Published On: jeu, Nov 10th, 2016

RÉFLEXION SUR LES DIFFÉRENCES CULTURELLES AFRIQUE/ EUROPE ?

europe_cooperation_afrique_200-200x150J’ai rédigé ce petit exposé il y a de cela quelques années dans le cadre de missions humanitaires effectuée au Burkina Faso et souhaite en faire par à ceux qui auront le temps et l’envie de le lire. Il n’ a pas pour objectif d’être exhaustif, mais pourra permettre d’éclairer certaines lanternes. Ce texte n’est pas polémique, et l’analyse -parfois simpliste j’en conviens, mais c’est le prix de la vulgarisation- est basée sur mon expérience personnelle. Voici donc la première partie:Pensés sur la différence culturelle Europe/Afrique Noire.

L’aide la plus utile que nous puissions vous donner ici, est de vous faire part de quelques notions relatives aux différences primordiales entre notre culture et la culture des peuples de l’Afrique sub-saharienne. A propos de la différence culturelle : Il existe un fossé très important entre la culture Africaine (Afrique de l’ouest) et notre culture européenne ou plus largement, occidentale. L’origine de ce fossé peut tout d’abord s’expliquer par le fait que les européens possèdent une culture dite « écrite » tandis que les Africains possèdent une culture dite « orale ». Cette différence est primordiale et lorsqu’on l’a assimilée et comprise, beaucoup de comportements jusqu’à présent surprenants à vos yeux d’occidentaux deviendront pour vous plus compréhensibles. Vous éviterez notamment de commettre de graves erreurs et de provoquer un « incident diplomatique ». J’exagère bien sûr, mais il y a tout de même certaines petites choses à connaître pour éviter de s’enliser dans des situations embarrassantes.

Qu’appelle t-on culture ECRITE ou ORALE ? Mon premier exemple sera illustré par la question suivante: Que fait un jeune occidentale quand il veut trouver une information historique, une définition quelconque, bref, lorsqu’il veut s’instruire par lui-même ? La réponse est simple et sans équivoque, il va se rendre à la bibliothèque la plus proche et fouiller les rayons pour trouver dans les livres la réponse à sa question (ou, plus probablement aujourd’hui, il va surfer sur la grande toile…). Ainsi s’il cherche une information concernant la seconde guerre mondiale, il se référera aux rayons « 2eme guerre mondiale » de cette bibliothèque, mais à aucun moment, il n’aura l’idée d’aller interroger son grand-père, qui lui, a vécu cette guerre et était en mesure de répondre à sa question de manière moins académique et sûrement plus intéressante et passionnante que le meilleur des livres d’histoire. Cet exemple parait simpliste, mais il illustre parfaitement ce lien que nous avons au papier, aux archives, au visuel. Nous pouvons appeler ceci la culture ECRITE.

Le jeune Africain qui voudra chercher les mêmes informations va commencer par interroger les anciens, les sages, ceux qui savent, qui ont vécu, ceux qui ont de l’expérience et que l’on respecte pour cette raison. Oh !! bien sûr me direz-vous, aujourd’hui, le jeune africain peut aussi avoir accès à ces écrits, ces livres d’histoire, et même à Internet ! C’est possible, puisque le monde occidental leur a « imposé » tous ces outils du savoir, mais soyez sûr qu’avant de les utiliser, il se référera aux sages, aux anciens. C’est ce qu’on peut appeler la culture ORALE. Voilà, à présent les bases sont posées, ce ne sont me direz-vous que de petites différences culturelles sans impact réel sur la façon de vivre, et bien détrompez-vous… .

Petite réflexion sur les différences culturelles Afrique/Europe: Partie II ?

Le respect des anciens La première conséquence de la culture orale est sans aucun doute l’immense respect que l’on accorde en Afrique aux anciens. Là-bas, contrairement à ici, on pleure beaucoup plus pour la mort d’un ancien que pour celle d’un nouveau né, tout simplement parce qu’ avec l’ancien s’en va une grande part de savoir. En Afrique on emploie une métaphore que je trouve vraiment jolie: « Un vieux qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle !!! » (Voilà qui donne encore de la valeur à mon exemple de départ). Les populations de culture occidentale sont beaucoup plus tristes à la mort d’un enfant ou d’un nouveau né que d’un ancien (qui au passage devient un tel poids pour la société qu’il n’est pas rare de le voir parqué dans des mouroirs aménagés pour soulager la famille).

Ce non-respect de l’ancien est chez nous la conséquence immédiate du fait qu’il n’ait plus rien à nous apprendre. Le sens du dialogue Promenez-vous dans Paris ou dans n’importe quelle ville de France et regardez les gens qui vous entourent ; que font-ils ? Ils regardent leurs pieds, ou droit devant eux, essayez de croiser un regard, je ne parle même pas d’établir une véritable communication, je parle d’un regard…c’est très difficile et sans aucune utilité puisque dans bien des cas cela vous attirera plus d’ennuis que de sympathies. Tout ça parce que l’homme des sociétés de culture écrite est autonome. Il peut résoudre ses problèmes seul, il n’a pas besoin des autres pour obtenir une information, il lui suffit de se rendre seul dans une bibliothèque et de lire seul le bouquin convoité, ou bien d’allumer seul son ordinateur et de naviguer seul sur internet. La communication avec l’autre est reléguée au second rang puisqu’elle n’est plus vitale.

En Afrique c’est totalement différent, même dans les capitales et la raison en est simple: c’est l’autre qui détient le savoir, puisque, ne l’oublions pas, nous sommes dans une société de culture orale et que par conséquent, le savoir se transmet à l’orale. En d’autres termes, j’ai besoin de l’autre pour apprendre. Je vais donc faire mon possible pour établir la meilleure communication possible avec l’autre puisque plus je lui parlerai, plus il me parlera, plus j’en apprendrai ! Et vous voilà vous promenant à Ouagadougou, ou à Bamako, alpagués par le premier parfait inconnu venu, il veut tout savoir de vous, il veut discuter, il veut que vous lui racontiez votre vie, n’y voyez là aucune agressivité, ni aucune démarche mercantile (quoique se méfier tout de même parce qu’on en revient souvent à ce sujet !!!), il veut simplement apprendre de vous, échanger avec vous puisque là-bas tout le monde fait ainsi. L’ambiance du Grand marché de Ouaga ou de Bobo peut vous faire penser à celle du marché de votre petit village de 500 âmes ; tout le monde se connaît, discute, et quand bien même on ne se connaîtrait pas, c’est la meilleure occasion pour créer des liens.

Imaginez la stupeur du Malien ou du Sénégalais qui débarque pour la première fois en France et qui, alors qu’il était habitué à temps de « savoir vivre communautaire » se retrouve face à des yeux tournés vers les chaussures et face à des têtes qui pivotent à l’opposé lorsqu’on demande une heure, une direction ou un simple renseignement.

Petite réflexion sur les différences culturelles Afrique/Europe: Partie III ?

Le « non » banni des conversations Nous l’avons vu précédemment, la communication et par conséquent sa forme la plus simple : la conversation, est très importante pour les peuples de culture orale. Par conséquent, il faut tout faire pour qu’elle dure le plus longtemps possible et qu’elle ne soit pas interrompue. Or, quel est le mot qui à coup sûr va, sinon mettre un terme à une conversation, du moins en abrégé la durée, c’est la négation « NON ». Si l’on dit NON, c’est qu’on ne veut pas, qu’on ne peut pas, bref, que l’on est inutile à la requête de l’autre. Il n’est donc pas surprenant que dans beaucoup de dialectes Africains, la traduction du NON n’existe tout simplement pas. Et, bien que ce mot existe en Français et dans toutes les langues « occidentales », bien que ces langues soient devenues les langues officielles des pays africains concernés, il subsiste toujours dans de nombreux endroits (hormis les grandes villes qui souvent ont été sur bien des points européanisées…) un rejet de cette négation dans la conversation.

Ceci peut paraître sans graves conséquences mais détrompez-vous, il ne faut par exemple jamais poser de questions fermées. Toutes vos requêtes doivent être des questions ouvertes sous peine de vous voir (et sans même vous en rendre compte, a votre plus grand bonheur ou plus grand malheur) répondre oui à chaque instant. Des architectes Français en on fait les frais il y a quelques années dans je ne sais plus quel pays: Il s’agissait de construire une mosquée financée par un organisme français, construit par les artisans locaux et dont les travaux étaient dirigés par des architectes français. Ces derniers ne connaissaient pas la subtilité de la question ouverte et par conséquent, pensant bien faire et dans un souci de gain de temps, posaient (à l’occidentale !) toutes leurs questions de telle sorte qu’ils se voyaient toujours répondre oui.

Qu’ils devaient être heureux ces architectes de se retrouver face à une population si docile dont ils ont pu du premier coup percer les envies. Oui mais là où le bas blesse, c’est qu’une fois le magnifique bâtiment terminé (3 ans de travaux), une fois inauguré par je ne sais quel ministre français, à peine ce ministre avait-il repris l’avion que la mosquée était déjà détruite et en ruine: A-t-on idée de construire une mosquée qui n’est pas tournée vers la Mecque ??? Et oui, dans leur précipitation et à cause de leurs questions ouvertes, les Architectes en ont oublié de s’intéresser au problème crucial d’une mosquée (comme d’une église d’ailleurs), c’est à dire son orientation. Ils n’ont pas posé les bonnes questions et personne n’a voulu les contredire. Les travaux se sont donc déroulés pendant trois ans, tout le monde sachant très bien que la mosquée serait détruite à peine les architectes partis ! ! Cet exemple illustre parfaitement bien les conséquences que peut avoir l’ignorance de ce détail culturel.

La mémoire La mémoire des sociétés écrites, nous l’avons vu, c’est le papier, ce sont les livres, c’est la ROM de votre PC, bref, pour résumé c’est un support physique situé à l’ extérieur du corps humain. Dans une société orale, la mémoire est à l’ intérieur du corps, dans la tête, dans le cerveau. Ceci parait une différence infime mais il semble au contraire, et bien des ethnologues vous le diront, que c’est un élément essentiel de différence culturelle entre une société écrite et une société orale. Imaginez que vous ayez à retenir une quantité très importante d’information, mais ceci sans support physique extérieur (tout de suite c’est moins évident !), et bien qu’allez-vous d’abord penser à faire pour que cette tâche soit simplifier ? Tout d’abord, vous allez sûrement trier les informations pour ne garder que les plus pertinentes et les plus utiles, ensuite, vous allez user de subterfuges pour réussir à retenir ces informations à coup sûr. Et bien c’est exactement dans cet état d’esprit que se retrouvent les peuples de culture orale.

Petite réflexion sur les différences culturelles Afrique/Europe: Partie IV ? La partie III ici:

Le tri des informations La société occidentale est submergée d’informations de toutes sortes et de toutes natures, que ce soit la presse écrite, les journaux satiriques, les journaux télévisés, les émissions télévisées, la presse people, Internet,…etc.. (Et parfois tout ça en même temps !), quelle pagaye de données ! ! ! L’homo occidentalus est perdu au milieu de cette grande braderie de l’information, et son rôle d’homme clairvoyant qui sait faire la part des choses, est souvent mis à mal par ce flux continu de données présentées toutes plus importantes les unes que les autres. Il n’est, dans ces conditions, pas toujours évident d’être perspicace et de retirer l’info essentielle, celle qu’il faut absolument avoir. Aussi, n’est-il pas étonnant aujourd’hui (mais non moins consternant) de trouver plus de personnes capables de vous raconter la vie de « Nolwen de Star Academy « (à moins que ce ne soit Nolwenn du loft ???) que d’avertis qui connaissent les causes profondes (…et ancestrale ???) du conflit Israélo-Palestinien.

C’est donc ça la société de l’information, on avale, on avale, et au final on ne sait plus ce qu’il est bon de retenir. Partons en Afrique maintenant, bien sûr il y a Internet, bien sûr il y a des quantités de journaux, du moins dans les villes, mais comme nous l’avons déjà vu, la tradition orale est tout de même loin de s’éteindre. Aussi, fait-on plus facilement le tri des informations que l’on reçoit, et pour des raisons évidentes de « taille mémoire ». Aussi, si vous voulez que l’on retienne ce que vous dites (à conditions que vous disiez des choses intéressantes pour votre interlocuteur) ne tournez pas autour du pot, soyez concis et allez droit au but. De toutes façons, si vous ne suivez pas cette règle, votre interlocuteur ne se gênera pas pour vous montrer que ce que vous dites l’indiffère, et il se montrera vite impatient.

La compression des données L’utilisation de la mémoire intérieure implique également l’utilisation de moyens mnémotechniques pour retenir toute l’information qui doit être assimilée. On notera ainsi qu’un africain fera souvent allusion à des images, il est en effet beaucoup plus facile de se souvenir d’images. Ainsi lorsqu’un africain veut se rappeler d’un récit, il doit tout d’abord mettre ce récit en image en n’en gardant que les aspect principaux (contexte, morale…). Et la première illustration de ceci lorsque vous vous rendez en Afrique ce sont les fables et les proverbes. Il n’est en effet pas rare d’entendre des proverbes, à première vue farfelus mais non moins remplis de bon sens, dans les conversations. L’un d’entre eux est d’ailleurs devenu célèbre au Burkina Faso, il s’agit de la remarque de Thomas Sankara, l’ex président du Burkina Faso à François Mitterrand. Celui ci avait exposé pendant deux heures un projet de développement commercial entre la France et le Burkina (développement qui n’aurait évidemment été profitable que dans un sens) au président Burkinabé sans que ce dernier ne pipe mot. Au bout de ces deux heures, le président Sankara s’est levé, à déclaré « si tu vas chez la grenouille, ne demande pas une chaise pour t’asseoir » et s’en est allé, laissant quoi notre président français.

Autrement dit, » ce que tu me demandes de faire ne m’apportera rien ». Souvent incisifs, courts mais efficaces, il faut savoir les comprendre et en saisir toute l’ampleur. Si vous tendez bien l’oreille, vous pourrez vite remplir un carnet de ces proverbes. Ces expressions ne sont d’ailleurs pas sans rappeler celles qui courent encore chez nous aujourd’hui. Certaine en sont plus ou moins l’adaptions parfaite (ainsi par exemple, en Afrique, au lieu de dire « Il ne faut pas mettre la charrue avant les boeufs », on dira « Il ne faut pas devancer l’Iguane à l’eau »), et bien ce n’est pas par hasard puisque ne l’oublions pas, une grande partie de la population dite : « du nord » ou « occidentale », en majorité analphabète et rurale au début du 20eme siècle, avait recours à la mémoire intérieure. Perspicacité et clairvoyance Ces populations ont de plus développé un perspicacité sans failles ainsi qu’un instinct qui leur fait rarement défaut. Ainsi, sans même vous en rendre compte, lors de votre première rencontre avec un interlocuteur, celui-ci va se faire une image de vous en fonction de vos paroles, de votre comportement, il va vous juger sur bien des points, et croyez-moi, il y a peu de chances qu’il se trompe à votre égard ou que vous arriviez à le berner.

SOURCE: http://fr.answers.yahoo.com/question/index?qid=20081203015546AAroTUB

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