actant) comme l’oppresseur, le bien est possible».

 En effet, la fille n’ignore absolument pas l’édit de son père: «Tout fils qui naîtra, jetez-le au fleuve (i.e. où il mourra) et laissez vivre toute fille» (Ex.1,22). Elle ouvrit la corbeille, vit un garçon qui pleurait. La compassion ne l’empêche pas pourtant de reconnaître l’identité de l’enfant: «C’est un des petits hébreux» (v. 6) qui doivent mourir. Connaissant tout, elle épargne cependant sa vie. Alors seulement, sa sœur peut surgir (v. 7). La fille de pharaon traitera cet enfant comme «son propre fils et lui donnera un nom: Moïse», car, disait-elle,«je l’ai tiré des eaux». Et dans la suite de sa vie, Moïse ne changera pas de nom; son identité est à jamais scellée par une égyptienne.

 Le texte ne souligne pas, à ce point, l’attitude de pharaon, mais il est bien vrai et on peut le supposer qu’une princesse pouvait bien avoir quelque influence sur son père. Ce qui est suggéré au lecteur, c’est la conviction qu’il y a eu en Égypte, au temps même de l’oppression, des hommes justes qui, comme Pua, Shifra et la fille de pharaon, ont participé aux événements de la rédemption.

Faut-il conclure?

 La présente étude n’est pas, à vrai dire, une œuvre d’exégèse. C’est un simple effort de réhabilitation de l’image positive de l’Égypte dans la Bible dont une herméneutique dévalorisante projetée sur les textes situe ce pays dans l’axe du mal, de l’idolâtrie et de l’oppression[14].

 Même si cette étude se dit ne pas être un travail d’exégèse, elle rejoint pourtant des études exégétiques d’un «grand maître», Paul Beauchamp. Parmi de nombreux écrits sur ce thème, il nous livre sa réflexion biblique sur la sortie d’Égypte[15]. S’appuyant sur le texte même de l’Exode, il y montre Moïse comme l’homme de deux peuples, l’Égypte et Israël; il est «le premier qui, des deux peuples, en a fait un… Le récit est marqué de manière indélébile par le fait que le premier de tous les sauvés de l’Exode a été sauvé par une Égyptienne… Médiateur entre un peuple et l’autre peuple. Médiateur entre Dieu et ces deux peuples. Intercéder non seulement pour Israël mais pour l’Égypte entre dans ses fonctions»[16]. Et c’est en ce sens-là que Moïse devient figure du Christ, qui, dans la Passion, a tué la haine, faisant des Juifs et des païens un seul peuple, en les arrachant au mal qui est en chacun d’eux, lorsque dans sa mort, ils se sont rencontrés dans la même volonté homicide[17].

Ex.1, 8-2,1-10 nous propose une critique en profondeur du regard que nous portons sur le monde et nous invite à abandonner la sécurité rassurante de nos visions globales des faits. En Égypte et dans la maison de Pharaon, le bien l’emporte sur le mal. Pua, Shifra et la fille de Pharaon sont des personnages providentiels, elles ont écrit avec Dieu une préface à l’histoire du salut d’Israël. La liturgie pascale devra davantage insister sur leur rôle, et expliquer pourquoi le rédacteur, qui était juif bien entendu, n’a pas ombragé leurs actes.

Les chrétiens doivent apprendre à penser la Bible, à grandir avec elle et à la faire grandir. Car, selon la magnifique sentence de Grégoire Le Grand, L’Écriture grandit avec ses lecteurs[18]. Ainsi, arriveront-ils à comprendre, comme l’ange de l’anecdote, que Dieu est différent et, comme le pense Isaïe, Il n’a pas inexorablement condamné l’Égypte[19]:

Le Seigneur se fera connaître des Égyptiens et les Égyptiens, ce jour-là, connaîtront le Seigneur… Alors si le Seigneur a vigoureusement frappé les Égyptiens, il les guérira: ils reviendront au Seigneur qui les exaucera et les guérira(Is. 19, 21-22).

Ces considérations permettent de restituer à l’Égypte une fonction positive. L’histoire du christianisme s’inscrit dans cette perspective. L’Égypte fait partie de la mémoire du Christianisme (École d’Alexandrie). L’Église Chrétienne Copte et l’Islam coexistent en Égypte depuis plus de 1300 ans. L’évangélisation du Soudan et de l’Éthiopie par l’Égypte est une illustration d’une pratique missionnaire intra-africaine respectueuse des cultures locales.

C’est à l’honneur de certaines organisations d’Église de consacrer une Campagne Missionnaire à l’Égypte. Elle n’est pas la première. C’est de l’Égypte qu’est partie l’action missionnaire multiforme: vers l’Italie et l’Espagne, vers la Grèce, vers l’Afrique de l’Ouest (Algérie, Maroc, Libye, etc.), vers le Soudan et l’Éthiopie. L’Égypte est le foyer de l’Action Missionnaire Multi-Ecclésiale, Multilinguistique (égyptien, copte, latin, grec, hébreux et plus tard, méroitique et geez) et Multi-Culturelle, une Action fécondée par les cultures et les langues africaines pré-chrétiennes.

 Aussi, faut-il reconnaître à l’Égypte d’avoir engendré des Pères de l’Église dont la pensée marque la vie des Églises chrétiennes. Ces Pères, à l’instar d’Origène, ont développé une Théologie à partir de la place de l’Égypte et de l’Éthiopie dans la Bible (cf. Cantique des Cantiques)[20].

L’exégèse biblique a découvert depuis plus de deux siècles, l’importance de l’Égypte. Le moment n’est-il pas venu d’inviter la théologie occidentale de la mission à se tourner vers ses origines historiques et que la pratique missionnaire englobe l’Afrique dans sa totalité? Pourquoi pas le Congo ou le Tchad et pourquoi pas l’Égypte? Cette question se pose et se posera aussi bien au Sud de l’Égypte qu’en Égypte même. Elle montre que la pratique missionnaire devrait prendre l’Afrique comme un tout, se tourner vers les civilisations égyptiennes et nubiennes antiques, épauler des Chrétiens égyptiens qui résistent depuis longtemps contre l’oppression et la discrimination. Dans la perspective chrétienne, c’est la tâche des Églises historiques de se tourner vers l’Égypte non seulement pour souligner l’universalité de leur action, mais aussi pour exprimer au Peuple Égyptien leur solidarité et puiser une nouvelle énergie dans les eaux du Nil.

Ceci dit, il apparaît qu’une théologie chrétienne s’appauvrit si elle met entre parenthèses l’importance du Noir dans la Bible. Elle perd de sa crédibilité si elle sous-estime le rôle de précurseur joué par la religion égyptienne dans l’histoire du christianisme. À ce propos, C. Desroches Noblecourt écrit: «le christianisme n’avait (…) nul besoin de la religion hébraïque pour être introduit en Égypte, nul besoin d’un relais, car, depuis les origines, l’Égypte laissait entrevoir les aspects précurseurs de la pensée chrétienne. La fraternité, l’humanisme et la légendaire sagesse de cette civilisation ne peuvent nous échapper et semblent être concrétisés par la réponse faite à Pharaon par un magicien, auquel il était demandé pour une expérience de couper le cou d’un prisonnier de guerre, puis de le ‘recoller’! Sa courageuse réaction caractérise la conscience de l’homme d’Égypte: ‘Non! pas un être humain, Souverain mon maître! car il est défendu de faire pareille chose au troupeau de Dieu!’ (Papyrus Westcar ancien empire)»[21].

Hommage à la théologie copte

Il importe de reconnaître la paternité des premiers documents du christianisme africain copte qui datent du 2ème siècle de notre ère et sont de loin antérieurs à la traduction grecque de la Septante (Bible de la Septante vers la fin du 3ème siècle) et au Vetus Latina et à  la Bible de Vulgate de Jérôme (4è-5è s)..

La Bible Copte existe en plusieurs versions, selon les dialectes coptes en cours :

  1. Version Sahidique
  2. Version bohaïrique
  3. Version Fayumique
  4. Version akhmimique
  5.  « subakhmimique“ ou lycopolitaine et
  6.  « oxyrhynchite »[22].

À côté des traductions et des versions de la Bible copte, il convient de retenir la découverte des textes dits gnostiques de Nag Hammadi : « La bibliothèque de Nag Hammadi est un ensemble de treize codex de papyrus reliés en cuir, du milieu du IVe  siècle. Retrouvés en 1945 dans la ville de Nag Hammadi au nord-ouest de Louxor par des paysans égyptiens, ils sont désormais conservés au musée copte du Caire. Ces codex (les plus anciens connus), datent contiennent une cinquantaine de traités en copte, traductions de textes écrits initialement en grec ancien, vraisemblablement du IIe siècle au IIIe  siècle. La majorité sont des écrits dits gnostiques, mais on trouve également trois textes de la tradition hermétique, dans la lignée du Corpus Hermeticum, et une traduction partielle de La République de Platon. La plupart de ces textes n’étaient pas connus par ailleurs, ou seulement de façon fragmentaire. Le plus célèbre est sans doute l’Évangile selon Thomas, dont la bibliothèque de Nag Hammadi contient le seul exemplaire complet. »[23]

Quant à son historique, Wikipédia note : « il s’agissait vraisemblablement de documents provenant de la bibliothèque du monastère de saint Pacôme cachés là à la fin du IVe  siècle, après l’interdiction de la littérature gnostique par Athanase d’Alexandrie et par les décrets de l’empereur Théodose Ier“.

Récemment d’autres codex ont été découverts à Louxor et la série continue.

A l’Académie de la Pensée Africaine, nous avons compris qu’on ne peut pas se considérer aujourd’hui comme un théologien chrétien africain si on ignore les théologies de l’Église copte. On ne peut se  proclamer exégète chrétien africain si on ne connaît pas la Bible copte, les Évangiles et les autres enseignements et documents retenus par les Coptes.

Une Eglise chrétienne africaine existe. Elle dispose de sa Bible plus ancienne et plus complète que la Bible romaine. Elle a formulé ses dogmes propres, édifié et construit sa liturgie, son art, son calendrier. Elle possède ses saints et sa propre langue. A cet égard, la théologie afro-chrétienne moderne demeure a-historique si elle n’intègre pas la composante copte du christianisme qui a profondément marqué l’Église grecque, l’Église romaine et l’Église d’Orient.  Laquelle composante copte est d’ailleurs très critique vis-à-vis de l’Ancien Testament et du Nouveau Testament. Ecoutons R. Kasser :

a)        Critique contre le Nouveau-Testament :

« Dans le Nouveau Testament, les Coptes voient certes les traces d’un enseignement du Père suprême, mais ils constatent que la bonne doctrine s’y trouve déformée et altérée, mêlée à beaucoup d’éléments matériels qui la rendent impure, car les rédacteurs de “nos » évangiles, disciples des moins doués parmi les apôtres, ont le plus souvent mal compris et mal interprété la révélation que leur maître avait tenté de leur confier. »[24]

b)       Critique contre l’Ancien-Testament :

« En ce qui concerne I’Ancien Testament, habituellement, la condamnation gnostique est plus sévère encore: voilà un livre expressément écrit sous l‘inspiration du dieu inférieur et usurpateur. Sabaôth dans le but d’égarer les hommes, de les prémunir contre toute tentative d’émancipation et d’instruction provenant du Père supérieur; pour mieux les tenir en son esclavage, ce dieu n’a voulu transmettre aux hommes que des doctrines objectivement néfastes en ce qui concerne leur salut; certes, il est arrivé que, floué par le Père (qui mettait en lui à son insu des pensées supérieures), il ait proféré des paroles susceptibles d’éveiller l’homme de sa torpeur, donc des paroles qu’un gnostique peut utiliser en prenant quelques précautions; mais le plus souvent, les textes de l’Ancien Testament sont si mensongers qu’on ne peut espérer en tirer quelque vérité qu’en les interprétant « à I’envers », c’est-à-dire, en prenant comme « bon » ce que ce livre déclare « mauvais”, et vice versa. »[25]

Apport de la théologie africaine à la construction d’un nouvel imaginaire en Afrique

 Pour construire le sens, l’Africain fait appel à tous les alliés de la vie : Dieu, les ancêtres, le cosmos, etc. Il lui faut aussi un autre champ, celui de l’imaginaire. L’imaginaire, c’est celui des traditions ancestrales, faite de mythes, de contes, de proverbes, de devinettes, de généalogies, etc. C’est aussi celui de ses rêves, de ses confidences, de sa sensibilité, de ses émotions, de ses affects…, de toutes ces histoires qu’on nous raconte et dont nous faisons nous-mêmes le récit.

 L’imaginaire est ce qui existe dans l’esprit de chacun, féconde sa pensée et ses projets. Il est le lieu où chacun emmagasine des images ou des représentations mentales chargées de joie ou de peine, d’amour ou de désespoir, etc. C’est un «modèle directeur» d’une pensée et un soubassement où l’on puise ses motivations et ses engagements.

 Certes, et ceci est capital, il ne s’agit pas d’un imaginaire qui installe l’Africain dans le monde de la barbarie et du non-accomplissement de lui-même, de l’emprunt servile et du mimétisme suicidaire.

 Il est temps de jeter les bases d’un nouvel imaginaire susceptible de développer des images dynamiques qui permettent la refondation de l’Afrique et des peuples nègres. C’est un travail de longue haleine qui sollicite un commencement. Et ce qui commence est souvent déviant et marginal. On ne peut rien faire sans espoir, en se cantonnant dans la mélancolie, l’indifférence ou la résignation. La grandeur de la cause nègre doit nous donner le courage, la volonté et l’espérance d’un nouveau matin du monde.

 La théologie africaine pourrait contribuer à la construction d’un tel imaginaire en se déployant sur l’arrière-fond de l’égyptologie et en s’assumant comme espace de de compréhension et de conception d’un nouveau lieu qui s’offre aujourd’hui plus que jamais à l’Afrique : l’Egypte pharaonique et la Nubie. Ce lieu constitue pour nous une condition de possibilité de la compréhension de la Bible et du christianisme actuels dans la mesure où il est herméneutiquement inacceptable de se passer de la contextualité ou de l’avant-texte, c’est-à-dire de la culture-mère dont se nourrit l’anthologie des textes bibliques[26].

 Quel est le sens de cette démarche ? Il s’agit, en définitive de la poursuite et de l’approfondissement d’un effort de désintoxication sémantique et de constitution d’un nouvel imaginaire et d’un autre lieu d’intelligibilité du rapport à soi, aux autres et au monde. Ce à quoi s’emploie le mouvement de l’inculturation ou de la libération, mais qui nécessite un dépassement offert par la piste égyptologique.

 Sous cet angle de vue éminemment historiographique, le nouvel imaginaire devra dépendre entre autres choses :

– d’une théologie enracinée dans les profondeurs de la Vallée du Nil et le dialogue avec les Eglises chrétiennes antiques. Il y a là un appel à renouer avec ses racines et ses fondations, ce qui demeure une condition d’efficacité et de crédibilité de toute initiative locale. Une action sans racines n’a pas de consistance.

– d’une pensée chrétienne fondatrice de la possibilité de la continuité de la vie à l’heure où le système capitaliste met en péril la civilisation humaine.

– d’une théologie qui témoigne de l’image d’un Dieu intimement lié à la cause africaine et initiatrice d’une vision positive des créatures africaines qui n’en demeurent pas moins des sujets.

– d’une théologie cosmocratique. Birago Diop écrit :

            « Ecoute plus souvent

les choses que les êtres

la voix du feu qui s’entend

entends la voix de l’eau

Ecoute dans le vent

Le buisson en sanglots :

C’est le souffle des ancêtres… »

 Comme le fait remarquer l’ethnologue Mufuta Kabemba, cette écoute amène à vivre conformément à la nature authentique, cosmique, qui fait de l’Africain « l’être aux sens ouverts, perméables à toutes les sollicitations » selon L. S. Senghor qui parle encore de « sa capacité à saisir, par delà les apparences, les moindres indices de la Vie ».

Mufuta Kabemba poursuit : la nature profonde de l’Afrique est d’être cosmiste, d’être en participation avec les forces cosmiques qui élèvent chacun de ses enfants. Le terme adéquat est celui de la cosmocratie. Celle-ci désigne la manière dont l’Africain se situe, prônant la coopération avec l’Energie qui vivifie tout ce qui vit. C’est pourquoi l’Africain recherche l’harmonie et repousse l’exclusion. En insérant cette optique dans ce qu’on appelle démocratie, on donne le plus à cette forme plate de gouvernance limitée qui fait place aux rapaces de tout acabit et entretient constamment l’esprit d’injustice.

 Une théologie fondée sur cette base insistera sur le fait que l’adoration de la matière ne constitue pas le chemin qui mène vers la lumière. Elle saura dire que les questions environnementales ne sont pas extérieures à la mission de l’Eglise au moment où, comme le fait comprendre J.-M. Ela, il importe à l’homme africain de « garder en vie avec lui-même (Gn 6, 19) ‘tous les vivants’ que Dieu aime et dont il s’occupe (Ps 145, 16) »[27]. Elle aura à charge de promouvoir une conception africaine du pouvoir intégrant l’homme, la communauté, l’univers, le Créateur, la recherche de l’équilibre lorsque celui-ci est brisé.

– le nouvel imaginaire naîtra aussi grâce au déploiement d’une pensée de la mesure (réordonnant le for intérieur sans faire l’économie des progrès réels) et de la promotion de la vie. Il ne suffit pas de réciter la Confession Négative du chapitre 125 du Livre des Morts,datant de la fin du -IIe millénaire:

 Je n’ai pas pollué les eaux.

Je n’ai pas privé le petit bétail de ses herbages,

 Je n’ai pas détourné l’eau en période d’inondation“.

 Il faudrait devenir réellement vivificateur et co-créateur de tout ce qui est et de tout ce qui n’est pas encore. Car l’homme digne de ce nom n’est pas l’inventeur des pesticides, des insecticides, des herbicides et des parasites, mais celui qui peut se définir en ces termes : 

Je suis celui qui fait croître les herbages, 

qui fait reverdir les rives …

le maître des régions désertiques,

qui fait reverdir les oueds“.

„Je fais vivre le gibier d’eau et les serpents

qui sont sur la terre / dans le monde“.

 Les temps actuels ont à charge de retrouver cet esprit au lieu d’être le lieu de la vanité des vanités.

Conclusion

 Ce qui est sûr, c’est qu’il importe de nous inventer nous-mêmes aujourd’hui dans un nouvel être. « Les grands peuples ont toujours su se composer des origines, qu’il s’agit des peuples du miracle grec, des peuples de l’élection divine ou des peuples du nouveau messianisme chrétien »[28].

Tâche pour le moins délicate à laquelle la théologie africaine « égyptologisée » entend contribuer à l’heure où, en Afrique, la demande croissante consiste à cesser de faire de ce continent « un instrument utilisé par les autres : un ustensile »[29].

 

Dr KALAMBA Nsapo (DOCTEUR EN THÉOLOGIE, AFRICANOLOGUE, ÉCRIVAIN)

www.congoscopie.be

[1] Kä Mana, «Le souffle pharaonique de Jésus-Christ en Afrique. Dimensions et perspectives de la recherche égyptologique africaine», in J. Doré, F. Kabasele et R. Luneau (dir.), Chemins de la christologie africaine, nouvelle édition revue et augmentée, coll. Jésus et Jésus-Christ 25, Paris, DDB, 2001, pp. 195-226. À la suite de E. Mveng, P. Poucouta s’est efforcé de penser aux Lectures africaines de la Bible (Yaoundé, Presses de l’UCAC, 2002).

 

[2] Ibid., p.209.

 

[3] Ibid., p.199.

 

[4] Lire E. Mveng (dir.), Spiritualité et libération, Paris, L’Harmattan, 1987, pp. 14-17.

 

[5] E. Mveng (dir.), Spiritualité et libération…, pp. 14-17.

 

[6] C’est à cela que réagissent les lecteurs de The Original African Heritage Study Bible (Kjv Winston, World Bible Publishers, Inc., 2048 p. Une Bible très populaire dans certains milieux noirs américains. Elle souligne et met en évidence les passages qui représentent une référence à l’Afrique ou aux Africains.

 

[7] Nous lisons ce texte en nous plaçant du côté du lecteur, des effets de ce texte sur sa personne ou de l’écho que celui-ci produit en lui. Nous disons au lecteur: «tu as privilégié une manière de lire le livre de l’Exode; il y a d’autres types de lecture; en voici un exemple». C’est donc le point de vue de la réception qui nous préoccupe. Nous ne nous intéressons pas ici aux différentes étapes de la rédaction de l’Exode ou aux strates rédactionnelles et au schéma de l’exégèse habituelle.

 

[8] T. Radclieffe, Que votre joie soit parfaite, Paris, Cerf, 2002, p.80.

 

[9] D. Marguerat (ed.), «Entrer dans le monde du récit», in Quand la Bible se raconte, coll. Lire la Bible, Paris, Cerf, 2003, p.9.

 

[10] Le fondamentalisme et l’idéologisation de l’Écriture sont des tentations courantes au sein des grandes religions. Le premier consiste à prendre tout au pied de la lettre en oubliant l’humanité de l’Écriture; le second l’oriente vers l’intérêt et la peur.

 

[11] Sans ignorer les traditions et les textes extra-bibliques à la base de notre récit, nous optons pour une lecture du texte dans son état final.

 

[12] Cf. C. Cannuyer, Les Coptes, Turnhout, 1990, pp. 7-15.

 

[13] W.D. Davies, et D.C Allison, A critical and exegetical commentary on the Gospel according to Saint Matthew, vol. 1: Introduction and Commentary on Matthew I-VII, Edinburgh, 1988, pp. 259-260.

 

[14] Il n’est pas juste de mettre en relief la seule image négative de l’Égypte sans prendre en considération celle qui est aussi positive. Nous avons voulu modestement mettre l’accent sur cette image positive.

 

[15] P. Beauchamp, L’un et l’autre Testament – tome 2. Accoupler les Écritures, Paris, Le Seuil, 1990.

 

[16] Ibid., pp. 267, 271.

 

[17] Cf. ibid., pp. 265-295.

 

[18] A. Lacoque, P. Ricœur, Penser la Bible, Paris, Seuil, 1998, p.9.

 

[19] D’après J. Briends, l’affirmation d’un jugement de l’Égypte lors de l’Exode a un caractère adventice et intervient dans le livre de la Genèse (15, 4) et non dans celui de l’Exode. Dans le livre d’Amos, l’Égypte n’est pas mentionnée dans les oracles contre les nations (Am 1, 3-2, 3). En Am 3, 9, l’autorité royale au pays d’Égypte est prise à témoin au sujet des fautes commises dans le Royaume de Samarie. Chez Osée, l’Égypte n’est jamais condamnée pour sa conduite. Lorsque les prophètes Isaïe (Is 20, 6), Ézéchiel (Ez 29, 3) ou Jérémie (chap 46) condamnent l’Égypte, comme ils le font par ailleurs pour Israël et les nations, ce n’est pas en référence à l’Exode, mais à une politique extérieure de Juda qui croit pouvoir s’appuyer sur cette puissance militaire contre l’Assyrie. L’Égypte promet à Israël le salut alors que celui-ci doit venir de Dieu (J. Briend, Le jugement de l’Égypte (Gn 15, 14), in Le jugement dans l’un et l’autre Testament. I. Mélanges offerts à Raymond Kuntzmann, Paris, Cerf, 2004, pp. 49-61.

 

[20] Le Cantique des Cantiques éclate: «Je suis noire et belle» (Cantique 1, 5)[20]. C’est tout le contraire de «Je suis noire et pourtant belle» (Melaina eimi kai kale exprime, en grec, le sens réel de «Je suis noire et belle»; dans la version latine authentique, on écrit:nigrasum et formosa; en copte: ink kmt: il y a là le «je suis» et le kmt qui, en égyptien, signifie noir, beau et parfait).

Lire aussi le livre des Actes (Ac. 8, 26-40) qui rapporte le baptême de l’eunuque de la reine Candace qui était originaire du pays de Kusch.

 

[21] C. Desroches Noblecourt, Le fabuleux héritage de l’Égypte, Paris, Éd. SW-Télémaque, 2004, p.284.

 

[22]BILOLO MUBABINGE,  Les Coptes : 2000 ans du Christianisme Africain, Inculturation en théologie africaine. Inédit.

 

[23] http://fr.wikipedia.org/wiki/Biblioth%C3%A8que_de_Nag_Hammadi

 [24] R. KASSER, Citations des grands prophètes bibliques dans les textes gnostiques coptes, in M. KRAUSE (éd.), Essays on the Nag Hammadi Texts in Honour of Pahor Labib. The Nag Hammadi Studies, vol. 6., Leiden, 1975, p. 56-57.

 

[25] R. KASSER, Citations des grands prophètes bibliques dans les textes gnostiques coptes, p. 57.

 

[26] Nous pensons spécialement aux chrétiens africains qui prennent en compte l’historicité  et la contextualité dans leurs études bibliques et théologiques. Inutile de souligner qu’un contexte influe sur la perception et l’expression d’un contenu.  Il localise toute pensée théologique même s’il n’est pas toujours immédiatement perceptible.  Il a pour nous une réelle valeur méthodologique.

 

[27] ELA, J.-M., Repenser la théologie africaine. Le Dieu qui libère, Paris, Karthala, 2003, p. 130.

 

[28] Kä Mana, dans le journal congolais Le Potentiel du 02 mars 2006. C’est nous qui soulignons.

 

[29] KI-ZERBO, J., A quand l’Afrique ? Entretien avec René Holenstein, Paris, Ed. de l’Autre/Ed. d’en bas, 2003, p. 8.

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