Published On: ven, Avr 21st, 2017

L’ÉPOPÉE DES MAÎTRES SHABAZZ

Nos enseignants nous ont toujours dit que l’Histoire du monde Noir n’avait pas de commencement, car celle-ci renvoie tellement loin dans le passé qu’il nous est impossible d’en saisir le début. Pour nos contemporains, nourris à la pensée dominante occidentale, une telle assertion relève du fantasme anti-scientifique tant la science historique officielle aurait déjà, selon eux, défriché tous les recoins du chemin broussailleux de notre passé historique.

Ainsi la frise élaborée et distribuée par la pensée dominante dans les cours d’Histoire dichotomise le passé en deux grandes parties bien définies :

  •  tout d’abord il y aurait l’Histoire, période dont le début coïnciderait avec l’invention de l’écriture il y a environ 6000 ans (sic),
  •  et il y aurait la Préhistoire qui correspondrait à la période antérieure à ces 6000 ans, et qui serait caractérisée par une période d’obscurité civilisationnelle complète.

Aussi quand nos maîtres nous parlent de certains moments historiques de nos devanciers d’il y a cinquante mille (50 000) ans, comme l’épisode de la migration des Shabazz vers le cœur de l’Afrique, il est évident que pour la pensée majoritaire, il ne s’agirait là de rien d’autre que d’une fable, d’une légende au mieux, d’une farce, d’une marque d’ignorance totale, au pire.

Car pour eux, parler de civilisation en des temps aussi reculés serait oxymorique face à la vérité historique. L’enseignement officiel présente les « Hommes » ou plutôt les « Hominidés » de cette époque comme de vulgaires hères sachant à peine s’exprimer, ou comme de vils cueilleurs-chasseurs se nourrissant de viande crue, et vivants dans des grottes ou dormants à la belle étoile dans les savanes africaines ; en somme, c’est par excellence, l’image d’Epinal de l’« Homme des Cavernes » communément  appelé « Homme Préhistorique ». Par conséquent, celui que les historiens appointés par le système dominant nomment l’Homme Préhistorique– donc l’Homme vivant il y a plus 6000 ans- est présenté comme un rustre de la pire espèce, un sauvage des plus rétrogrades, réfractaire à toute forme de civilisation. Alors, parler d’un épisode datant d’il y a cinquante mille (50 000) ans, c’est quasiment parler de primatologie.

Mais pourtant l’auteur antique Plutarque décrit dans son livre « Osiris et Isis » une autre réalité concernant cette période où il nous apprend, pour le cas de l’Egypte antique, du moins, que celle-ci était civilisée, et ce déjà à l’époque d’Ausar (Osiris). Sous la plume d’un des plus grands savants de l’antiquité gréco-latine, le mot civilisation ne doit pas être pris à la légère, car n’oublions pas que ces penseurs gréco-latins étaient prompts à taxer tout autre peuple de barbare, se voyant eux-mêmes quasiment comme les seuls peuples civilisés de la Terre. Voilà ce qu’il écrit :

« Dès qu’Osiris régna, il arracha aussitôt tous les Egyptiens de leur existence de privations et de bêtes sauvages, leur fit connaître les fruits de la terre, leur donna des lois et leur apprit à respecter les dieux. Plus tard, il parcourut la Terre entière pour la civiliser. Il eut très rarement besoin de faire usage de la force des armes, et ce fut le plus souvent par la persuasion, par la raison, parfois aussi en les charmants par des chants et par toutes les ressources de la musique qu’il attira vers lui le plus grand nombre d’Hommes[1] »

Il s’agit là d’un propos d’un homme d’une grande érudition, d’une grande culture doublée d’une bonne renommée, introduit et initié aux savoirs scientifiques antiques et qui avait accès aux pléthoriques bibliothèques des temps anciens dont s’était dotée la Vallée du Nil au fil des millénaires. Le tableau qu’il nous brosse de cette Egypte mythique qui le précède de plusieurs dizaines de milliers d’années est très loin de ce que l’on a coutume d’entendre au sujet des Hommes ayant vécu avant le commencement officiel de l’Histoire (il y a 6000 ans). Dans la pièce historique que présente Plutarque, il est question de Raison, de Lois, d’Agriculture, de Musique, de Religion ; en tous les cas de toute la panoplie d’éléments caractéristiques des nations ayant eu commerce avec la civilisation, et familières, coutumières de la Norme, de l’effort, de l’anticipation, et de la réflexion. Comme on le voit, nous sommes très loin de l’image du « bon sauvage » qui végèterait dans des grottes, vivant au jour le jour.

Ces dépositions historiques doivent nous pousser à interroger la pertinence du découpage de l’Histoire tel qu’aujourd’hui enseigné, et qui postule qu’avant 6000 ans n’aurait régné que le néant civilisationnel. La date de commencement de la civilisation à proprement parler devrait être davantage repoussée dans le passé. Le point historique de 4000 ans avant JC ne correspondant pas à notre réalité africaine de la civilisation.

D’autant plus qu’en 1961 le mathématicien, philosophe et orientaliste français René. A. Schwaller de Lubicz, dans son œuvre monumentale « Le Roi de la Théocratie », nous édifie sur des éléments scientifiques de l’Histoire de l’Egypte faraonique qui portent à penser qu’une civilisation encore plus grande qu’elle l’aurait précédé :

 

« Nous devons admettre qu’une civilisation a précédé les énormes déplacements d’eau qui ont submergé l’Egypte ; c’est ce qui implique la présence du Sphinx sculpté dans la pierre sur les falaises situées du côté ouest, à Gizeh, ce Sphinx dont tout le corps de lion, à l’exception de la tête, montre des traces indiscutables d’érosion marine[2]. »

Ne perdons pas de vue que Schwaller de Lubicz a passé plus de quinze ans en Egypte à étudier le sens ésotérique des Medou Neter au point d’être considéré jusqu’à ce jour comme le plus grand spécialiste en la matière. C’est en partie, cette stature internationale, cet énorme crédit scientifique dont jouissaient les travaux du savant français qui ont poussé l’égyptologue John Anthony West à s’intéresser de plus près à cette question des érosions marines sur le Sphinx, nous apprend Bob Frissel dans « Rien n’est vrai dans ce livre, mais c’est ainsi que sont les choses » :

« Un égyptologue du nom de John Anthony West décida après avoir lu dans le livre de Schwaller de Lubicz en 1972, de faire des recherches sur les marques d’érosion du Sphinx. Il découvrit que cette désagrégation est exceptionnelle, allant jusqu’à 3,50 mètres de profondeur à l’arrière. Il fit venir un géologue américain, Robert Schoch, qui l’étudia d’un point de vue géologique et découvrit qu’il ne s’agissait pas de l’œuvre du vent et du sable, mais d’un écoulement d’eau. Il calcula qu’il aurait fallu un minimum de 1000 ans de pluies torrentielles s’écoulant sans arrêt sur le Sphinx pour arriver à sculpter ces érosions.  La géologie s’oppose maintenant directement à l’archéologie. Comme on estime que le désert du Sahara existe depuis 7000 à 9000 ans, cela signifie que le Sphinx est  âgé d’au moins 8000 à 10 000 ans[3]. »

A la suite de cette réévaluation de l’âge du Grand Sphinx, un nombre significatif de chercheurs sérieux ont dû réviser leur position quant au commencement de la civilisation, ou tout au moins de la civilisation égyptienne faraonique. C’est le constat que fait James A. Gunn qui enregistre dans « To Egypt : Land of the Pharoahs. The Desert- The Nile » ceci :

« John A. West, un égyptologue et Robert Schoch, un géologue expert dans l’érosion des roches, ont proposé une nouvelle théorie qui repousse l’âge de la création du Grand Sphinx de 9000 à 10 000 ans[4] »

Reconnaissons, au moins, en toute objectivité scientifique que la construction d’un Sphinx comme celui du plateau de Gizeh ne peut en aucun cas être l’œuvre d’une sous-civilisation, de rustres hommes des cavernes, de simples cueilleurs-chasseurs ignares seulement habillés de cache-sexes. Ce qui signifie qu’il y a 10 000 ans, comme l’indique la métrologie géologique, la civilisation, avec tout ce que ce mot comporte de prérogatives, était déjà fermement établie en Afrique, du moins dans la Vallée du Nil, puisqu’elle parvint à sculpter le Grand Sphinx de Guizeh dont nous connaissons toutes la complexité architecturale, géologique, mathématique et astronomique.

Cette découverte scientifique de taille va dans le sens de l’historien égyptien antique Manéthon de Sebennytos à qui nous devons entre autres la liste des trente et une (31) dynasties faraoniques à travers son ouvrage (aujourd’hui perdu) Histoire de l’Egypte. En effet Barbara Hard Clow nous apprend dans « Catastrophobia : The truth behind Earth changes » que cet historien enseignait les gens, preuves à l’appui, sur l’Histoire de la Vallée du Nil en remontant à une date très reculée dans le passé, à savoir jusqu’à plus de 37 000 ans :

« Il est dit de Manéthon, scribe, prêtre égyptien initié, ayant vécu 300 ans après Platon, qu’il connaissait l’Histoire de la civilisation égyptienne en remontant jusqu’à 35 525 ans dans le passé- ce qui nous renvoie à 39 000 BC[5] [37 050 av. JC] »

Cette Histoire de l’Egypte faraonique près de quarante fois millénaire se trouvait enregistrée dans les archives royales et templières de la Vallée du Nil. C’est en consultant ces archives, écrites en langue égyptiennes, que l’historien Manéthon, l’autochtone de la Vallée du Nil, a pu produire et traduire en langue grecque une histoire de son pays afin d’enseigner ses élèves hellènes. Une grande partie de ces archives ont aujourd’hui disparu par les vicissitudes de la vie (pillages, destructions, incendies, etc.). Néanmoins, il nous reste quelques artéfacts et parmi ceux-ci figure le « papyrus royal de Turin ». C’est Murry Hope dans « Atlantis : myth or reality » qui informe de la valeur inestimable de ce document que les plus éminents spécialistes identifient comme le plus important de tous en matière de connaissance sur les règnes des souverains ayant précédé le faraon Narmer :

« Schwaller de Lubicz assure que la meilleure documentation historique sur la préhistoire de l’Egypte est le Papyrus Royal de Turin[6] »

Ce document d’une importance capitale fut retrouvé intacte, mais se déchira à son transport. Seules les dernières lignes du papyrus ont pu être sauvées et réussir à parvenir jusqu’à nous, d’après le témoignage du Pr G. Mokhtar dans « Histoire Générale de l’Afrique. Tome II. L’Afrique ancienne » :

« (…) trouvé intact au XIXème siècle, il fut si malmené lors de son transport qu’il fut mis en miettes et qu’il a fallu des années de travail pour le reconstituer [7]»

En effet, il nous donne la liste des rois ayant régné sur l’Egypte avant l’intronisation du roi Narmer en 4240 av. JC. Il nous fournit également la durée de règne de chaque dynastie, comme nous pouvons le lire dans « Le roi de la théocratie pharaonique» :

« Le Papyrus Royal de Turin donne une liste complète des rois ayant régné sur la Haute et la Basse Egypte, de Ménès au Nouvel Empire, avec la durée de chaque règne. Parmi eux les Vénérables de Memphis, les Vénérables du Nord et finalement les Shemsou Hor. Heureusement les deux dernières lignes subsistent presque intactes, ainsi que le nombre d’années : …vénérables Shemsou-Hor, années 13 420 Règnes jusqu’aux Shemsou-Hor… années 23 200 (total 36 620) Roi Ménès » (au total 36 620 ans)[8] »

En résumé nous avons:

  • Le Roi Narmer dont le règne remonte à 4 240 av. JC
  • Les Shemsu Héru dont le règne remonte à 13 420 ans avant Narmer soit à l’an 17 660 av. JC
  • Les Vénérables de Mennefer, Vénérables du Nord dont le règne remonte à 23 200 ans avant les Shemsu Héru, soit 36 620 ans avant Narmer, c’est-à-dire à l’an 40 860 av. JC

Cette chronologie cadre parfaitement avec les informations fournies par le prêtre égyptien faraonique Manéthon de Sebennythos. Mais surtout précisons qu’il s’agit bien là d’Histoire et non de récit à caractère fictionnel. D’ailleurs les Actes du XVème Congrès International d’Anthropologie et d’Archéologie Préhistorique, à Paris, sont catégoriques à ce sujet quant à l’historicité et l’humanité réelles des Shemsou-Hor :

« En protohistoire égyptienne, on appelle cette bande humaine les Shemsou-Hor, ce qui signifie « les Suivants d’Horus » parce que leur dieu était Horus et leur enseigne le faucon, l’oiseau d’Horus[9] ».

Non seulement l’historicité des Shemsu-Héru (Suivants d’Horus), des Vénérables de Mennefer (Memphis) et des Vénérables du Nord est avéré mais les dates accompagnants leurs règnes sont à nouveau confirmées par les dernières découvertes archéologiques rapportées par George Richards dans « Journey into Time » :

« Dans son livre « Secrets of Great Pyramid » Peter Tompkins parle d’une découverte faîte par les archéologues soviétiques durant des fouilles effectuées au barrage d’Assouan. Les inscriptions semblent y couvrir une période de 35 525 ans, « ce qui est équivalent à 25 cycles de 1461 ans. L’apparente différence d’un an de ces cycles est due au cycle sothiaque qui est l’équivalent du cycle civil de 1 461 ans. Selon Muck, il existe trois cycles principaux ; un de 365×4=1 460 ans, un autre de 1460×25=36 500 ans, et enfin un troisième de 36 500×5=182 500 ans[10] » »

En nous fondant sur la datation géologique du Sphinx de Gizeh, nous sommes obligés de reculer le commencement « officiel » de l’Histoire à 10 000 av. JC., soit un âge presque deux fois supérieur à ce qui est établi par la pensée dominante.

En nous basant sur les dépositions historiques de Manéthon de Sébennytos et sur le Papyrus Royal de Turin, cette date doit encore être reculée jusqu’à au moins l’an 40 860 av. JC, soit un âge sept fois supérieur à ce qui est communément admis.

Et nous appuyant sur le troisième cycle de calendrier égyptien qui court sur 182 500 ans, les débuts de l’Histoire sont renvoyées à, au moins, l’an 178 260 av. JC soit presque trente fois l’âge de l’Histoire officielle décrétée par la « bien-pensance » occidentale.

Ainsi, une (vraie) Histoire de la civilisation fondée sur la documentation autochtone africaine fait remonter les débuts de celle-ci à des antiquités que le quidam occidentale ou occidentalisé pourrait hâtivement qualifier d’improbables, tant ces débuts sont éloignées dans le temps. Aussi, dans la conception africaine, parler d’un des épisodes de l’Histoire de la Tribu de Shabazz d’il y a cinquante mille (50 000) ans s’accorde parfaitement avec notre chronologie autogène, et paraîtrait presque anecdotique, vu ne serait-ce que les 128 260 ans qui séparent cet évènement du commencement du calendrier du troisième cycle égyptien.

La Tribu de Shabazz, dont la seule évocation du nom créé un phénomène de frénésie collective, fait remonter son histoire au commencement du Monde, nous dit la Tradition. Aussi serait-il illusoire de chercher ses traces premières en des temps aussi reculés. En revanche, il nous est permis d’en dire quelques mots, de découvrir le voile sur un épisode marquant de son Histoire, déroulée il y a cinquante mille (50 000) ans, aux conséquences anthropologiques majeures.

Mais avant d’aller plus loin, essayons de cerner ce groupe, cette tribu. Qui sont-ils ? Qu’est-ce que la Tribu de Shabazz ?

A cette interrogation légitime, le Pr Herbert Berg, du département de philosophie et de religion de l’université de Caroline du Sud, nous donne un début de réponse dans son essai « Elijah Muhammad’s redeployment of Muhammad : racialist and prophetic interpretations of the Qur’an » :

« Le nom « Shabazz » vient d’un ancien « scientifique », originaire principalement des civilisations de la Mecque et d’Egypte, qui emmena ses partisans en Afrique Centrale. C’est dans la dureté de cet environnement que leurs descendants développèrent leurs traits physiques caractéristiques, et typiquement africains[11]. »

Parmi ces traits si caractéristiques des descendants des Shabazz dont parle Pr Herbert Berg, il y a la texture des cheveux crépus. Le Très Honorable Elijah Muhammad, qui est le spécialiste par excellence de l’Histoire de la Tribu des Shabazz, nous donne, dans « Supreme Wisdom : What Every American-So-Called Negro Should Know About », la raison de l’apparition de ce nouveau type de texture de cheveux il y a cinquante mille (50 000) ans au sein de la Tribu de Shabazz :

« L’origine des cheveux crépus vient d’un de nos Scientifiques insatisfait, il y a cinquante mille ans, qui souhaitait nous renforcer tous, et nous endurcir afin de pouvoir supporter la vie dans les jungles d’Asie de l’Est (Afrique) et d’y dominer les bêtes sauvages. Mais il échoua à convaincre les autres [Scientifiques] à se ranger à son idée. Alors il prit sa famille et alla dans la jungle pour nous prouver que nous pouvions vivre là et dominer les bêtes sauvages. Et c’est ce que nous fîmes[12] »

Pour l’explication du processus génétique qui a conduit aux cheveux crépus des descendants Shabazz, nous invitons les lecteurs à consulter notre publication « Lettre à Amina » qui trace un chemin en s’appuyant sur les dernières avancées dans le domaine génétique.

Par ailleurs, si l’on devait s’attarder un peu plus sur la figure du Maître Shabazz ayant conduit les siens en Afrique Centrale, l’on devrait retenir qu’il fut un explorateur, un aventurier et un expérimentateur dans l’âme. C’est que les textes, en plus de nous informer sur le fait que le Maître Shabazz était un « brillant scientifique[13] », donc quelqu’un d’aguerris à l’observation, à l’expérimentation, à la réflexion, et à l’application, nous disent qu’il était doublé d’un excellent géographe, un expert, un maître de la terre. C’est là une tradition millénaire des Shabazz, de ce que nous en dit Abdul Noor dans « The Supreme understanding. The Teachings of Islam in North America », qui, à la question (numéro 12), « Quel est la signification de la Tribu de Shabazz », répond :

« Nous [Les Shabazz] étions les premier à créer les civilisations, le long du Nil, du Gange, et de la Sainte Cité de la Mecque[14] »

Ce propos sur la tradition shabazz de créateurs de civilisations fait écho à l’enseignement du Très Honorable Elijah Muhammad dans « Message to the Black Man in America » où les Shabazz sont décrits comme des découvreurs hors-pairs, les premiers à identifier les zones géographiques les plus propices à être transformées en véritables paradis terrestres :

« Nous, la Tribu de Shabazz, dit Allah (Dieu), sommes les premiers à avoir découvert la meilleure partie de la terre où vivre. La riche Vallée de l’Egypte et l’actuel emplacement de la Sainte Cité de la Mecque en Arabie[15]. »

C’est que ces qualités et connaissances shabazz ne sont pas tombées du ciel comme par magie, mais sont le fruit d’un gros effort qui a conduit cette tribu, nous dit le Très Honorable Elijah Muhammad, à endurer les pires souffrances jamais subies par aucun autre groupe humain. Alors Dieu les d écida de les doter d’une profonde connaissance d’eux-mêmes et de les placer sous Sa guidance. Faisant d’eux la plus grande des puissances. Leur nom devint même synonyme de « Puissant ». Waverly Jones nous le confirme dans « Pick up your bed and walk »:

« Le nom Shabazz signifie, un peuple puissant et glorieux[16] »

A la question numéro 10 du « Supreme Understanting. The Teachings of Islam in North America » la réponse est identique:

« 10- Quel est le sens de Shabazz? Cela signifie le Plus Grand Conquérant ; Puissant, et Glorieux[17]. »

Ainsi l’atoumologie spécifique du nom « Shabazz » corrobore ces dernières informations. Car dans cette étude atoumologique, le terme « shabazz » est identifié comme le fruit d’une tripartition phonétique : Sha+B3+Azz. Ce qui signifie en médou neter : « Au commencement (Sha) était la spiritualité, l’autorité spirituelle (B3, lire « Ba ») et la royauté, le pouvoir temporel (Azz) ».

Cette autorité spirituelle, c’est la Guidance divine que Dieu Lui-même leurs à accorder, nous dit le Très Honorable Elijah Muhammad. Et ce pouvoir temporel, c’est cette puissance dont ils ont hérité de Dieu Lui-même, faisant d’eux des nobles, des rois et des reines, des glorieux, des vénérables (de Mennefer et du Nord, par exemple), détenteurs et possesseurs du sacerdoce et du trône ancestral.

En effet, le « Azz » ou le « A.s » qui a donné « Ausar » (Osiris) et Aset (Isis) se décline en arabe en « aziz » qui signifie « puissant », et que l’on retrouve dans l’expression eulologique « azza wa jalla » qui suit toujours l’évocation de Dieu. Allah azza wa jalla, signifiant « Allah Le Puissant et le Vénéré ». C’est Ce Puissant et Vénéré qui donna permission aux Maîtres Shabazz des temps primordiaux  de devenir « puissants et vénérables » à Sa suite.

Il est manifeste que cette lignée royale subjugua toutes les civilisations de son temps, au point que ces dernières en gardèrent trace dans leurs archives voire même dans leurs propres langues. C’est le cas du farsi où le glorieux faucon royal est appelé « Shahbazz ». Le titre de Shah(bazz) a même été réactivé dans l’Histoire récente où le souverain iranien se faisait appeler le « Shah d’Iran », le « Roi d’Iran » soit le « Shahbazz », le « Roi Faucon ».

Comme on voit, les langues des peuples Originels (ou non) vivants dans l’Orient ont conservé la mémoire de la signification du terme Shabazz. Rappelons le souvenir du grand soufi Sindhi (Noir Pakistanais) du 12ème-13ème siècle à qui fut attribué les titres de Qalandar et de Shabazz, à telle enseigne qu’il fut désormais nommé La’l Shabazz Qalandar (1177-1274). Montrant par-là l’actualité et la vivacité de l’épopée shabazz au sein des populations mélanodermes du sous-continent indien. D’ailleurs une importante monographie sur ce grand représentant du soufisme antinomien a été produite en 2002 par Michel Boivin : Le soufisme antinomien dans le sous-continent indien. La’l Shabazz Qalandar et son héritage, XIIIè-XXè siècles[18].

C’est encore le soufisme qui emploie l’expression « Shahbaz i-Ruh » (Shabazz=noble, Ruh=Esprit), pour parler du « Noble Esprit » évoqué dans le verset quatre (4) de la sourate Al-Ma’ārij (Les Voies de l’Ascension, sourate soixante-dix (70)) du Qur’an Honoré :

« Vers Lui montent les anges et l’Esprit en un jour dont la durée est de cinquante mille (50 000) ans[19] »

Aussi pour identifier ce Maître Shabazz qui vécut il y a cinquante mille (50 000) ans, ce « roi faucon » qui s’établit définitivement en Afrique Centrale, il nous faut nous référer aux documents égypto-nubiens les plus anciens. Ceux qui nous renvoient à une Histoire qui précède de 7210 ans celle des Vénérables du Nord, et des Vénérables de Mennefer, donc qui renvoient à l’année 48 070 av. JC[20].

Le titre de « Shemsou-Hor » que prit la dynastie succédant aux « Vénérables » du Nord et de Mennefer (Memphis), traduit une réalité historique à savoir que ces « Suivants d’Hérou (Horus) » sont postérieurs au Roi-Faucon, Hérou lui-même, Neter de cette tribu africaine. C’est par déférence, respect et probablement filiation généalogique, du moins spirituelle, que cette dynastie des Shemsou-Hor se réclama du Maître Shabazz de l’époque de la grande migration. De même, les titres de « Vénérables (=Glorieux, donc Shabazz) du Nord et de Mennefer (Memphis) » nous indiquent que ces derniers sont une branche, une colonie (dans le sens ancien du terme) de la souche-mère des Vénérables (=Shabazz) qui devait donc être plus au Sud que Mennefer. Le Maître Shabazz, le roi-faucon d’il y a cinquante mille (50 000) ans ne doit donc pas être recherché dans cette dynastie de Mennefer, mais chez une dynastie royale plus ancienne et plus au sud.

Or les textes égypto-nubiens nous apprennent que parmi tous les nétérous, le plus ancien d’entre eux tous, qui précède les règnes des Vénérables du Nord et de Mennefer, des Shemsou Hor et de Narmer, est Bès. Albert Churchward, dans « Signs and Symbols of Primordial Man » confirme cette position, puisqu’il dit :

bes01« En Egypte, le plus ancien de tous les dieux était Bès[21] »

Le Pr Moléfi Kété Asanté, père de l’Afrocentricité, dans son livre « Spear Masters: An Introduction to African Religion », commis en étroite collaboration avec Emeka Nwadiora, place également Bès parmi les divinités les plus anciennes :

« Les noms de Bès et d’Auset (Isis en grec) sont parmi les plus anciens noms de divinités au monde[22] »

Son ancienneté est telle, dans l’Histoire égypto-nubienne, que les textes en font même une figure précédant les différentes formes de Ptah, le fils d’Atum, le Dieu incréé, comme nous en informe Gérald Massey dans « Ancient Egypt – The Light of the World: A Work of Reclamation and Restitution in Twelve Books » :

« En vérité, Bès-Horus est la première forme du pygmée Ptah[23]. »

Betty M. Adelson dans « The Lives of Dwarfs: Their Journey from Public Curiosity Toward Social Liberation » insiste un peu plus sur la relation organique liant Bès et Ptah, systématiquement associés aux récits faisant références aux nains:

« Cette association des dieux égyptiens Ptah et Bes, l’un et l’autre avec la naissance, la mort et la force créatrice, se répètera tout au long de la mythologie du nain, en surgissant indépendamment dans l’espace et le temps[24]. »

Si les plus anciennes images de Bès dans l’iconographie égyptienne remontent au Moyen Empire, la première mention écrite se référant explicitement à lui est à chercher dans les « Textes des Pyramides », nous dit Sir E.A. Wallis Budge dans « From Fetish to God in Ancient Egypt » :

« La plus vieille mention du nom de ce dieu [Bes] figure dans les Textes des Pyramides (§ 1768 c)[25] »

Concernant la phonologie du mot Bès, le Pr Martin Bernal remarque que les deux vocalisations finales à partir des phonèmes « s », dental fricatif non prononcée, et « z » « ont surgis au Moyen Empire ». Il ajoute dans « Black Athena : The Linguistic Evidence » que :

« Par ailleurs comme le nom Bēs n’est seulement attestée qu’à partir de la fin du Nouvel Empire, sa prononciation initiale est incertaine…Si, d’un autre côté, on pose que la forme première était *bz, on trouve un grand nombre de liens avec les autres racines afroasiatiques…En acceptant *bz comme la structure consonantale originelle nous nous trouvons quand même à un problème de vocalisation. Ehret voit un cognat bz, “révéler”, dans la forme proto-couchitique *beez. Cependant suivant l’évolution régulière qui a donné la forme Bēs en Ancien Egyptien tardif nous trouvons à l’origine *buz à partir de l’Egyptien Anciens primitif. Ce qui est intéressant, dans la mesure où ces pas nous rapprochent à la fois de Bwäžžä, le dieu lumineux des païens Gurage, et de la divinité couchite Bazō. Les parallèles phonologiques sont en accord avec la géographie dans la mesure où Bēs est censé venir de Nubie et de Punt, région dans laquelle est rendu un culte à Bwäžžä/ Bazō[26]. »

A suivre donc les avancées linguistiques, la prononciation Bès utilisé par les égyptologues serait impropre. L’on devrait plutôt dire Bazz, Bazō ou encore Bwäžžä.

La spécificité de chaque langue ayant été influencée ou mise en contact avec l’épopée des Maîtres Shabazz a conduit à des modifications phonétiques de type métaplasmique dans ces différentes langues. Pour les uns ce sera l’apocope, ainsi Shabazz deviendra « Shah » comme dans le Golfe persique. Pour les autres ce sera l’aphérèse, ainsi Shabazz devenant « Bazz » comme en Afrique Centrale. D’autres enfin, comme les Sindhis du Pakistan garderont intact le terme « Shabazz ».

Ainsi à partir du terme originel « Shabazz », par variation métaplasmique nous nous retrouvons, selon la géographie, avec « Bès », « Shah », ou encore « Bazz » ; produisant cette série d’égalité suivante : Shabazz=Shah=Bazz=Bès.

Ce personnage central n’aura pas échappé à la vigilance du feu Pr Cheikh Anta Diop qui le présente comme le plus africain des nétérous du panthéon égyptien :

« Le dieu Bès, nain apotropaïque. Protecteur des femmes en couches, divinité de la musique et de la danse, efficace contre le mauvais œil et les démons néfastes, est le plus africain des dieux égyptiens[27] »

En effet, Bès/Shabazz est non seulement africain, mais surtout il est le maître, le roi d’une des contrés les plus remarquables, la Nubie antique. Martin Bernal nous le décrit au Moyen-Empire comme étant le « Seigneur de Pount », le « Maître de la Nubie » :

« (…) Bēs, une mystérieuse divinité de la musique et de la renaissance, qui a été dépeint comme un nain négroïde ou un pygmée, mais qui fut aussi présenté sous les traits léonins. Il était connu comme « Seigneur de Pount » ou le « Maître de la Nubie » et par conséquent était associé à l’Afrique Centrale[28]. »

La revue d’histoire « Bibliothèque égyptologique » lui attribue également une origine africaine, plus précisément soudanaise :

« Bes est un dieu importé du Soudan, Hercule ou Bacchus des Chamites… brandissant un sabre, la tête garnie de plumes ou de palmes comme les héros Gallas et Danakils, il rappelle le lion par quelques traits du visage…[29] »

Dean Clarke, dans « Archaeo-Astronometria : The Argo Mystery and Medusa Rage (Treatise on Ancient Astro-Poetry) », présente le Maître Shabazz (Bès) comme étant éthiopien:

« (…) [Méduse] en tant que prêtresse atlante faillit supplanter le culte du dieu d’Ophiouchos ou Bès d’Ethiopie[30]. »

Pour John O’Neill auteur de « Night of the Gods », le Maître Shabazz(Bès) est originaire de Ta Neter, la terre sacrée, la terre sainte des habitants antique de la vallée du Nil :

« Une des légendes le fait venir de Ta-Neter à savoir le Somali-land.[31] »

Le chercheur Lewis Campbell quant à lui rappelle, dans « Religion in Greek Literature », que le Maître Shabazz (Bès) a aussi été associé à l’Arabie antique :

« (…) la tête de Gorgone dérive de Bès l’Arabe[32]. »

A. Smythe Palmer en fait, dans « Samson saga and its place in comparative religion », le Seigneur des contrés orientales dont Pount :

« Il est le Seigneur de l’Est. Ses origines sont à chercher dans le pays oriental de Pount[33]. »

C’est Walter Adisso Jayne qui nous donne un des meilleurs résumés sur la topographie originelle du Maître Shabazz (Bès) en précisant, dans « Healing Gods of Ancient Civilizations », qu’il était associé à l’Arabie, à l’Afrique Centrale et à la Nubie :

« Bes ou Besa, bien qu’originairement une divinité étrangère, d’Arabie ou d’Afrique Centrale, tire ses mythes de la Nubie.[34] »

De toute ces indications géographiques, il est notable de signaler que le Maître Shabazz (Bès) est avant tout le Seigneur de Pount (Ta Neter), la terre sacrée des Egyptiens des temps faraoniques. Aussi comprenons-nous, par-là, que l’Histoire de l’Egypte est irrémédiablement indissociable de celle des Shabazz qui en sont les fondateurs, depuis leur point de départ d’Afrique Centrale où ils se sont installés il y a quelques cinquante mille (50 000) ans de cela. La Nubie, l’Ethiopie, et l’Arabie qui sont également sous la coupe du Maître Shabazz (Bès) représentent un territoire allant de la Vallée du Nil jusqu’à la Vallée de l’Indus. Car il ne faut pas oublier que dans les temps antiques les termes Ethiopie, Arabie, Koush (Nubie), et Inde étaient interchangeables. La Société des Historiens du Congo Brazzaville de nous rappeler par la linguistique le lien historique entre les populations du fleuve Congo et ceux du fleuve Gange :

«En Tamoul le même mot signifie « noir » et une déesse noire très vénérée chez les mélanodermes d’Asie du sud-est se nomme « Kali », et elle est dite « la noire », représentée avec la peau très foncée. Le cœur même de cette civilisation est « Calcutta », nommé ainsi par déformation linguistique du colonisateur anglais, et rebaptisé depuis peu Kalikata, plus conforme à la diction locale et à son sens historique. Or Kalikata vient du mot Kali (noir) dont nous avons suffisamment exposé le sens, et Kata, rendu en dravidien par ville. En Kongo, et en lari, n’kata signifie le siège, le lieu ou se rencontre et se repose une institution…En lingala, le mot likita signifie « congrès, assise ». Le lari a pris de N’kata le sens du mot Ghata (avec un g si aspiré qu’il est à la limite du r et du k ou du h fortement aspiré) pour signifier village. Ainsi, Kalikata signifie littéralement, la ville des noires. Même traduction que chez les dravidiens, ces noirs aux cheveux lisses du sud-est indien qui ont ainsi nommé leur capitale, par distinction sans doute avec le reste de l’Inde acquis aux aryens.

Remarque: il faut faire attention à l’européanisation des noms des sites car elle nous coupe des racines originelles des mots, donc du sens et la liaison avec une partie du monde. C’est ainsi que le Gange célèbre fleuve indien  se dit localement Ganga, et quand on sait que les autochtones lui accordent des vertus magiques, guérissantes, protectrices, on a vite compris le lien avec notre nganga.

Les BanGala sont une des composantes principales du Congo et ils habitent les terres inondées de la forêt équatoriale. Très facilement, des chercheurs dénigrants, leurs prêtent une histoire récente et simple. Et pourtant. Le Bengale est habité primitivement par des Noirs dravidiens avant l’arrivée des aryens. Ce pays est établi sur les terres plus inondées du monde (le Bangladesh notamment), et il tire son nom de la même racine. Le professeur Homburger dans les années 1930 en trace une ligne d’évolution linguistique entre les langues dravidiennes et le peul qui semble être leur ancêtre. Ce tracé part des rives du fleuve Niger domaine des peuls, passe par la forêt équatoriale chez nos Ngala, et se poursuit vers la Somalie. Des conquérants Ngala ont sans doute suivit ce chemin jusqu’aux côtes orientales d’Afrique…ont pris des barques pour rejoindre la péninsule indienne, se retrouvant sur des terres ressemblant aux leurs qu’ils ont rebaptisé et colonisé. Pour l’heure c’est l’hypothèse la plus probable[35]. »

Cette relation génétique entre l’Afrique Centrale, cœur du pouvoir des Shabazz, et l’Inde est également confirmé par la présence du Maître Shabazz (Bès) dans le panthéon védique, comme nous le signale Ramchandra Narayan Dandekar dans « Vedic Mythological Tracts » :

« A.C. Das…identifie Vishnou au dieu égyptien Bès qui est le protecteur du monde[36]. »

Quelques années plus tôt, en 1969, A. Kalyanaraman publiait « Aryantarangini : The Saga of the Indo-Aryans, Volume 1 » dans lequel il note la parfaite identité du Maître Shabazz (Bès) et de l’avatar védique qu’est Vishnou, en ajoutant tout de même que celui que les Grecs, par la suite, appelèrent Bacchus n’était autre que le Maître Shabazz (Bès) en personne mais sous d’autres traits, plus grossiers, et plus vulgaires :

« Le bon dieu Bès, qui dispensa la paix, les bonnes manières et la joie à toutes les nations avec prodigalité, peut être identifié à l’indien Vishnou, à qui les croyants védiques confèrent des attributs similaires qu’à Bès. Plus tard l’image de Bès se dégrada chez les Grecs en Bacchus. De la même manière que Vishnou est lui-même parfois  grossièrement dégradé par ses propres partisans en Inde[37] ».

L’iconographie la plus connue, tirée des monuments antiques de la Vallée du Nil et du bassin méditerranéen, montre le Maître Shabazz (Bès) comme un homme noir de petit taille. Monsieur le vicomte de Rougé fort versé sur la question de Bès (Maître Shabazz) dit ceci :

« Son corps est ordinairement modelé comme celui d’un homme très petit, très trapu et dont les muscles sont extrêmement développés. Ses yeux semblent être empruntés au taureau, ses oreilles dérivent du même type, ses cheveux semblent en boucles sur son cou comme la crinière d’un lion. Il porte comme Hercules, une peau de lion sur le dos…Sa coiffe ordinaire se compose d’un bouquet de plumes d’autruche…[38] »

Néanmoins, poursuit le vicomte de Rougé, nous trouvons des représentations, certes rares, datant de l’Ancien Empire montrant le Maître Shabazz(Bès) sous les traits d’un homme dans des proportions beaucoup plus ordinaires :

« Un petit bronze de la collection nous le montre sous la forme d’un guerrier de proportions ordinaires, mais coiffé de la mitre pointue de la Haute-Egypte. Le nom de Bes lui est appliqué sur les bas-reliefs de la Basse Epoque. Ses représentations sont rares sur les monuments anciens, elles existent néanmoins depuis une très haute antiquité…On le trouve figuré dans le rituel funéraire du chapitre cent quarante-cinq (145) comme garde du vingtième pylône[39]. »

Si la récurrence de la difformité du Maître Shabazz (Bès) semble relever de la réalité historique, il est en tout autrement de son visage, qui à l’inverse des autres nétérous est toujours représenté de face. En effet, le Maître Shabazz (Bès) est souvent représenté grimaçant et tirant la langue. A ce titre John O’Neil dans « Night Of The Gods[40] » remarque que chez les populations originelles du globe, la langue qui sort serait une marque d’honneur. Ce visage grimaçant et souvent menaçant du nétérou Bès tirant la langue semble être un masque. C’est l’avis partagé par Judith Levin dans « Tattoos and Indigenous Peoples » où elle traite historiquement de la sociologie du tatouage chez les populations originelles :

« Le plus vieux tatouage montrant une image plutôt qu’une forme géométrique est également égyptien. Le dieu Bes dont la forme est celle d’un nain semblant porter un masque était lié aux femmes et aux enfants. On l’a retrouvé tatoué sur certaines femmes..[41]» .

Cette affirmation est confirmée par l’étude de la stèle de Metternich qui prouve très clairement que la tête du Maître Shabazz (Bès) est un masque. Dans « L’Harmonie du monde: anthropologie culturelles des couleurs et des sons en Afrique depuis l’Egypte ancienne » l’égyptologue camerounais Oscar Pfouma donne un aperçu sur la sociologie du masque en milieu initiatique négro-africain :

« L’exécution des danses rituelles négro-africaines nécessitent le port d’un masque. Se référant à l’Egypte, P. Barguet écrit « Les têtes des divinités égyptiennes sont en elles-mêmes autant  de masques. La force incarnée dans un animal, et ce qui caractérise celui-ci se rapporte dans la divinité qui en a le masque » (P. Barguet, 1960).[42] »

Le Maître Shabazz (Bès) est le saint patron de la danse aussi bien dans sa dimension rituélique que guerrière ou populaire. Les Anciens, dans les temps antiques le présentaient comme le nétérou de la danse. Aussi, si comme l’affirme Oscar Pfouma l’exécution d’une danse rituelle en milieu négro-africain nécessite le port d’un masque, il est manifeste que le visage du Maître Shabazz (Bès) le montrant tirant la langue pendant les danses guerrières où il est armé de sabres et d’arc, ne peut être qu’un masque.  Et l’égyptologue camerounais de préciser que :

 « Le masque de Bes, le génie de la danse égyptien pouvait être porté par d’autres dieux : Horus, Amon…[43] »

Citant Lucien, Oscar Pfouma de rajouter que si ce masque ne pouvait être porté que par des nétérous, c’est que les mimes de ce masque :

« (…) traduisent en mouvements expressifs les dogmes les plus mystérieux de la religion, les mythes d’Apis et d’Osiris, les transformations d’animaux, par-dessus leurs amours[44]. »

De plus, de l’avis de l’éminent égyptologue britannique Sir E.A. Budge, Bès n’est pas le nom propre d’un nétérou mais est en fait un titre décerné aux plus glorieux d’entre eux. Ainsi la tête de Bès et son nom sont respectivement un masque et un titre glorieux qui pouvaient être portés par des nétérous comme Héru (Horus) et d’autres encore. On peut alors se demander qui se cache réellement derrière ce masque et ce prête-nom, ce titre glorieux de « Bès » (Shabazz) ?

En se référant à ses attributs, à ses fonctions, l’on peut définitivement identifier le Maître Shabazz (Bès) grâce à la fructueuse documentation à notre disposition. On lui prête plusieurs noms. Par exemple dans l’Ancien Empire, ses qualités guerrières exceptionnelles ont fait qu’il fut identifié au guerrier Aha/Ahaï, selon les propos de László Török dans « Hellenistic and Roman Terracottas from Egypt » :

« La qualité guerrière de Bès dérive probablement de la divinité de l’Ancien Empire Aha dont les premières représentations ne se distinguent pas de celles de Bès (cf. Altenmüller, 1973, 720f)[45] »

Le Pr Leemans fournissant une explication sur certains monuments égyptiens nous dit ceci, sur celui que nous identifions comme le Maître Shabazz (Bès) :

« La difformité de son corps le mit en rapport avec Ptah ; par la peau de lion qui couvre la partie postérieure il ressemble à Hercule. Il s’appelle alors en signe hiéroglyphique Djem ou Gom. Il a un bras mobile et il paraît qu’il a une lance à la main. Des statuettes semblables se trouvent dans le musée britannique et au Louvre. Ils tiennent un bouclier devant leur corps et brandissent un glaive au-dessous de leur tête. Pourvu de ces accessoires on le considère comme un dieu guerrier que les Egyptiens appellent Onueris, selon un papyrus grec du musée de Leyde. Ce même document nous apprend aussi qu’Onueris avait un temple dans la ville de Sebennytus, la capitale du nôme-Sebennytique[46] »

Le papyrus Jumilhac XII, 8-9 identifie également le Maître Shabazz (Bès) au guerrier Ahaï qui possède une parfaite maîtrise des serpents[47]. Evidemment, il faut comprendre, ici, ce contrôle sur les serpents à la fois de manière littérale et métaphorique.

Métaphoriquement, il s’agit de la maîtrise de la haute science médicinale antique. La tradition dit que le Maître Shabazz (Bès), que les Grecs antiques appelaient aussi Ophiucus et les Romains Esculape/Asclépios, était possesseur des secrets initiatiques permettant de tout guérir, voire même, dit-on, de ressusciter les morts. C’est ce serpent symbolique du Maître Shabazz (Bès) qui est aujourd’hui utilisé comme emblème par les pharmaciens et par l’ordre des médecins.

Les cartes astronomiques antiques donnent au Maître Shabazz (Bès) la constellation d’Ophiucus, aussi appelée le Serpentaire. C’est la 11ème constellation la plus vaste par son étendue (avec soixante étoiles la constituant dont l’étoile de Barnard) et la 13ème constellation zodiacale (même si les astrologues la refusent) que le soleil traverse entre le 29 novembre et le 17 décembre au niveau du plan de l’écliptique (soit une durée de traversée quatre fois supérieure à celle de la constellation zodiacale du Scorpion).

En résumé, l’on peut dire que le Maître Shabazz (Bès) identifié au guerrier Ahaï de l’Ancien Empire possède des pouvoirs apotropaïques, d’où l’association systématique de son image aux serpents, symboles de la médecine traditionnelle de l’Afrique antique. Ainsi l’on peut dire qu’un Moïse, formé dans les temples de la vallée du Nil, relève du Maître Shabazz (Bès) car l’on sait que lui aussi était possesseur de la science des serpents, puisqu’on lui attribue d’avoir forgé un serpent d’airain signe de sa connaissance ésotérique après avoir démontré ses talents à la cour faraonique face aux prêtres égyptiens versés également dans la même science.

Aussi devons-nous rejeter l’interprétation de certains scientifiques qui posent que le serpent représenté avec le Maître Shabazz (Bès) serait le symbole de l’obscurité et partant l’ennemi atavique du dieu solaire, comme on peut le lire sous la plume de Smythe Palmer dans « Samson, saga and its place in comparative religion » :

« Comme Hercule, Bès aussi était fréquemment représenté étranglant des serpents qui en tant que symboles de l’obscurité sont les ennemis naturels du dieu solaire[48]. »

Pour ce qui est du volet littéral du contrôle que le Maître Shabazz (Bès) exerçait sur les serpents, Baladji Mundkur, dans « The cult of the Serpent : An Interdisciplinary Survey of its Manifestations and Origins », admet qu’en plus des serpents, c’est de toute une panoplie de bêtes sauvages sur lequel il avait une réelle domination :

« Un spécimen très réussi de la dernière période représente le dieu de la maison Bès comme un homme…Il se tient debout au-dessus des bêtes sauvages enfermés dans un cercle formé par un énorme serpent.[49] »

Le Grand Magistère de Bès (Shabazzz) fut également associé aux Gorgones à cause de la similitude de leur origine, de leurs attributs. Arthur Bernard Cook écrit dans « Zeus: A Study in Ancient Religion, Volume 1. » que les Gorgones, comme le Maître Shabazz, portent un masque prophylactique et possèdent une tête qui dérive du lion en plus de leurs traits négroïdes[50] .

Même si c’est surtout à travers la littérature grecque antique que nous ont été transmises les dépositions sur les Gorgones, le dramaturge grec Euripide ne manque pas de préciser dans « Les Bacchanales » que celles-ci sont d’origines libyques donc clairement africaines[51]. Il faut aussi signaler la métamorphose opérée sur la crinière de lion du Maître Shabazz (Bès) devenue chez les Gorgones une crinière de serpents[52] comme on peut le voir sur la tête de la prêtresse atlante Méduse[53].

Mais à y voir de plus près, ni Hercules, ni Djem, ni Onueris, ni Ahaï, ni Ophiucus, ni les Gorgones qui sont tous associés à Bès ne sauraient expliquer le Maître Shabazz (Bès) d’il y a cinquante mille (50 000) ans, car tous sont d’existence trop récente (Ancien Empire au mieux). On peut bien croire qu’ils ont tous pu porter chacun à leur époque le masque de Bès, le titre glorieux de Maître Shabazz, mais aucun d’entre eux n’est assez ancien pour prétendre être le Maître Shabazz qui s’installa avec ses partisans autour de l’an 48 070 av. JC en Afrique Centrale.

Parmi les attributs du Maître Shabazz (Bès), le roi-lion, il y a le fait qu’il soit décrit comme « le vieil homme qui toujours recouvre sa jeunesse, le Vieux qui toujours redevient un jeune garçon ». A cause de cela, entre autres éléments, le Dr. Budge l’identifie à Héru l’Ancien (Horus l’Ancien), le soleil levant qui chaque jour renouvelle sa vie et redevient un jeune homme[54]. Dans « Signs and Symbols of Primordial Man », Albert Churchward nous apprend que Bès serait en fait la forme primitive d’Héru l’Ancien (Horus l’Ancien)[55].  Des propos confirmés par Gerald Massey dans « The Sign Language of Astronomical Mythology : Parts I&II » :

« (…) la forme humaine primitive d’Horus l’Ancien était celle de Bès [56]»

Le doute n’est plus permis quand on lit sous la plume de Samuel Alfred Browne Mercer dans son « The Religion of Ancient Egypt » ces propos sans équivoques qui renvoient irrévocablement au Maître Shabazz (Bès) :

«  Horus était un dieu-lion spécialement en tant que Seigneur de Pount[57] »

Héru l’Ancien (Horus l’Ancien) est à la foi un roi-lion, Seigneur de Pount la terre sacré, la terre sainte et ayant pour emblème le faucon, emblème du royaume du Sud. Or ce sont là les prérogatives du Maître Shabazz, du porteur du masque Bès, d’il y a cinquante mille ans. Et contrairement à Héru l’Ancien (Horus l’Ancien), celui qui fut appelé Héru le Jeune (Horus le Jeune) n’était pas affilié aux contrées équatoriales, méridionales mais plutôt à la Basse Egypte ; ce qui marque en soi une postériorité temporelle vis-à-vis du titulaire du masque de Bès, du Maître Shabazz.

L’on attribue au titulaire du Grand Magistère Shabazz (Bès) d’être le saint patron des musiciens. Nombreuses sont les représentations où on le voit jouant de la harpe, du luth ou encore de la lyre à l’instar d’Héru l’Ancien qui assume les mêmes prérogatives. D’ailleurs la constellation de la Lyre est associée aussi bien à Bès (Maître Shabazz) qu’à Héru l’Ancien (Horus l’Ancien). Les textes anciens leurs attribuent la paternité de l’invention de l’octave en musique[58].

D’aucun nous ferait remarquer, à juste titre, que malgré les points communs fondamentaux que partagent Bès et Héru l’Ancien qui concourent à leur identification l’on doit signaler que leur épouses consorts respectives ne sont pas les mêmes. D’un côté l’on attribue comme épouse à Bès sa parèdre Bésèt et de l’autre l’on attribue à Héru l’Ancien comme épouse Hathor. Comment lever cette indétermination, cette incompatibilité notoire ?

D’emblée l’on constate que Beset n’est que la féminisation du terme « Bès », comme pour dire que « Beset » serait « celle de Bès », « le féminin de Bès », « la femme de Bès », « la partenaire de Bès ». Ce n’est donc pas son nom véritable mais plutôt un qualificatif. Les textes anciens donnent d’autres noms à la partenaire de Bès dans la protection des enfants. Il y a surtout les deux noms Uêret et Êpet. Uêret semble être un titre de noblesse, traduisant le prédicat « Sa Grandeur ». En revanche, le chercheur britannique Gerald Massey, dans « The Sign Language of Astronomical Mythology : Parts I&II », identifie la Grande-Mère à Apet/Êpet qu’il désigne comme Apet de Punt :

« Il [Bès] arrive en Egypte en gambadant avec la Grande Mère, Apet, de Pount.[59] »

Ainsi Uêret-Apet-Beset de Pount ne serait autre que “Sa Grandeur Apêt la Reine-Consort de Punt, celle de Bès », protectrice des enfants.

Parallèlement les textes anciens nous donnent à lire Hathor épouse d’Héru l’Ancien comme la Dame et Souveraine de Pount, tel que l’affirme l’Indien Albinas Chandra Das dans son livre « Rig Vedic India » :

« (…) Hathor ou Sāvitri, le mantra-source sur lequel la structure de la religion hindou le Véda est basée, …était appelée la « Dame et Souveraine de Pount[60] ». »

A l’instar d’Apet (consort de Bès), Hathor (consort d’Heru l’Ancien) est elle aussi souveraine de Pount. Une étude plus serrée du terme Hathor nous montre qu’il formé des mots « Hat » et « Hor ». « Hat » signifiant en langue faraonique « la demeure » et « Hor » renvoyant à Héru (Horus). Hathor signifiant alors « la demeure d’Hérou ». Une telle construction trahit, non pas un nom, mais un prédicat attaché à un titre de noblesse qui se traduirait en substance par « Celle de la Maison d’Hérou ». Comme Béset est « Celle [de la Maison] de Bès ». Encore aujourd’hui cette construction nobilière se retrouve dans les monarchies africaines. Nous le voyons avec Sa Majesté la Reine consort Djéhami Kpodégbé Kwin-Epo, néé princesse camerounaise mais qui à la suite de son mariage avec le roi d’Allada est devenue « Celle de la Maison d’Allada ».

Aussi ce qui pouvait paraître comme une contradiction est résolu par le fait qu’Hathor, Beset et Uêret ne sont pas des noms propres mais des titres de noblesses, des prédicats attachés à la reine consort de Pount. Il apparait que le véritable nom de reine-consort est Apet/Êpet. Donc « Celle de la Maison [Royale] d’Hérou » (Hathor) et « Celle [de la Maison Royale] de Bès »(Beset) ne sont qu’une et même personne à savoir la Son Altesse Royale la Reine Consort Apet.

De la même manière que Bès et Hérou l’Ancien ne sont eux aussi qu’une seule et même personne à savoir le Maître Shabazz qui a vécu il y a cinquante mille ans de cela en Afrique Centrale. Ajouté à cela le fait que sous la dictée de M. Malaise nous apprenons qu’Héru l’Ancien le titulaire de la Chaire de Bès est également présenté en tant sauveur comme nous pouvons le lire dans « Bès et les croyances solaires » :

« C’est en compagnie d’un Horus sauvé, et puis salvateur lui-même, qu’apparaît logiquement Bès, dont le nom signifie sans doute précisément « le sauveur »[61] »

Il semble que le Maître Shabazz, Bès-Hérou, porteur de la peau de panthère ait joui d’une popularité sans commune mesure tout au long de l’Histoire depuis l’installation il y a cinquante mille ans dans la Cuvette du Kongo jusqu’au delà de la fin de la souveraineté kemite sur l’Egypte faraonique. Sabine Fourrier et ‎Gilles Grivaud dans « Identités croisées en un milieu méditerranéen: le cas de Chypre (antiquité-Moyen Âge) » font référence à un haut dignitaire du clergé durant la trentième dynastie faraonique qui portait le nom de Héru-Bès :

« On connaît même un prophète d’Horbès sous la XXXème dynastie[62] »

Ils poursuivent en rappelant la grande popularité du Maître Shabazz (Bès-Héru) à la Basse-Époque :

« Bès chasse même Osiris du temple de Séthi Ier et y règne comme dieu oraculaire[63] »

Mais cette popularité ne se borne pas aux seules Vallée du Nil et Cuvette du Kongo. Puisque William Morder dans « Indians in Americas : The Unknown Story » nous dit que la colonisation des Amériques par les Phéniciens-Egyptiens a conduit à la diffusion de la culture shabazz dans tout le continent. Si bien que l’on retrouve des traces de Bès (Maître Shabazz) dans les cultures Yopi, Maya ou encore Olmèque comme nous le fait remarquer le Pr Hugh Fox de l’université d’Etat du Michigan dans son ouvrage « Gods of the cataclysm : A Revolutionary Investigation of Man and His Gods Before and After the Great Cataclysm » :

« Il n’y a aucun doute dans mon esprit que les « Yopis » étaient une colonie phénicienne au Mexique et que les Olmèques eux-mêmes dérivent probablement de ces Phéniciens- avec une forte influence négro-africain. [64]»

William Morder poursuit ainsi, toujours en s’appuyant sur les travaux du Pr Hugh Fox:

« Fox a également établi une relation entre les figures des poteries de Chimu-Moche et les dieux mythologiques des Phéniciens. Bès, un dieu nain avec une coiffure apparaît aussi bien dans les sociétés maya, égyptienne, africaine, phénicienne que romaine[65]. »

Lewis Spence dans « The Problem of Atlantis » allant même jusqu’à identifier le Maitre Shabazz, titulaire du masque de Bès en territoire mexicain, à Xochipilli

« Le dieu égyptien Bes semble se refléter presque exactement dans la divinité mexicaine Xochipilli. Bes est représenté comme un immense nain, avec un énorme estomac, des arquées, des lèvres épaisses, et la langue sortie. Son nez est plat, ses sourcils broussailleux. Il porte une tiare.[66] ».

Appuyant à son tour cette identité entre Bès, le Maître Shabazz de la Vallée du Nil, et Xochipilli le mexicain, Hereward Carrington dans « Hereward Carrington » dresse un tableau des similitudes :

« Comme Bes, Xochipilli porte un panache de plumes aux couleurs vives, et une robe avec un appendice comme celle de Bes[67]. »

La revue italienne « Memorie della Società italiana di scienze naturali e del Museo civico di storia naturale di Milano, Volume 26 » évoque également une transmission d’Ouest vers l’Est, en somme une diffusion de la culture Shabazz depuis la Vallée du Nil vers les Plaines du Jourdain :

« Pour l’ancien dieu égyptien Bes, une transmission de l’Ouest vers l’Est semble également probable[68]. »

En vérité il s’agit plus que d’une probabilité, puisque Judith Weingarten dans « Zakro master and his place in prehistory » nous certifie que le culte en l’honneur du Maître Shabazz (Bès) était présent aussi bien en Palestine qu’en Syrie :

« Le dieu égyptien était dans tous les sens du mot un dieu populaire. Son culte s’est répandu en Syrie et en Palestine pas plus tard qu’au début du Nouvel Empire[69] ».

La marque du passage des civilisations dirigées par des Maîtres Shabazz se retrouve aussi dans la culture et sites bibliques, nous dit Ziony Zevit dans « The Religions of Ancient Israel : A synthesis of Parallectic Approchs ». En effet, des résultats de fouilles archéologiques font mention du nom de Bès sur les sites palestiniens entre le huitième et cinquième siècle avant JC. L’auteur fait également remarquer qu’il est attesté que les Judahites rendaient un culte à Bès à la période de la monarchie divinisée. De plus l’on retrouve dans le livre d’Esdras (2 :49) un nom exilique « Bésay » qui trahit la filiation avec Bès (Maître Shabazz)[70].

Dans l’extrême ouest de la mer Méditerranée, plus précisément  dans l’archipel des Baléares, se trouve l’île d’Ibiza ou plus justement d’Iboshim/Ibosim qui était ainsi nommé il y a 3500 ans de cela par les colons puniques donc négro-africains. Or en langue punique le nom « Iboshim », aujourd’hui déformé en Ibiza, lieu de la jet-set européenne, signifie « l’île de Bès ». On a retrouvé sur l’ile beaucoup d’artéfacts archéologiques, dont de nombreuses pièces de monnaies, représentants le Maître Shabazz (Bès) et datant l’ère punique.

Antonio García y Bellido dans « Les Religions Orientales Dans L’Espagne Romaine » donne un état de la recherche sur la présence du Maître Shabazz (Bès) dans l’ile :

« Bès nous est connu (hors d’Egypte d’où il était originaire) par une quantité de figurines de pierre ou de terre cuite de caractère ouvertement apotropaïque, prophylactique. Pour cela même, il y a lieu de douter qu’il s’agisse là d’une supercherie magico-religieuse voire d’une superstition. Nous ne possédons pas de témoignages écrits qui nous assurent  de son culte dans la Péninsule. Son image, par contre, apparaît fréquemment sur les monnaies d’Ibiza, à tel point qu’elle peut être considérée comme son témoignage probant. En effet, la présence fréquente de Bes sur les monnaies de cette ville (MH, pl. 80) a permis à M. Solà de soutenir de nouveau une ingénieuse thèse exposée il y a un siècle par l’éminent hébraïsant Judas et selon laquelle le terme ‘ybšm, par lequel les Puniques désignaient Ibiza (Ebyssos, Ebusus), contenait le nom de Bes (Bis ou Bisu, en Egypte). M. Gsell avait déjà prêté attention à cette suggestion, mais à Solà revient le mérite d’en avoir approfondi le sens. Selon lui l’étymologie de Ebusus, loin d’être la traditionnelle « Île des pins » (cf. Pline, III, 5 : Insulae…Pityussae Graecis dicta a fructice pineo : nunc Ebusus vocatur) repose sur le nom de Bes, signifiant pour cela « île de Bes », ce qui explique la présence sur ces monnaies de cette divinité mal interprétée auparavant comme les Cabires.

Les figurines de Bes en forme de petites amulettes de pâte vitreuse, ou intailles, qui ont été trouvées en abondance dans les tombes d’Ibiza (Musée de Madrid, Barcelone et Ibiza, principalement) constituent une preuve de ce que nous venons d’avancer, bien qu’il y ait lieu de reconnaitre qu’elles existent aussi un peu partout dans le monde punique et en Espagne, dans les lieux tels que Baria (Villaricos, Almeria) et Cadix. Peut-être Solà a-t-il raison lorsqu’il suggère que les figurines masculines d’aspect si grotesque et si obscène provenant de l’Isla Plana peuvent être de gauches conceptions locales de Bes.[71] ».

Cette diffusion de la culture Shabazz se ressent également dans l’histoire des Templiers, notamment des Templiers Teutoniques dont la croix si caractéristique, de l’aveu de John Sebastien Ward dans « Freemasonry and the Ancient Gods », est antérieure aux Croisés car elle est propre aux civilisations originelles d’Afrique (Ba-ntu), d’Australie et des Amériques pré-colombiennes. Celles-ci utilisaient cette croix, comme le Maître Shabazz (Bès) ou encore Nefer-Hotep qui les portaient autour du cou dans bas-reliefs :

« Cependant c’est en Egypte que l’on trouve les plus grandes variétés de croix. La croix teutonique était un symbole constamment porté par les dieux. Bes, le dieu nain, et Nefer-Hetep sont tous deux représentés avec dans le « Christian and Teutonic Cross » de Budge.[72] ».

Comme on le voit, cette exploration des cinquante mille dernières années de l’Histoire des Shabazz nous aura permis de confirmer les propos de notre maître l’Honorable Dr Khalid Abdul Muhammad qui n’avait de cesse de nous répéter que partout où l’on entendrait parler des Anous, des Hébreux, des Atlantes, des Maures, des Pélasges, des Cyclopes, etc., c’est qu’il s’agit des Bana Shabazz, des Glorieux descendants du Maître Shabazz Héru l’Ancien, Titulaire du Masque de Bès, Seigneur de Pount et ses dépendances, Défenseur des plus faibles depuis le fleuve Kongo jusqu’au fleuve Gange, Protecteur des arts et des lettres. L’Histoire nous montre que les différents Maîtres Shabazz depuis Héru l’Ancien jusqu’à aujourd’hui se sont toujours distingués par aussi bien dans l’application de leur devoir régalien que dans le respect de leur magistère sacerdotal.

C’est à cette tradition plusieurs fois millénaires à laquelle nous appartenons et tachons de faire honneur à chaque parole dite et à chaque acte posé.

 

TAHERUKA SHABAZZ, Maître l’Ecole Shabazziya



[1] Plutarque, Osiris et Isis, Traduction Nouvelle- Prolégomènes et Notes par Mario Meunier, p. 54, Editions L’Artisan du Livre, 1924

[2] R.A. Schwaller de Lubicz, Le Roi de la Théocratie, p. 119, Flammarion, Paris, 1961, 348 pages.

[3] Bob Frissel, Rien n’est vrai dans ce livre, mais c’est ainsi que sont les choses, p. 58, Editions Vivez Soleil, 1997, 285 pages.

[4] James A. Gunn, To Egypt : Land of the Pharoahs. The Desert- The Nile, p. 63, Author House, 2005

[5] Barbara Hard Clow, Catastrophobia : The truth behind Earth changes, p. 59, Inner Traditions. Bear and Co, 2011

[6] Murry Hope, Atlantis: myth or reality, p. 214, Arkana, 1991, 365 pages.

[7] G. Mokhtar (avec la participation de Jean Vercoutter), Introduction générale, in Histoire générale de l’Afrique. Tome II. L’Afrique ancienne, p.18, UNESCO, 1985 – 811 pages

[8] Schwaller de Lubicz, Le roi de la théocratie pharaonique, p. 108, Flammarion, 1961, 348 pages.

[9] XVème Congrès International d’Anthropologie et d’Archéologie Préhistorique, Vème session de l’institut International d’Anthropologie, Paris, 20-27 Septembre 1931, p. 318, Krause Reprint, 1970

[10] George Richards, Journey into Time, iUniverse, 2011

[11] Herbert Berg, Elijah Muhammad’s redeployment of Muhammad: racialist and prophetic interpretations of the Qur’an, in The transmission and Dynamics of the Textual Sources of Islam. Essays in honour of Harald Motzki, p. 332, Brill, 2011, 495 pages.

[12] Elijah Muhammad, Supreme Wisdom : What Every American-So-Called Negro Should Know About, p. 16, Elijah Muhammad Books, 2008, 98 pages.

[13] Cf. Elijah Muhammad, The Message to the Black Man in America, p. 32, Elijah Muhammad Books, 1973, 385 pages

[14] Abdul Noor (écrit et compilé par), The Supreme Understanding. The Teachings of Islam in North America, p. 120, iUniverse, 2002, 308 pages.

[15] Elijah Muhammad, Message to the Black Man in America, p. 31, Elijah Muhammad Books, 1973, 385 pages.

[16] Waverly Jones, Pick up your bed and walk, p. 6, Author House, 2012

[17] Abdul Noor (écrit et compilé par), The Supreme Understanding. The Teachings of Islam in North America, p. 120, iUniverse, 2002, 308 pages.

[18] Paris, Cerf, 2002, 240 pages in Anne-Marie Schimmel, Mystical Dimensions of Islam, pp. 354-355, Chapel Hill, UNC Press, 1975. Référence électronique : Fabrizio Speziale, « Boivin Michel, Le soufisme antinomien dans le sous-continent indien. La’l Shahbâz Qalandar et son héritage, XIIIe– XXe siècles, Paris, Cerf, 2012, 240 p. », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée [En ligne], Lectures inédites, mis en ligne le 10 janvier 2013, consulté le 12 octobre 2013. URL : http://remmm.revues.org/7942

[19] Qur’an Honoré, 70 :4, traduction Maulana Muhammad Ali, Ahmadiyyah Anjuman Isha’at Islam (Lahore) Inc, USA, 1990.

[20] Le calcul de cette date s’étant effectuant à partir de l’an 1930, date à laquelle le Très Honorable Elijah Muhammad reçut de Maître Fard Muhammad l’enseignement sur cet épisode de l’Histoire des Shabazz d’il y a 50 000 ans : 50 000-1930=48 070 ans

[21] Albert Churchward, Signs and Symbols of Primordial Man, p. 154, Cosimo, Inc., 2007, 568 pages

[22] Molefi K. Asante,Emeka Nwadiora, Spear Masters: An Introduction to African Religion, p. 1, University Press of America, 2007, 160 pages

[23] Gérald Massey, Ancient Egypt – The Light of the World: A Work of Reclamation and Restitution in Twelve Books, p. 214, NuVision Publications, LLC, 2008 (réédition), 740 pages

[24] Betty M. Adelson, The Lives of Dwarfs: Their Journey from Public Curiosity Toward Social Liberation, p. 99, Rutgers University Press, 2005, 431 pages

[25] E. A. Wallis Budge, From Fetish to God in Ancient Egypt, p. 253, Kessinger Publishing, 2003, 556 pages

[26] Martin Bernal, Black Athena : The Linguistic Evidence, pp. 281-282

[27] Cheikh Anta Diop, Cheikh Anta Diop, p. 118, L’Harmattan, 2000, 304 pages

[28] Martin Bernal, Black Athena : The Linguistic Evidence, pp. 281, Rutgers University Press, 1987

[29] Bibliothèque égyptologique, p.392, 1894

[30] Dean Clarke, Archaeo-Astronometria : The Argo Mystery and Medusa Rage (Treatise on Ancient Astro-Poetry, p. 117, Xlibris Corporation, 2008

[31] John O’Neill, Night of the Gods, p. 816, Kessinger Publishing, 2003; voir également Willem Pleyte, La religion des pré-Israélites recherches sur le dieu Seth : « Une des légendes de Bes le fait venir du Ta-neter, pays d’Asie, situé probablement vers le nord de l’Arabie. », p. 181, Utrecht. T. De Bruyn, Libraire, 1862

[32] Lewis Campbell, Religion in Greek Literature, p. 49, Kessinger Publishing, 2005, 432 pages

[33] A. Smythe Palmer, Samson saga and its place in comparative religion, p. 228, Kessinger Publishing, 2003, 284 pages

[34] Walter Addison Jayne, Healing Gods of Ancient Civilisations, p. 55, Kessinger Publishing, 2003, 588 pages

[35] Société des Historiens du Congo-Brazzavile,

[36] Ramchandra Narayan Dandekar, Vedic Mythological Tracts, p. 77, Ajata Publications, 1979

[37] A. Kalyanaraman, Aryantarangini : The Saga of the Indo-Aryans, Volume 1, p. 71, Asia Publishing House, 1969

[38] Cité par Willem Pleyte, La religion des pré-Israélites : recherches sur le dieu Seth, p. 234, Utrecht. T. De Bruyn, Libraire, 1862

[39] Ibidem, p. 181

[40] John O’Neill, Night of the Gods, p. 817, Kessinger Publishing, 2003

[41] Judith Levin, Tattoos and Indigenous Peoples, p. 13, The Rosen Publishing Group, 2008, 64 pages

[42] Oscar Pfouma, L’Harmonie du monde: anthropologie culturelles des couleurs et des sons en Afrique depuis l’Egypte ancienne, p. 169, Menaibuc, 2000, 305 pages.

[43] Ibidem

[44] Ibidem

[45] László Török, Hellenistic and Roman Terracottas from Egypt, pp. 35, l’Erma di Bretschneider, 1995, 199 pages

[46] Cité par Willem Pleyte, La religion des pré-Israélites : recherches sur le dieu Seth, p. 2, Utrecht. T. De Bruyn, Libraire, 1862

[47] H. Willems, The coffin of Heqata : Cairo JdE 36418 : A Case Study of Egyptian Funerary…, p. 129, XXX

[48] Smythe Palmer, Samson, saga and its place in comparative religion, p. 228, Kessinger Publishing, 2008

[49] Baladji Mundkur, The cult of the Serpent : An Interdisciplinary Survey of its Manifestations and Origins, p. 65, Suny Press, 1983, 363 pages

[50] Arthur Bernard Cook, Zeus: A Study in Ancient Religion, Volume 1, p. 846, 1914

[51] Euripide, Les bacchanales, 990 f

[52] Voir Searching for Ancient Egypt : Art, Architecture, and Artefacts from University of Pennsylvania Museum of Archeology and Anthropology, p. 184, Cornell University Press, 1997, 342 pages

[53] Dean Clarke, Archaeo-Astronometria : The Argo Mystery and Medusa Rage (Treatise on Ancient Astro-Poetry, p. 117, Xlibris Corporation, 2008

[54] A. Smythe Palmer, Samson saga and its place in comparative religion, p. 228, Kessinger Publishing, 2003, 284 pages

[55] Albert Churchward, Signs and Symbols of Primordial Man, p. 154, Cosimo, Inc., 2007, 568 pages

[56] Gerald Massey, The Sign Language of Astronomical Mythology: Parts I&II, p. 197, Cosimo, Inc., 2008, 124 pages

[57] Samuel Alfred Browne Mercer, The Religion of Ancient Egypt, p. 204, Luzac, 1940

[58] Cf. Albert Churchward, The Origin and Evolution of Religion, pp. 66 ; 236-238, Book Tree, 2000, 504 pages

[59] Gerald Massey, The Sign Language of Astronomical Mythology: Parts I&II, p. 197, Cosimo, Inc., 2008, 124 pages

[60] Albinas Chandra Das, Rig Veda India, p. 247, Motilal Banarsidass, 1971

[61] M. Malaise, Bès et les croyances solaires, p. 707

[62] Sabine Fourrier et ‎Gilles Grivaud , Identités croisées en un milieu méditerranéen: le cas de Chypre (antiquité-Moyen Âge), p. 76, Publication Université Rouen Havre, 2006, 436 pages.

[63] Ibidem (voir aussi V. Dasen Dwarfs, op. cit., p. 46-49, 61-67).

[64] Hugh Fox,  Gods of the cataclysm : A Revolutionary Investigation of Man and His Gods Before and After the Great Cataclysm, pp. 96-HX, Dorset Press, New York, 1981

[65] William Morder dans « Indians in Americas : The Unknown Story, p. 42, Book Tree, 2005 ,237 pages

[66] Lewis Spence, The Problem of Atlantis, p. 176, Book Tree, 2002, 276 pages

[67] Hereward Carrington, Carrington Collection, p. 10, Kessinger Publishing, 2003, 100 pages

[68] Memorie della Società italiana di scienze naturali e del Museo civico di storia naturale di Milano, Volume 26, La Società, 1993

[69] Judith Weingarten, Zakro master and his place in prehistory, p. 101, Editions Aström, 1983

[70] Ziony Zevit, The Religions of Ancient Israel : A synthesis of Parallectic Approchs, p. 606, Continuum, 2001, 848 pages

[71] Antonio García y Bellido, Les Religions Orientales Dans L’Espagne Romaine, pp. 14-15, Brill Archive, 1967, 195 pages. Lire aussi Juan-Luis Iturria : « Comme preuve de richesse, on a retrouve des pièces de monnaies frappées sur place à partir du IVème siècle av. JC avec le dieu Bès, dieu syncrétique d’origine égyptienne et symbole de l’île. Ibiza est alors connue comme Yboshim : l’ïle de Bès, transcrit comme Ebusus en latin. » Juan-Luis Iturria, Baléares, p. 84, Editions Marcus, 2008, 120 pages

[72] John Sebastien Ward, Freemasonry and the Ancient Gods, pp. 105, 239, Kessinger Publishing, 2010, 496 pages. Voir également The Secrets of Freemasonry : « Cette croix a été trouvé par les premiers explorateurs parmi nombreuses races en Afrique longtemps avant que les missionnaires l’auraient apporté … Mais l’Egypte ancienne a plus grand nombre de variétés croix, comparée à tous les autres pays. La croix teutonique était un symbole porté par les dieux; Bes et Nefer-Hetep sont tous deux représentés avec elle. » Robert Lomas, The Secrets of Freemasonary : Revealing the suppressed tradition, Constable & Robinson Ltd

L’épopée des Maîtres Shabazz

Nos enseignants nous ont toujours dit que l’Histoire du monde Noir n’avait pas de commencement, car celle-ci renvoie tellement loin dans le passé qu’il nous est impossible d’en saisir le début. Pour nos contemporains, nourris à la pensée dominante occidentale, une telle assertion relève du fantasme anti-scientifique tant la science historique officielle aurait déjà, selon eux, défriché tous les recoins du chemin broussailleux de notre passé historique.

Ainsi la frise élaborée et distribuée par la pensée dominante dans les cours d’Histoire dichotomise le passé en deux grandes parties bien définies :

  • Ø tout d’abord il y aurait l’Histoire, période dont le début coïnciderait avec l’invention de l’écriture il y a environ 6000 ans (sic),
  • Ø et il y aurait la Préhistoire qui correspondrait à la période antérieure à ces 6000 ans, et qui serait caractérisée par une période d’obscurité civilisationnelle complète.

Aussi quand nos maîtres nous parlent de certains moments historiques de nos devanciers d’il y a cinquante mille (50 000) ans, comme l’épisode de la migration des Shabazz vers le cœur de l’Afrique, il est évident que pour la pensée majoritaire, il ne s’agirait là de rien d’autre que d’une fable, d’une légende au mieux, d’une farce, d’une marque d’ignorance totale, au pire.

Car pour eux, parler de civilisation en des temps aussi reculés serait oxymorique face à la vérité historique. L’enseignement officiel présente les « Hommes » ou plutôt les « Hominidés » de cette époque comme de vulgaires hères sachant à peine s’exprimer, ou comme de vils cueilleurs-chasseurs se nourrissant de viande crue, et vivants dans des grottes ou dormants à la belle étoile dans les savanes africaines ; en somme, c’est par excellence, l’image d’Epinal de l’« Homme des Cavernes » communément  appelé « Homme Préhistorique ». Par conséquent, celui que les historiens appointés par le système dominant nomment l’Homme Préhistorique– donc l’Homme vivant il y a plus 6000 ans- est présenté comme un rustre de la pire espèce, un sauvage des plus rétrogrades, réfractaire à toute forme de civilisation. Alors, parler d’un épisode datant d’il y a cinquante mille (50 000) ans, c’est quasiment parler de primatologie.

Mais pourtant l’auteur antique Plutarque décrit dans son livre « Osiris et Isis » une autre réalité concernant cette période où il nous apprend, pour le cas de l’Egypte antique, du moins, que celle-ci était civilisée, et ce déjà à l’époque d’Ausar (Osiris). Sous la plume d’un des plus grands savants de l’antiquité gréco-latine, le mot civilisation ne doit pas être pris à la légère, car n’oublions pas que ces penseurs gréco-latins étaient prompts à taxer tout autre peuple de barbare, se voyant eux-mêmes quasiment comme les seuls peuples civilisés de la Terre. Voilà ce qu’il écrit :

« Dès qu’Osiris régna, il arracha aussitôt tous les Egyptiens de leur existence de privations et de bêtes sauvages, leur fit connaître les fruits de la terre, leur donna des lois et leur apprit à respecter les dieux. Plus tard, il parcourut la Terre entière pour la civiliser. Il eut très rarement besoin de faire usage de la force des armes, et ce fut le plus souvent par la persuasion, par la raison, parfois aussi en les charmants par des chants et par toutes les ressources de la musique qu’il attira vers lui le plus grand nombre d’Hommes[1] »

Il s’agit là d’un propos d’un homme d’une grande érudition, d’une grande culture doublée d’une bonne renommée, introduit et initié aux savoirs scientifiques antiques et qui avait accès aux pléthoriques bibliothèques des temps anciens dont s’était dotée la Vallée du Nil au fil des millénaires. Le tableau qu’il nous brosse de cette Egypte mythique qui le précède de plusieurs dizaines de milliers d’années est très loin de ce que l’on a coutume d’entendre au sujet des Hommes ayant vécu avant le commencement officiel de l’Histoire (il y a 6000 ans). Dans la pièce historique que présente Plutarque, il est question de Raison, de Lois, d’Agriculture, de Musique, de Religion ; en tous les cas de toute la panoplie d’éléments caractéristiques des nations ayant eu commerce avec la civilisation, et familières, coutumières de la Norme, de l’effort, de l’anticipation, et de la réflexion. Comme on le voit, nous sommes très loin de l’image du « bon sauvage » qui végèterait dans des grottes, vivant au jour le jour.

Ces dépositions historiques doivent nous pousser à interroger la pertinence du découpage de l’Histoire tel qu’aujourd’hui enseigné, et qui postule qu’avant 6000 ans n’aurait régné que le néant civilisationnel. La date de commencement de la civilisation à proprement parler devrait être davantage repoussée dans le passé. Le point historique de 4000 ans avant JC ne correspondant pas à notre réalité africaine de la civilisation.

D’autant plus qu’en 1961 le mathématicien, philosophe et orientaliste français René. A. Schwaller de Lubicz, dans son œuvre monumentale « Le Roi de la Théocratie », nous édifie sur des éléments scientifiques de l’Histoire de l’Egypte faraonique qui portent à penser qu’une civilisation encore plus grande qu’elle l’aurait précédé :

 

« Nous devons admettre qu’une civilisation a précédé les énormes déplacements d’eau qui ont submergé l’Egypte ; c’est ce qui implique la présence du Sphinx sculpté dans la pierre sur les falaises situées du côté ouest, à Gizeh, ce Sphinx dont tout le corps de lion, à l’exception de la tête, montre des traces indiscutables d’érosion marine[2]. »

Ne perdons pas de vue que Schwaller de Lubicz a passé plus de quinze ans en Egypte à étudier le sens ésotérique des Medou Neter au point d’être considéré jusqu’à ce jour comme le plus grand spécialiste en la matière. C’est en partie, cette stature internationale, cet énorme crédit scientifique dont jouissaient les travaux du savant français qui ont poussé l’égyptologue John Anthony West à s’intéresser de plus près à cette question des érosions marines sur le Sphinx, nous apprend Bob Frissel dans « Rien n’est vrai dans ce livre, mais c’est ainsi que sont les choses » :

« Un égyptologue du nom de John Anthony West décida après avoir lu dans le livre de Schwaller de Lubicz en 1972, de faire des recherches sur les marques d’érosion du Sphinx. Il découvrit que cette désagrégation est exceptionnelle, allant jusqu’à 3,50 mètres de profondeur à l’arrière. Il fit venir un géologue américain, Robert Schoch, qui l’étudia d’un point de vue géologique et découvrit qu’il ne s’agissait pas de l’œuvre du vent et du sable, mais d’un écoulement d’eau. Il calcula qu’il aurait fallu un minimum de 1000 ans de pluies torrentielles s’écoulant sans arrêt sur le Sphinx pour arriver à sculpter ces érosions.  La géologie s’oppose maintenant directement à l’archéologie. Comme on estime que le désert du Sahara existe depuis 7000 à 9000 ans, cela signifie que le Sphinx est  âgé d’au moins 8000 à 10 000 ans[3]. »

A la suite de cette réévaluation de l’âge du Grand Sphinx, un nombre significatif de chercheurs sérieux ont dû réviser leur position quant au commencement de la civilisation, ou tout au moins de la civilisation égyptienne faraonique. C’est le constat que fait James A. Gunn qui enregistre dans « To Egypt : Land of the Pharoahs. The Desert- The Nile » ceci :

« John A. West, un égyptologue et Robert Schoch, un géologue expert dans l’érosion des roches, ont proposé une nouvelle théorie qui repousse l’âge de la création du Grand Sphinx de 9000 à 10 000 ans[4] »

Reconnaissons, au moins, en toute objectivité scientifique que la construction d’un Sphinx comme celui du plateau de Gizeh ne peut en aucun cas être l’œuvre d’une sous-civilisation, de rustres hommes des cavernes, de simples cueilleurs-chasseurs ignares seulement habillés de cache-sexes. Ce qui signifie qu’il y a 10 000 ans, comme l’indique la métrologie géologique, la civilisation, avec tout ce que ce mot comporte de prérogatives, était déjà fermement établie en Afrique, du moins dans la Vallée du Nil, puisqu’elle parvint à sculpter le Grand Sphinx de Guizeh dont nous connaissons toutes la complexité architecturale, géologique, mathématique et astronomique.

Cette découverte scientifique de taille va dans le sens de l’historien égyptien antique Manéthon de Sebennytos à qui nous devons entre autres la liste des trente et une (31) dynasties faraoniques à travers son ouvrage (aujourd’hui perdu) Histoire de l’Egypte. En effet Barbara Hard Clow nous apprend dans « Catastrophobia : The truth behind Earth changes » que cet historien enseignait les gens, preuves à l’appui, sur l’Histoire de la Vallée du Nil en remontant à une date très reculée dans le passé, à savoir jusqu’à plus de 37 000 ans :

« Il est dit de Manéthon, scribe, prêtre égyptien initié, ayant vécu 300 ans après Platon, qu’il connaissait l’Histoire de la civilisation égyptienne en remontant jusqu’à 35 525 ans dans le passé- ce qui nous renvoie à 39 000 BC[5] [37 050 av. JC] »

Cette Histoire de l’Egypte faraonique près de quarante fois millénaire se trouvait enregistrée dans les archives royales et templières de la Vallée du Nil. C’est en consultant ces archives, écrites en langue égyptiennes, que l’historien Manéthon, l’autochtone de la Vallée du Nil, a pu produire et traduire en langue grecque une histoire de son pays afin d’enseigner ses élèves hellènes. Une grande partie de ces archives ont aujourd’hui disparu par les vicissitudes de la vie (pillages, destructions, incendies, etc.). Néanmoins, il nous reste quelques artéfacts et parmi ceux-ci figure le « papyrus royal de Turin ». C’est Murry Hope dans « Atlantis : myth or reality » qui informe de la valeur inestimable de ce document que les plus éminents spécialistes identifient comme le plus important de tous en matière de connaissance sur les règnes des souverains ayant précédé le faraon Narmer :

« Schwaller de Lubicz assure que la meilleure documentation historique sur la préhistoire de l’Egypte est le Papyrus Royal de Turin[6] »

Ce document d’une importance capitale fut retrouvé intacte, mais se déchira à son transport. Seules les dernières lignes du papyrus ont pu être sauvées et réussir à parvenir jusqu’à nous, d’après le témoignage du Pr G. Mokhtar dans « Histoire Générale de l’Afrique. Tome II. L’Afrique ancienne » :

« (…) trouvé intact au XIXème siècle, il fut si malmené lors de son transport qu’il fut mis en miettes et qu’il a fallu des années de travail pour le reconstituer [7]»

En effet, il nous donne la liste des rois ayant régné sur l’Egypte avant l’intronisation du roi Narmer en 4240 av. JC. Il nous fournit également la durée de règne de chaque dynastie, comme nous pouvons le lire dans « Le roi de la théocratie pharaonique» :

« Le Papyrus Royal de Turin donne une liste complète des rois ayant régné sur la Haute et la Basse Egypte, de Ménès au Nouvel Empire, avec la durée de chaque règne. Parmi eux les Vénérables de Memphis, les Vénérables du Nord et finalement les Shemsou Hor. Heureusement les deux dernières lignes subsistent presque intactes, ainsi que le nombre d’années : …vénérables Shemsou-Hor, années 13 420 Règnes jusqu’aux Shemsou-Hor… années 23 200 (total 36 620) Roi Ménès » (au total 36 620 ans)[8] »

En résumé nous avons:

  • Le Roi Narmer dont le règne remonte à 4 240 av. JC
  • Les Shemsu Héru dont le règne remonte à 13 420 ans avant Narmer soit à l’an 17 660 av. JC
  • Les Vénérables de Mennefer, Vénérables du Nord dont le règne remonte à 23 200 ans avant les Shemsu Héru, soit 36 620 ans avant Narmer, c’est-à-dire à l’an 40 860 av. JC

Cette chronologie cadre parfaitement avec les informations fournies par le prêtre égyptien faraonique Manéthon de Sebennythos. Mais surtout précisons qu’il s’agit bien là d’Histoire et non de récit à caractère fictionnel. D’ailleurs les Actes du XVème Congrès International d’Anthropologie et d’Archéologie Préhistorique, à Paris, sont catégoriques à ce sujet quant à l’historicité et l’humanité réelles des Shemsou-Hor :

« En protohistoire égyptienne, on appelle cette bande humaine les Shemsou-Hor, ce qui signifie « les Suivants d’Horus » parce que leur dieu était Horus et leur enseigne le faucon, l’oiseau d’Horus[9] ».

Non seulement l’historicité des Shemsu-Héru (Suivants d’Horus), des Vénérables de Mennefer (Memphis) et des Vénérables du Nord est avéré mais les dates accompagnants leurs règnes sont à nouveau confirmées par les dernières découvertes archéologiques rapportées par George Richards dans « Journey into Time » :

« Dans son livre « Secrets of Great Pyramid » Peter Tompkins parle d’une découverte faîte par les archéologues soviétiques durant des fouilles effectuées au barrage d’Assouan. Les inscriptions semblent y couvrir une période de 35 525 ans, « ce qui est équivalent à 25 cycles de 1461 ans. L’apparente différence d’un an de ces cycles est due au cycle sothiaque qui est l’équivalent du cycle civil de 1 461 ans. Selon Muck, il existe trois cycles principaux ; un de 365×4=1 460 ans, un autre de 1460×25=36 500 ans, et enfin un troisième de 36 500×5=182 500 ans[10] » »

En nous fondant sur la datation géologique du Sphinx de Gizeh, nous sommes obligés de reculer le commencement « officiel » de l’Histoire à 10 000 av. JC., soit un âge presque deux fois supérieur à ce qui est établi par la pensée dominante.

En nous basant sur les dépositions historiques de Manéthon de Sébennytos et sur le Papyrus Royal de Turin, cette date doit encore être reculée jusqu’à au moins l’an 40 860 av. JC, soit un âge sept fois supérieur à ce qui est communément admis.

Et nous appuyant sur le troisième cycle de calendrier égyptien qui court sur 182 500 ans, les débuts de l’Histoire sont renvoyées à, au moins, l’an 178 260 av. JC soit presque trente fois l’âge de l’Histoire officielle décrétée par la « bien-pensance » occidentale.

Ainsi, une (vraie) Histoire de la civilisation fondée sur la documentation autochtone africaine fait remonter les débuts de celle-ci à des antiquités que le quidam occidentale ou occidentalisé pourrait hâtivement qualifier d’improbables, tant ces débuts sont éloignées dans le temps. Aussi, dans la conception africaine, parler d’un des épisodes de l’Histoire de la Tribu de Shabazz d’il y a cinquante mille (50 000) ans s’accorde parfaitement avec notre chronologie autogène, et paraîtrait presque anecdotique, vu ne serait-ce que les 128 260 ans qui séparent cet évènement du commencement du calendrier du troisième cycle égyptien.

La Tribu de Shabazz, dont la seule évocation du nom créé un phénomène de frénésie collective, fait remonter son histoire au commencement du Monde, nous dit la Tradition. Aussi serait-il illusoire de chercher ses traces premières en des temps aussi reculés. En revanche, il nous est permis d’en dire quelques mots, de découvrir le voile sur un épisode marquant de son Histoire, déroulée il y a cinquante mille (50 000) ans, aux conséquences anthropologiques majeures.

Mais avant d’aller plus loin, essayons de cerner ce groupe, cette tribu. Qui sont-ils ? Qu’est-ce que la Tribu de Shabazz ?

A cette interrogation légitime, le Pr Herbert Berg, du département de philosophie et de religion de l’université de Caroline du Sud, nous donne un début de réponse dans son essai « Elijah Muhammad’s redeployment of Muhammad : racialist and prophetic interpretations of the Qur’an » :

« Le nom « Shabazz » vient d’un ancien « scientifique », originaire principalement des civilisations de la Mecque et d’Egypte, qui emmena ses partisans en Afrique Centrale. C’est dans la dureté de cet environnement que leurs descendants développèrent leurs traits physiques caractéristiques, et typiquement africains[11]. »

Parmi ces traits si caractéristiques des descendants des Shabazz dont parle Pr Herbert Berg, il y a la texture des cheveux crépus. Le Très Honorable Elijah Muhammad, qui est le spécialiste par excellence de l’Histoire de la Tribu des Shabazz, nous donne, dans « Supreme Wisdom : What Every American-So-Called Negro Should Know About », la raison de l’apparition de ce nouveau type de texture de cheveux il y a cinquante mille (50 000) ans au sein de la Tribu de Shabazz :

« L’origine des cheveux crépus vient d’un de nos Scientifiques insatisfait, il y a cinquante mille ans, qui souhaitait nous renforcer tous, et nous endurcir afin de pouvoir supporter la vie dans les jungles d’Asie de l’Est (Afrique) et d’y dominer les bêtes sauvages. Mais il échoua à convaincre les autres [Scientifiques] à se ranger à son idée. Alors il prit sa famille et alla dans la jungle pour nous prouver que nous pouvions vivre là et dominer les bêtes sauvages. Et c’est ce que nous fîmes[12] »

Pour l’explication du processus génétique qui a conduit aux cheveux crépus des descendants Shabazz, nous invitons les lecteurs à consulter notre publication « Lettre à Amina » qui trace un chemin en s’appuyant sur les dernières avancées dans le domaine génétique.

Par ailleurs, si l’on devait s’attarder un peu plus sur la figure du Maître Shabazz ayant conduit les siens en Afrique Centrale, l’on devrait retenir qu’il fut un explorateur, un aventurier et un expérimentateur dans l’âme. C’est que les textes, en plus de nous informer sur le fait que le Maître Shabazz était un « brillant scientifique[13] », donc quelqu’un d’aguerris à l’observation, à l’expérimentation, à la réflexion, et à l’application, nous disent qu’il était doublé d’un excellent géographe, un expert, un maître de la terre. C’est là une tradition millénaire des Shabazz, de ce que nous en dit Abdul Noor dans « The Supreme understanding. The Teachings of Islam in North America », qui, à la question (numéro 12), « Quel est la signification de la Tribu de Shabazz », répond :

« Nous [Les Shabazz] étions les premier à créer les civilisations, le long du Nil, du Gange, et de la Sainte Cité de la Mecque[14] »

Ce propos sur la tradition shabazz de créateurs de civilisations fait écho à l’enseignement du Très Honorable Elijah Muhammad dans « Message to the Black Man in America » où les Shabazz sont décrits comme des découvreurs hors-pairs, les premiers à identifier les zones géographiques les plus propices à être transformées en véritables paradis terrestres :

« Nous, la Tribu de Shabazz, dit Allah (Dieu), sommes les premiers à avoir découvert la meilleure partie de la terre où vivre. La riche Vallée de l’Egypte et l’actuel emplacement de la Sainte Cité de la Mecque en Arabie[15]. »

C’est que ces qualités et connaissances shabazz ne sont pas tombées du ciel comme par magie, mais sont le fruit d’un gros effort qui a conduit cette tribu, nous dit le Très Honorable Elijah Muhammad, à endurer les pires souffrances jamais subies par aucun autre groupe humain. Alors Dieu les d écida de les doter d’une profonde connaissance d’eux-mêmes et de les placer sous Sa guidance. Faisant d’eux la plus grande des puissances. Leur nom devint même synonyme de « Puissant ». Waverly Jones nous le confirme dans « Pick up your bed and walk »:

« Le nom Shabazz signifie, un peuple puissant et glorieux[16] »

A la question numéro 10 du « Supreme Understanting. The Teachings of Islam in North America » la réponse est identique:

« 10- Quel est le sens de Shabazz? Cela signifie le Plus Grand Conquérant ; Puissant, et Glorieux[17]. »

Ainsi l’atoumologie spécifique du nom « Shabazz » corrobore ces dernières informations. Car dans cette étude atoumologique, le terme « shabazz » est identifié comme le fruit d’une tripartition phonétique : Sha+B3+Azz. Ce qui signifie en médou neter : « Au commencement (Sha) était la spiritualité, l’autorité spirituelle (B3, lire « Ba ») et la royauté, le pouvoir temporel (Azz) ».

Cette autorité spirituelle, c’est la Guidance divine que Dieu Lui-même leurs à accorder, nous dit le Très Honorable Elijah Muhammad. Et ce pouvoir temporel, c’est cette puissance dont ils ont hérité de Dieu Lui-même, faisant d’eux des nobles, des rois et des reines, des glorieux, des vénérables (de Mennefer et du Nord, par exemple), détenteurs et possesseurs du sacerdoce et du trône ancestral.

En effet, le « Azz » ou le « A.s » qui a donné « Ausar » (Osiris) et Aset (Isis) se décline en arabe en « aziz » qui signifie « puissant », et que l’on retrouve dans l’expression eulologique « azza wa jalla » qui suit toujours l’évocation de Dieu. Allah azza wa jalla, signifiant « Allah Le Puissant et le Vénéré ». C’est Ce Puissant et Vénéré qui donna permission aux Maîtres Shabazz des temps primordiaux  de devenir « puissants et vénérables » à Sa suite.

Il est manifeste que cette lignée royale subjugua toutes les civilisations de son temps, au point que ces dernières en gardèrent trace dans leurs archives voire même dans leurs propres langues. C’est le cas du farsi où le glorieux faucon royal est appelé « Shahbazz ». Le titre de Shah(bazz) a même été réactivé dans l’Histoire récente où le souverain iranien se faisait appeler le « Shah d’Iran », le « Roi d’Iran » soit le « Shahbazz », le « Roi Faucon ».

Comme on voit, les langues des peuples Originels (ou non) vivants dans l’Orient ont conservé la mémoire de la signification du terme Shabazz. Rappelons le souvenir du grand soufi Sindhi (Noir Pakistanais) du 12ème-13ème siècle à qui fut attribué les titres de Qalandar et de Shabazz, à telle enseigne qu’il fut désormais nommé La’l Shabazz Qalandar (1177-1274). Montrant par-là l’actualité et la vivacité de l’épopée shabazz au sein des populations mélanodermes du sous-continent indien. D’ailleurs une importante monographie sur ce grand représentant du soufisme antinomien a été produite en 2002 par Michel Boivin : Le soufisme antinomien dans le sous-continent indien. La’l Shabazz Qalandar et son héritage, XIIIè-XXè siècles[18].

C’est encore le soufisme qui emploie l’expression « Shahbaz i-Ruh » (Shabazz=noble, Ruh=Esprit), pour parler du « Noble Esprit » évoqué dans le verset quatre (4) de la sourate Al-Ma’ārij (Les Voies de l’Ascension, sourate soixante-dix (70)) du Qur’an Honoré :

« Vers Lui montent les anges et l’Esprit en un jour dont la durée est de cinquante mille (50 000) ans[19] »

Aussi pour identifier ce Maître Shabazz qui vécut il y a cinquante mille (50 000) ans, ce « roi faucon » qui s’établit définitivement en Afrique Centrale, il nous faut nous référer aux documents égypto-nubiens les plus anciens. Ceux qui nous renvoient à une Histoire qui précède de 7210 ans celle des Vénérables du Nord, et des Vénérables de Mennefer, donc qui renvoient à l’année 48 070 av. JC[20].

Le titre de « Shemsou-Hor » que prit la dynastie succédant aux « Vénérables » du Nord et de Mennefer (Memphis), traduit une réalité historique à savoir que ces « Suivants d’Hérou (Horus) » sont postérieurs au Roi-Faucon, Hérou lui-même, Neter de cette tribu africaine. C’est par déférence, respect et probablement filiation généalogique, du moins spirituelle, que cette dynastie des Shemsou-Hor se réclama du Maître Shabazz de l’époque de la grande migration. De même, les titres de « Vénérables (=Glorieux, donc Shabazz) du Nord et de Mennefer (Memphis) » nous indiquent que ces derniers sont une branche, une colonie (dans le sens ancien du terme) de la souche-mère des Vénérables (=Shabazz) qui devait donc être plus au Sud que Mennefer. Le Maître Shabazz, le roi-faucon d’il y a cinquante mille (50 000) ans ne doit donc pas être recherché dans cette dynastie de Mennefer, mais chez une dynastie royale plus ancienne et plus au sud.

Or les textes égypto-nubiens nous apprennent que parmi tous les nétérous, le plus ancien d’entre eux tous, qui précède les règnes des Vénérables du Nord et de Mennefer, des Shemsou Hor et de Narmer, est Bès. Albert Churchward, dans « Signs and Symbols of Primordial Man » confirme cette position, puisqu’il dit :

« En Egypte, le plus ancien de tous les dieux était Bès[21] »

Le Pr Moléfi Kété Asanté, père de l’Afrocentricité, dans son livre « Spear Masters: An Introduction to African Religion », commis en étroite collaboration avec Emeka Nwadiora, place également Bès parmi les divinités les plus anciennes :

« Les noms de Bès et d’Auset (Isis en grec) sont parmi les plus anciens noms de divinités au monde[22] »

Son ancienneté est telle, dans l’Histoire égypto-nubienne, que les textes en font même une figure précédant les différentes formes de Ptah, le fils d’Atum, le Dieu incréé, comme nous en informe Gérald Massey dans « Ancient Egypt – The Light of the World: A Work of Reclamation and Restitution in Twelve Books » :

« En vérité, Bès-Horus est la première forme du pygmée Ptah[23]. »

Betty M. Adelson dans « The Lives of Dwarfs: Their Journey from Public Curiosity Toward Social Liberation » insiste un peu plus sur la relation organique liant Bès et Ptah, systématiquement associés aux récits faisant références aux nains:

« Cette association des dieux égyptiens Ptah et Bes, l’un et l’autre avec la naissance, la mort et la force créatrice, se répètera tout au long de la mythologie du nain, en surgissant indépendamment dans l’espace et le temps[24]. »

Si les plus anciennes images de Bès dans l’iconographie égyptienne remontent au Moyen Empire, la première mention écrite se référant explicitement à lui est à chercher dans les « Textes des Pyramides », nous dit Sir E.A. Wallis Budge dans « From Fetish to God in Ancient Egypt » :

« La plus vieille mention du nom de ce dieu [Bes] figure dans les Textes des Pyramides (§ 1768 c)[25] »

Concernant la phonologie du mot Bès, le Pr Martin Bernal remarque que les deux vocalisations finales à partir des phonèmes « s », dental fricatif non prononcée, et « z » « ont surgis au Moyen Empire ». Il ajoute dans « Black Athena : The Linguistic Evidence » que :

« Par ailleurs comme le nom Bēs n’est seulement attestée qu’à partir de la fin du Nouvel Empire, sa prononciation initiale est incertaine…Si, d’un autre côté, on pose que la forme première était *bz, on trouve un grand nombre de liens avec les autres racines afroasiatiques…En acceptant *bz comme la structure consonantale originelle nous nous trouvons quand même à un problème de vocalisation. Ehret voit un cognat bz, “révéler”, dans la forme proto-couchitique *beez. Cependant suivant l’évolution régulière qui a donné la forme Bēs en Ancien Egyptien tardif nous trouvons à l’origine *buz à partir de l’Egyptien Anciens primitif. Ce qui est intéressant, dans la mesure où ces pas nous rapprochent à la fois de Bwäžžä, le dieu lumineux des païens Gurage, et de la divinité couchite Bazō. Les parallèles phonologiques sont en accord avec la géographie dans la mesure où Bēs est censé venir de Nubie et de Punt, région dans laquelle est rendu un culte à Bwäžžä/ Bazō[26]. »

A suivre donc les avancées linguistiques, la prononciation Bès utilisé par les égyptologues serait impropre. L’on devrait plutôt dire Bazz, Bazō ou encore Bwäžžä.

La spécificité de chaque langue ayant été influencée ou mise en contact avec l’épopée des Maîtres Shabazz a conduit à des modifications phonétiques de type métaplasmique dans ces différentes langues. Pour les uns ce sera l’apocope, ainsi Shabazz deviendra « Shah » comme dans le Golfe persique. Pour les autres ce sera l’aphérèse, ainsi Shabazz devenant « Bazz » comme en Afrique Centrale. D’autres enfin, comme les Sindhis du Pakistan garderont intact le terme « Shabazz ».

Ainsi à partir du terme originel « Shabazz », par variation métaplasmique nous nous retrouvons, selon la géographie, avec « Bès », « Shah », ou encore « Bazz » ; produisant cette série d’égalité suivante : Shabazz=Shah=Bazz=Bès.

Ce personnage central n’aura pas échappé à la vigilance du feu Pr Cheikh Anta Diop qui le présente comme le plus africain des nétérous du panthéon égyptien :

« Le dieu Bès, nain apotropaïque. Protecteur des femmes en couches, divinité de la musique et de la danse, efficace contre le mauvais œil et les démons néfastes, est le plus africain des dieux égyptiens[27] »

En effet, Bès/Shabazz est non seulement africain, mais surtout il est le maître, le roi d’une des contrés les plus remarquables, la Nubie antique. Martin Bernal nous le décrit au Moyen-Empire comme étant le « Seigneur de Pount », le « Maître de la Nubie » :

« (…) Bēs, une mystérieuse divinité de la musique et de la renaissance, qui a été dépeint comme un nain négroïde ou un pygmée, mais qui fut aussi présenté sous les traits léonins. Il était connu comme « Seigneur de Pount » ou le « Maître de la Nubie » et par conséquent était associé à l’Afrique Centrale[28]. »

La revue d’histoire « Bibliothèque égyptologique » lui attribue également une origine africaine, plus précisément soudanaise :

« Bes est un dieu importé du Soudan, Hercule ou Bacchus des Chamites… brandissant un sabre, la tête garnie de plumes ou de palmes comme les héros Gallas et Danakils, il rappelle le lion par quelques traits du visage…[29] »

Dean Clarke, dans « Archaeo-Astronometria : The Argo Mystery and Medusa Rage (Treatise on Ancient Astro-Poetry) », présente le Maître Shabazz (Bès) comme étant éthiopien:

« (…) [Méduse] en tant que prêtresse atlante faillit supplanter le culte du dieu d’Ophiouchos ou Bès d’Ethiopie[30]. »

Pour John O’Neill auteur de « Night of the Gods », le Maître Shabazz(Bès) est originaire de Ta Neter, la terre sacrée, la terre sainte des habitants antique de la vallée du Nil :

« Une des légendes le fait venir de Ta-Neter à savoir le Somali-land.[31] »

Le chercheur Lewis Campbell quant à lui rappelle, dans « Religion in Greek Literature », que le Maître Shabazz (Bès) a aussi été associé à l’Arabie antique :

« (…) la tête de Gorgone dérive de Bès l’Arabe[32]. »

A. Smythe Palmer en fait, dans « Samson saga and its place in comparative religion », le Seigneur des contrés orientales dont Pount :

« Il est le Seigneur de l’Est. Ses origines sont à chercher dans le pays oriental de Pount[33]. »

C’est Walter Adisso Jayne qui nous donne un des meilleurs résumés sur la topographie originelle du Maître Shabazz (Bès) en précisant, dans « Healing Gods of Ancient Civilizations », qu’il était associé à l’Arabie, à l’Afrique Centrale et à la Nubie :

« Bes ou Besa, bien qu’originairement une divinité étrangère, d’Arabie ou d’Afrique Centrale, tire ses mythes de la Nubie.[34] »

De toute ces indications géographiques, il est notable de signaler que le Maître Shabazz (Bès) est avant tout le Seigneur de Pount (Ta Neter), la terre sacrée des Egyptiens des temps faraoniques. Aussi comprenons-nous, par-là, que l’Histoire de l’Egypte est irrémédiablement indissociable de celle des Shabazz qui en sont les fondateurs, depuis leur point de départ d’Afrique Centrale où ils se sont installés il y a quelques cinquante mille (50 000) ans de cela. La Nubie, l’Ethiopie, et l’Arabie qui sont également sous la coupe du Maître Shabazz (Bès) représentent un territoire allant de la Vallée du Nil jusqu’à la Vallée de l’Indus. Car il ne faut pas oublier que dans les temps antiques les termes Ethiopie, Arabie, Koush (Nubie), et Inde étaient interchangeables. La Société des Historiens du Congo Brazzaville de nous rappeler par la linguistique le lien historique entre les populations du fleuve Congo et ceux du fleuve Gange :

«En Tamoul le même mot signifie « noir » et une déesse noire très vénérée chez les mélanodermes d’Asie du sud-est se nomme « Kali », et elle est dite « la noire », représentée avec la peau très foncée. Le cœur même de cette civilisation est « Calcutta », nommé ainsi par déformation linguistique du colonisateur anglais, et rebaptisé depuis peu Kalikata, plus conforme à la diction locale et à son sens historique. Or Kalikata vient du mot Kali (noir) dont nous avons suffisamment exposé le sens, et Kata, rendu en dravidien par ville. En Kongo, et en lari, n’kata signifie le siège, le lieu ou se rencontre et se repose une institution…En lingala, le mot likita signifie « congrès, assise ». Le lari a pris de N’kata le sens du mot Ghata (avec un g si aspiré qu’il est à la limite du r et du k ou du h fortement aspiré) pour signifier village. Ainsi, Kalikata signifie littéralement, la ville des noires. Même traduction que chez les dravidiens, ces noirs aux cheveux lisses du sud-est indien qui ont ainsi nommé leur capitale, par distinction sans doute avec le reste de l’Inde acquis aux aryens.

Remarque: il faut faire attention à l’européanisation des noms des sites car elle nous coupe des racines originelles des mots, donc du sens et la liaison avec une partie du monde. C’est ainsi que le Gange célèbre fleuve indien  se dit localement Ganga, et quand on sait que les autochtones lui accordent des vertus magiques, guérissantes, protectrices, on a vite compris le lien avec notre nganga.

Les BanGala sont une des composantes principales du Congo et ils habitent les terres inondées de la forêt équatoriale. Très facilement, des chercheurs dénigrants, leurs prêtent une histoire récente et simple. Et pourtant. Le Bengale est habité primitivement par des Noirs dravidiens avant l’arrivée des aryens. Ce pays est établi sur les terres plus inondées du monde (le Bangladesh notamment), et il tire son nom de la même racine. Le professeur Homburger dans les années 1930 en trace une ligne d’évolution linguistique entre les langues dravidiennes et le peul qui semble être leur ancêtre. Ce tracé part des rives du fleuve Niger domaine des peuls, passe par la forêt équatoriale chez nos Ngala, et se poursuit vers la Somalie. Des conquérants Ngala ont sans doute suivit ce chemin jusqu’aux côtes orientales d’Afrique…ont pris des barques pour rejoindre la péninsule indienne, se retrouvant sur des terres ressemblant aux leurs qu’ils ont rebaptisé et colonisé. Pour l’heure c’est l’hypothèse la plus probable[35]. »

Cette relation génétique entre l’Afrique Centrale, cœur du pouvoir des Shabazz, et l’Inde est également confirmé par la présence du Maître Shabazz (Bès) dans le panthéon védique, comme nous le signale Ramchandra Narayan Dandekar dans « Vedic Mythological Tracts » :

« A.C. Das…identifie Vishnou au dieu égyptien Bès qui est le protecteur du monde[36]. »

Quelques années plus tôt, en 1969, A. Kalyanaraman publiait « Aryantarangini : The Saga of the Indo-Aryans, Volume 1 » dans lequel il note la parfaite identité du Maître Shabazz (Bès) et de l’avatar védique qu’est Vishnou, en ajoutant tout de même que celui que les Grecs, par la suite, appelèrent Bacchus n’était autre que le Maître Shabazz (Bès) en personne mais sous d’autres traits, plus grossiers, et plus vulgaires :

« Le bon dieu Bès, qui dispensa la paix, les bonnes manières et la joie à toutes les nations avec prodigalité, peut être identifié à l’indien Vishnou, à qui les croyants védiques confèrent des attributs similaires qu’à Bès. Plus tard l’image de Bès se dégrada chez les Grecs en Bacchus. De la même manière que Vishnou est lui-même parfois  grossièrement dégradé par ses propres partisans en Inde[37] ».

L’iconographie la plus connue, tirée des monuments antiques de la Vallée du Nil et du bassin méditerranéen, montre le Maître Shabazz (Bès) comme un homme noir de petit taille. Monsieur le vicomte de Rougé fort versé sur la question de Bès (Maître Shabazz) dit ceci :

« Son corps est ordinairement modelé comme celui d’un homme très petit, très trapu et dont les muscles sont extrêmement développés. Ses yeux semblent être empruntés au taureau, ses oreilles dérivent du même type, ses cheveux semblent en boucles sur son cou comme la crinière d’un lion. Il porte comme Hercules, une peau de lion sur le dos…Sa coiffe ordinaire se compose d’un bouquet de plumes d’autruche…[38] »

Néanmoins, poursuit le vicomte de Rougé, nous trouvons des représentations, certes rares, datant de l’Ancien Empire montrant le Maître Shabazz(Bès) sous les traits d’un homme dans des proportions beaucoup plus ordinaires :

« Un petit bronze de la collection nous le montre sous la forme d’un guerrier de proportions ordinaires, mais coiffé de la mitre pointue de la Haute-Egypte. Le nom de Bes lui est appliqué sur les bas-reliefs de la Basse Epoque. Ses représentations sont rares sur les monuments anciens, elles existent néanmoins depuis une très haute antiquité…On le trouve figuré dans le rituel funéraire du chapitre cent quarante-cinq (145) comme garde du vingtième pylône[39]. »

Si la récurrence de la difformité du Maître Shabazz (Bès) semble relever de la réalité historique, il est en tout autrement de son visage, qui à l’inverse des autres nétérous est toujours représenté de face. En effet, le Maître Shabazz (Bès) est souvent représenté grimaçant et tirant la langue. A ce titre John O’Neil dans « Night Of The Gods[40] » remarque que chez les populations originelles du globe, la langue qui sort serait une marque d’honneur. Ce visage grimaçant et souvent menaçant du nétérou Bès tirant la langue semble être un masque. C’est l’avis partagé par Judith Levin dans « Tattoos and Indigenous Peoples » où elle traite historiquement de la sociologie du tatouage chez les populations originelles :

« Le plus vieux tatouage montrant une image plutôt qu’une forme géométrique est également égyptien. Le dieu Bes dont la forme est celle d’un nain semblant porter un masque était lié aux femmes et aux enfants. On l’a retrouvé tatoué sur certaines femmes..[41]» .

Cette affirmation est confirmée par l’étude de la stèle de Metternich qui prouve très clairement que la tête du Maître Shabazz (Bès) est un masque. Dans « L’Harmonie du monde: anthropologie culturelles des couleurs et des sons en Afrique depuis l’Egypte ancienne » l’égyptologue camerounais Oscar Pfouma donne un aperçu sur la sociologie du masque en milieu initiatique négro-africain :

« L’exécution des danses rituelles négro-africaines nécessitent le port d’un masque. Se référant à l’Egypte, P. Barguet écrit « Les têtes des divinités égyptiennes sont en elles-mêmes autant  de masques. La force incarnée dans un animal, et ce qui caractérise celui-ci se rapporte dans la divinité qui en a le masque » (P. Barguet, 1960).[42] »

Le Maître Shabazz (Bès) est le saint patron de la danse aussi bien dans sa dimension rituélique que guerrière ou populaire. Les Anciens, dans les temps antiques le présentaient comme le nétérou de la danse. Aussi, si comme l’affirme Oscar Pfouma l’exécution d’une danse rituelle en milieu négro-africain nécessite le port d’un masque, il est manifeste que le visage du Maître Shabazz (Bès) le montrant tirant la langue pendant les danses guerrières où il est armé de sabres et d’arc, ne peut être qu’un masque.  Et l’égyptologue camerounais de préciser que :

 « Le masque de Bes, le génie de la danse égyptien pouvait être porté par d’autres dieux : Horus, Amon…[43] »

Citant Lucien, Oscar Pfouma de rajouter que si ce masque ne pouvait être porté que par des nétérous, c’est que les mimes de ce masque :

« (…) traduisent en mouvements expressifs les dogmes les plus mystérieux de la religion, les mythes d’Apis et d’Osiris, les transformations d’animaux, par-dessus leurs amours[44]. »

De plus, de l’avis de l’éminent égyptologue britannique Sir E.A. Budge, Bès n’est pas le nom propre d’un nétérou mais est en fait un titre décerné aux plus glorieux d’entre eux. Ainsi la tête de Bès et son nom sont respectivement un masque et un titre glorieux qui pouvaient être portés par des nétérous comme Héru (Horus) et d’autres encore. On peut alors se demander qui se cache réellement derrière ce masque et ce prête-nom, ce titre glorieux de « Bès » (Shabazz) ?

En se référant à ses attributs, à ses fonctions, l’on peut définitivement identifier le Maître Shabazz (Bès) grâce à la fructueuse documentation à notre disposition. On lui prête plusieurs noms. Par exemple dans l’Ancien Empire, ses qualités guerrières exceptionnelles ont fait qu’il fut identifié au guerrier Aha/Ahaï, selon les propos de László Török dans « Hellenistic and Roman Terracottas from Egypt » :

« La qualité guerrière de Bès dérive probablement de la divinité de l’Ancien Empire Aha dont les premières représentations ne se distinguent pas de celles de Bès (cf. Altenmüller, 1973, 720f)[45] »

Le Pr Leemans fournissant une explication sur certains monuments égyptiens nous dit ceci, sur celui que nous identifions comme le Maître Shabazz (Bès) :

« La difformité de son corps le mit en rapport avec Ptah ; par la peau de lion qui couvre la partie postérieure il ressemble à Hercule. Il s’appelle alors en signe hiéroglyphique Djem ou Gom. Il a un bras mobile et il paraît qu’il a une lance à la main. Des statuettes semblables se trouvent dans le musée britannique et au Louvre. Ils tiennent un bouclier devant leur corps et brandissent un glaive au-dessous de leur tête. Pourvu de ces accessoires on le considère comme un dieu guerrier que les Egyptiens appellent Onueris, selon un papyrus grec du musée de Leyde. Ce même document nous apprend aussi qu’Onueris avait un temple dans la ville de Sebennytus, la capitale du nôme-Sebennytique[46] »

Le papyrus Jumilhac XII, 8-9 identifie également le Maître Shabazz (Bès) au guerrier Ahaï qui possède une parfaite maîtrise des serpents[47]. Evidemment, il faut comprendre, ici, ce contrôle sur les serpents à la fois de manière littérale et métaphorique.

Métaphoriquement, il s’agit de la maîtrise de la haute science médicinale antique. La tradition dit que le Maître Shabazz (Bès), que les Grecs antiques appelaient aussi Ophiucus et les Romains Esculape/Asclépios, était possesseur des secrets initiatiques permettant de tout guérir, voire même, dit-on, de ressusciter les morts. C’est ce serpent symbolique du Maître Shabazz (Bès) qui est aujourd’hui utilisé comme emblème par les pharmaciens et par l’ordre des médecins.

Les cartes astronomiques antiques donnent au Maître Shabazz (Bès) la constellation d’Ophiucus, aussi appelée le Serpentaire. C’est la 11ème constellation la plus vaste par son étendue (avec soixante étoiles la constituant dont l’étoile de Barnard) et la 13ème constellation zodiacale (même si les astrologues la refusent) que le soleil traverse entre le 29 novembre et le 17 décembre au niveau du plan de l’écliptique (soit une durée de traversée quatre fois supérieure à celle de la constellation zodiacale du Scorpion).

En résumé, l’on peut dire que le Maître Shabazz (Bès) identifié au guerrier Ahaï de l’Ancien Empire possède des pouvoirs apotropaïques, d’où l’association systématique de son image aux serpents, symboles de la médecine traditionnelle de l’Afrique antique. Ainsi l’on peut dire qu’un Moïse, formé dans les temples de la vallée du Nil, relève du Maître Shabazz (Bès) car l’on sait que lui aussi était possesseur de la science des serpents, puisqu’on lui attribue d’avoir forgé un serpent d’airain signe de sa connaissance ésotérique après avoir démontré ses talents à la cour faraonique face aux prêtres égyptiens versés également dans la même science.

Aussi devons-nous rejeter l’interprétation de certains scientifiques qui posent que le serpent représenté avec le Maître Shabazz (Bès) serait le symbole de l’obscurité et partant l’ennemi atavique du dieu solaire, comme on peut le lire sous la plume de Smythe Palmer dans « Samson, saga and its place in comparative religion » :

« Comme Hercule, Bès aussi était fréquemment représenté étranglant des serpents qui en tant que symboles de l’obscurité sont les ennemis naturels du dieu solaire[48]. »

Pour ce qui est du volet littéral du contrôle que le Maître Shabazz (Bès) exerçait sur les serpents, Baladji Mundkur, dans « The cult of the Serpent : An Interdisciplinary Survey of its Manifestations and Origins », admet qu’en plus des serpents, c’est de toute une panoplie de bêtes sauvages sur lequel il avait une réelle domination :

« Un spécimen très réussi de la dernière période représente le dieu de la maison Bès comme un homme…Il se tient debout au-dessus des bêtes sauvages enfermés dans un cercle formé par un énorme serpent.[49] »

Le Grand Magistère de Bès (Shabazzz) fut également associé aux Gorgones à cause de la similitude de leur origine, de leurs attributs. Arthur Bernard Cook écrit dans « Zeus: A Study in Ancient Religion, Volume 1. » que les Gorgones, comme le Maître Shabazz, portent un masque prophylactique et possèdent une tête qui dérive du lion en plus de leurs traits négroïdes[50] .

Même si c’est surtout à travers la littérature grecque antique que nous ont été transmises les dépositions sur les Gorgones, le dramaturge grec Euripide ne manque pas de préciser dans « Les Bacchanales » que celles-ci sont d’origines libyques donc clairement africaines[51]. Il faut aussi signaler la métamorphose opérée sur la crinière de lion du Maître Shabazz (Bès) devenue chez les Gorgones une crinière de serpents[52] comme on peut le voir sur la tête de la prêtresse atlante Méduse[53].

Mais à y voir de plus près, ni Hercules, ni Djem, ni Onueris, ni Ahaï, ni Ophiucus, ni les Gorgones qui sont tous associés à Bès ne sauraient expliquer le Maître Shabazz (Bès) d’il y a cinquante mille (50 000) ans, car tous sont d’existence trop récente (Ancien Empire au mieux). On peut bien croire qu’ils ont tous pu porter chacun à leur époque le masque de Bès, le titre glorieux de Maître Shabazz, mais aucun d’entre eux n’est assez ancien pour prétendre être le Maître Shabazz qui s’installa avec ses partisans autour de l’an 48 070 av. JC en Afrique Centrale.

Parmi les attributs du Maître Shabazz (Bès), le roi-lion, il y a le fait qu’il soit décrit comme « le vieil homme qui toujours recouvre sa jeunesse, le Vieux qui toujours redevient un jeune garçon ». A cause de cela, entre autres éléments, le Dr. Budge l’identifie à Héru l’Ancien (Horus l’Ancien), le soleil levant qui chaque jour renouvelle sa vie et redevient un jeune homme[54]. Dans « Signs and Symbols of Primordial Man », Albert Churchward nous apprend que Bès serait en fait la forme primitive d’Héru l’Ancien (Horus l’Ancien)[55].  Des propos confirmés par Gerald Massey dans « The Sign Language of Astronomical Mythology : Parts I&II » :

« (…) la forme humaine primitive d’Horus l’Ancien était celle de Bès [56]»

Le doute n’est plus permis quand on lit sous la plume de Samuel Alfred Browne Mercer dans son « The Religion of Ancient Egypt » ces propos sans équivoques qui renvoient irrévocablement au Maître Shabazz (Bès) :

«  Horus était un dieu-lion spécialement en tant que Seigneur de Pount[57] »

Héru l’Ancien (Horus l’Ancien) est à la foi un roi-lion, Seigneur de Pount la terre sacré, la terre sainte et ayant pour emblème le faucon, emblème du royaume du Sud. Or ce sont là les prérogatives du Maître Shabazz, du porteur du masque Bès, d’il y a cinquante mille ans. Et contrairement à Héru l’Ancien (Horus l’Ancien), celui qui fut appelé Héru le Jeune (Horus le Jeune) n’était pas affilié aux contrées équatoriales, méridionales mais plutôt à la Basse Egypte ; ce qui marque en soi une postériorité temporelle vis-à-vis du titulaire du masque de Bès, du Maître Shabazz.

L’on attribue au titulaire du Grand Magistère Shabazz (Bès) d’être le saint patron des musiciens. Nombreuses sont les représentations où on le voit jouant de la harpe, du luth ou encore de la lyre à l’instar d’Héru l’Ancien qui assume les mêmes prérogatives. D’ailleurs la constellation de la Lyre est associée aussi bien à Bès (Maître Shabazz) qu’à Héru l’Ancien (Horus l’Ancien). Les textes anciens leurs attribuent la paternité de l’invention de l’octave en musique[58].

D’aucun nous ferait remarquer, à juste titre, que malgré les points communs fondamentaux que partagent Bès et Héru l’Ancien qui concourent à leur identification l’on doit signaler que leur épouses consorts respectives ne sont pas les mêmes. D’un côté l’on attribue comme épouse à Bès sa parèdre Bésèt et de l’autre l’on attribue à Héru l’Ancien comme épouse Hathor. Comment lever cette indétermination, cette incompatibilité notoire ?

D’emblée l’on constate que Beset n’est que la féminisation du terme « Bès », comme pour dire que « Beset » serait « celle de Bès », « le féminin de Bès », « la femme de Bès », « la partenaire de Bès ». Ce n’est donc pas son nom véritable mais plutôt un qualificatif. Les textes anciens donnent d’autres noms à la partenaire de Bès dans la protection des enfants. Il y a surtout les deux noms Uêret et Êpet. Uêret semble être un titre de noblesse, traduisant le prédicat « Sa Grandeur ». En revanche, le chercheur britannique Gerald Massey, dans « The Sign Language of Astronomical Mythology : Parts I&II », identifie la Grande-Mère à Apet/Êpet qu’il désigne comme Apet de Punt :

« Il [Bès] arrive en Egypte en gambadant avec la Grande Mère, Apet, de Pount.[59] »

Ainsi Uêret-Apet-Beset de Pount ne serait autre que “Sa Grandeur Apêt la Reine-Consort de Punt, celle de Bès », protectrice des enfants.

Parallèlement les textes anciens nous donnent à lire Hathor épouse d’Héru l’Ancien comme la Dame et Souveraine de Pount, tel que l’affirme l’Indien Albinas Chandra Das dans son livre « Rig Vedic India » :

« (…) Hathor ou Sāvitri, le mantra-source sur lequel la structure de la religion hindou le Véda est basée, …était appelée la « Dame et Souveraine de Pount[60] ». »

A l’instar d’Apet (consort de Bès), Hathor (consort d’Heru l’Ancien) est elle aussi souveraine de Pount. Une étude plus serrée du terme Hathor nous montre qu’il formé des mots « Hat » et « Hor ». « Hat » signifiant en langue faraonique « la demeure » et « Hor » renvoyant à Héru (Horus). Hathor signifiant alors « la demeure d’Hérou ». Une telle construction trahit, non pas un nom, mais un prédicat attaché à un titre de noblesse qui se traduirait en substance par « Celle de la Maison d’Hérou ». Comme Béset est « Celle [de la Maison] de Bès ». Encore aujourd’hui cette construction nobilière se retrouve dans les monarchies africaines. Nous le voyons avec Sa Majesté la Reine consort Djéhami Kpodégbé Kwin-Epo, néé princesse camerounaise mais qui à la suite de son mariage avec le roi d’Allada est devenue « Celle de la Maison d’Allada ».

Aussi ce qui pouvait paraître comme une contradiction est résolu par le fait qu’Hathor, Beset et Uêret ne sont pas des noms propres mais des titres de noblesses, des prédicats attachés à la reine consort de Pount. Il apparait que le véritable nom de reine-consort est Apet/Êpet. Donc « Celle de la Maison [Royale] d’Hérou » (Hathor) et « Celle [de la Maison Royale] de Bès »(Beset) ne sont qu’une et même personne à savoir la Son Altesse Royale la Reine Consort Apet.

De la même manière que Bès et Hérou l’Ancien ne sont eux aussi qu’une seule et même personne à savoir le Maître Shabazz qui a vécu il y a cinquante mille ans de cela en Afrique Centrale. Ajouté à cela le fait que sous la dictée de M. Malaise nous apprenons qu’Héru l’Ancien le titulaire de la Chaire de Bès est également présenté en tant sauveur comme nous pouvons le lire dans « Bès et les croyances solaires » :

« C’est en compagnie d’un Horus sauvé, et puis salvateur lui-même, qu’apparaît logiquement Bès, dont le nom signifie sans doute précisément « le sauveur »[61] »

Il semble que le Maître Shabazz, Bès-Hérou, porteur de la peau de panthère ait joui d’une popularité sans commune mesure tout au long de l’Histoire depuis l’installation il y a cinquante mille ans dans la Cuvette du Kongo jusqu’au delà de la fin de la souveraineté kemite sur l’Egypte faraonique. Sabine Fourrier et ‎Gilles Grivaud dans « Identités croisées en un milieu méditerranéen: le cas de Chypre (antiquité-Moyen Âge) » font référence à un haut dignitaire du clergé durant la trentième dynastie faraonique qui portait le nom de Héru-Bès :

« On connaît même un prophète d’Horbès sous la XXXème dynastie[62] »

Ils poursuivent en rappelant la grande popularité du Maître Shabazz (Bès-Héru) à la Basse-Époque :

« Bès chasse même Osiris du temple de Séthi Ier et y règne comme dieu oraculaire[63] »

Mais cette popularité ne se borne pas aux seules Vallée du Nil et Cuvette du Kongo. Puisque William Morder dans « Indians in Americas : The Unknown Story » nous dit que la colonisation des Amériques par les Phéniciens-Egyptiens a conduit à la diffusion de la culture shabazz dans tout le continent. Si bien que l’on retrouve des traces de Bès (Maître Shabazz) dans les cultures Yopi, Maya ou encore Olmèque comme nous le fait remarquer le Pr Hugh Fox de l’université d’Etat du Michigan dans son ouvrage « Gods of the cataclysm : A Revolutionary Investigation of Man and His Gods Before and After the Great Cataclysm » :

« Il n’y a aucun doute dans mon esprit que les « Yopis » étaient une colonie phénicienne au Mexique et que les Olmèques eux-mêmes dérivent probablement de ces Phéniciens- avec une forte influence négro-africain. [64]»

William Morder poursuit ainsi, toujours en s’appuyant sur les travaux du Pr Hugh Fox:

« Fox a également établi une relation entre les figures des poteries de Chimu-Moche et les dieux mythologiques des Phéniciens. Bès, un dieu nain avec une coiffure apparaît aussi bien dans les sociétés maya, égyptienne, africaine, phénicienne que romaine[65]. »

Lewis Spence dans « The Problem of Atlantis » allant même jusqu’à identifier le Maitre Shabazz, titulaire du masque de Bès en territoire mexicain, à Xochipilli

« Le dieu égyptien Bes semble se refléter presque exactement dans la divinité mexicaine Xochipilli. Bes est représenté comme un immense nain, avec un énorme estomac, des arquées, des lèvres épaisses, et la langue sortie. Son nez est plat, ses sourcils broussailleux. Il porte une tiare.[66] ».

Appuyant à son tour cette identité entre Bès, le Maître Shabazz de la Vallée du Nil, et Xochipilli le mexicain, Hereward Carrington dans « Hereward Carrington » dresse un tableau des similitudes :

« Comme Bes, Xochipilli porte un panache de plumes aux couleurs vives, et une robe avec un appendice comme celle de Bes[67]. »

La revue italienne « Memorie della Società italiana di scienze naturali e del Museo civico di storia naturale di Milano, Volume 26 » évoque également une transmission d’Ouest vers l’Est, en somme une diffusion de la culture Shabazz depuis la Vallée du Nil vers les Plaines du Jourdain :

« Pour l’ancien dieu égyptien Bes, une transmission de l’Ouest vers l’Est semble également probable[68]. »

En vérité il s’agit plus que d’une probabilité, puisque Judith Weingarten dans « Zakro master and his place in prehistory » nous certifie que le culte en l’honneur du Maître Shabazz (Bès) était présent aussi bien en Palestine qu’en Syrie :

« Le dieu égyptien était dans tous les sens du mot un dieu populaire. Son culte s’est répandu en Syrie et en Palestine pas plus tard qu’au début du Nouvel Empire[69] ».

La marque du passage des civilisations dirigées par des Maîtres Shabazz se retrouve aussi dans la culture et sites bibliques, nous dit Ziony Zevit dans « The Religions of Ancient Israel : A synthesis of Parallectic Approchs ». En effet, des résultats de fouilles archéologiques font mention du nom de Bès sur les sites palestiniens entre le huitième et cinquième siècle avant JC. L’auteur fait également remarquer qu’il est attesté que les Judahites rendaient un culte à Bès à la période de la monarchie divinisée. De plus l’on retrouve dans le livre d’Esdras (2 :49) un nom exilique « Bésay » qui trahit la filiation avec Bès (Maître Shabazz)[70].

Dans l’extrême ouest de la mer Méditerranée, plus précisément  dans l’archipel des Baléares, se trouve l’île d’Ibiza ou plus justement d’Iboshim/Ibosim qui était ainsi nommé il y a 3500 ans de cela par les colons puniques donc négro-africains. Or en langue punique le nom « Iboshim », aujourd’hui déformé en Ibiza, lieu de la jet-set européenne, signifie « l’île de Bès ». On a retrouvé sur l’ile beaucoup d’artéfacts archéologiques, dont de nombreuses pièces de monnaies, représentants le Maître Shabazz (Bès) et datant l’ère punique.

Antonio García y Bellido dans « Les Religions Orientales Dans L’Espagne Romaine » donne un état de la recherche sur la présence du Maître Shabazz (Bès) dans l’ile :

« Bès nous est connu (hors d’Egypte d’où il était originaire) par une quantité de figurines de pierre ou de terre cuite de caractère ouvertement apotropaïque, prophylactique. Pour cela même, il y a lieu de douter qu’il s’agisse là d’une supercherie magico-religieuse voire d’une superstition. Nous ne possédons pas de témoignages écrits qui nous assurent  de son culte dans la Péninsule. Son image, par contre, apparaît fréquemment sur les monnaies d’Ibiza, à tel point qu’elle peut être considérée comme son témoignage probant. En effet, la présence fréquente de Bes sur les monnaies de cette ville (MH, pl. 80) a permis à M. Solà de soutenir de nouveau une ingénieuse thèse exposée il y a un siècle par l’éminent hébraïsant Judas et selon laquelle le terme ‘ybšm, par lequel les Puniques désignaient Ibiza (Ebyssos, Ebusus), contenait le nom de Bes (Bis ou Bisu, en Egypte). M. Gsell avait déjà prêté attention à cette suggestion, mais à Solà revient le mérite d’en avoir approfondi le sens. Selon lui l’étymologie de Ebusus, loin d’être la traditionnelle « Île des pins » (cf. Pline, III, 5 : Insulae…Pityussae Graecis dicta a fructice pineo : nunc Ebusus vocatur) repose sur le nom de Bes, signifiant pour cela « île de Bes », ce qui explique la présence sur ces monnaies de cette divinité mal interprétée auparavant comme les Cabires.

Les figurines de Bes en forme de petites amulettes de pâte vitreuse, ou intailles, qui ont été trouvées en abondance dans les tombes d’Ibiza (Musée de Madrid, Barcelone et Ibiza, principalement) constituent une preuve de ce que nous venons d’avancer, bien qu’il y ait lieu de reconnaitre qu’elles existent aussi un peu partout dans le monde punique et en Espagne, dans les lieux tels que Baria (Villaricos, Almeria) et Cadix. Peut-être Solà a-t-il raison lorsqu’il suggère que les figurines masculines d’aspect si grotesque et si obscène provenant de l’Isla Plana peuvent être de gauches conceptions locales de Bes.[71] ».

Cette diffusion de la culture Shabazz se ressent également dans l’histoire des Templiers, notamment des Templiers Teutoniques dont la croix si caractéristique, de l’aveu de John Sebastien Ward dans « Freemasonry and the Ancient Gods », est antérieure aux Croisés car elle est propre aux civilisations originelles d’Afrique (Ba-ntu), d’Australie et des Amériques pré-colombiennes. Celles-ci utilisaient cette croix, comme le Maître Shabazz (Bès) ou encore Nefer-Hotep qui les portaient autour du cou dans bas-reliefs :

« Cependant c’est en Egypte que l’on trouve les plus grandes variétés de croix. La croix teutonique était un symbole constamment porté par les dieux. Bes, le dieu nain, et Nefer-Hetep sont tous deux représentés avec dans le « Christian and Teutonic Cross » de Budge.[72] ».

Comme on le voit, cette exploration des cinquante mille dernières années de l’Histoire des Shabazz nous aura permis de confirmer les propos de notre maître l’Honorable Dr Khalid Abdul Muhammad qui n’avait de cesse de nous répéter que partout où l’on entendrait parler des Anous, des Hébreux, des Atlantes, des Maures, des Pélasges, des Cyclopes, etc., c’est qu’il s’agit des Bana Shabazz, des Glorieux descendants du Maître Shabazz Héru l’Ancien, Titulaire du Masque de Bès, Seigneur de Pount et ses dépendances, Défenseur des plus faibles depuis le fleuve Kongo jusqu’au fleuve Gange, Protecteur des arts et des lettres. L’Histoire nous montre que les différents Maîtres Shabazz depuis Héru l’Ancien jusqu’à aujourd’hui se sont toujours distingués par aussi bien dans l’application de leur devoir régalien que dans le respect de leur magistère sacerdotal.

C’est à cette tradition plusieurs fois millénaires à laquelle nous appartenons et tachons de faire honneur à chaque parole dite et à chaque acte posé.

 

TAHERUKA SHABAZZ, Maître l’Ecole Shabazziya



[1] Plutarque, Osiris et Isis, Traduction Nouvelle- Prolégomènes et Notes par Mario Meunier, p. 54, Editions L’Artisan du Livre, 1924

[2] R.A. Schwaller de Lubicz, Le Roi de la Théocratie, p. 119, Flammarion, Paris, 1961, 348 pages.

[3] Bob Frissel, Rien n’est vrai dans ce livre, mais c’est ainsi que sont les choses, p. 58, Editions Vivez Soleil, 1997, 285 pages.

[4] James A. Gunn, To Egypt : Land of the Pharoahs. The Desert- The Nile, p. 63, Author House, 2005

[5] Barbara Hard Clow, Catastrophobia : The truth behind Earth changes, p. 59, Inner Traditions. Bear and Co, 2011

[6] Murry Hope, Atlantis: myth or reality, p. 214, Arkana, 1991, 365 pages.

[7] G. Mokhtar (avec la participation de Jean Vercoutter), Introduction générale, in Histoire générale de l’Afrique. Tome II. L’Afrique ancienne, p.18, UNESCO, 1985 – 811 pages

[8] Schwaller de Lubicz, Le roi de la théocratie pharaonique, p. 108, Flammarion, 1961, 348 pages.

[9] XVème Congrès International d’Anthropologie et d’Archéologie Préhistorique, Vème session de l’institut International d’Anthropologie, Paris, 20-27 Septembre 1931, p. 318, Krause Reprint, 1970

[10] George Richards, Journey into Time, iUniverse, 2011

[11] Herbert Berg, Elijah Muhammad’s redeployment of Muhammad: racialist and prophetic interpretations of the Qur’an, in The transmission and Dynamics of the Textual Sources of Islam. Essays in honour of Harald Motzki, p. 332, Brill, 2011, 495 pages.

[12] Elijah Muhammad, Supreme Wisdom : What Every American-So-Called Negro Should Know About, p. 16, Elijah Muhammad Books, 2008, 98 pages.

[13] Cf. Elijah Muhammad, The Message to the Black Man in America, p. 32, Elijah Muhammad Books, 1973, 385 pages

[14] Abdul Noor (écrit et compilé par), The Supreme Understanding. The Teachings of Islam in North America, p. 120, iUniverse, 2002, 308 pages.

[15] Elijah Muhammad, Message to the Black Man in America, p. 31, Elijah Muhammad Books, 1973, 385 pages.

[16] Waverly Jones, Pick up your bed and walk, p. 6, Author House, 2012

[17] Abdul Noor (écrit et compilé par), The Supreme Understanding. The Teachings of Islam in North America, p. 120, iUniverse, 2002, 308 pages.

[18] Paris, Cerf, 2002, 240 pages in Anne-Marie Schimmel, Mystical Dimensions of Islam, pp. 354-355, Chapel Hill, UNC Press, 1975. Référence électronique : Fabrizio Speziale, « Boivin Michel, Le soufisme antinomien dans le sous-continent indien. La’l Shahbâz Qalandar et son héritage, XIIIe– XXe siècles, Paris, Cerf, 2012, 240 p. », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée [En ligne], Lectures inédites, mis en ligne le 10 janvier 2013, consulté le 12 octobre 2013. URL : http://remmm.revues.org/7942

[19] Qur’an Honoré, 70 :4, traduction Maulana Muhammad Ali, Ahmadiyyah Anjuman Isha’at Islam (Lahore) Inc, USA, 1990.

[20] Le calcul de cette date s’étant effectuant à partir de l’an 1930, date à laquelle le Très Honorable Elijah Muhammad reçut de Maître Fard Muhammad l’enseignement sur cet épisode de l’Histoire des Shabazz d’il y a 50 000 ans : 50 000-1930=48 070 ans

[21] Albert Churchward, Signs and Symbols of Primordial Man, p. 154, Cosimo, Inc., 2007, 568 pages

[22] Molefi K. Asante,Emeka Nwadiora, Spear Masters: An Introduction to African Religion, p. 1, University Press of America, 2007, 160 pages

[23] Gérald Massey, Ancient Egypt – The Light of the World: A Work of Reclamation and Restitution in Twelve Books, p. 214, NuVision Publications, LLC, 2008 (réédition), 740 pages

[24] Betty M. Adelson, The Lives of Dwarfs: Their Journey from Public Curiosity Toward Social Liberation, p. 99, Rutgers University Press, 2005, 431 pages

[25] E. A. Wallis Budge, From Fetish to God in Ancient Egypt, p. 253, Kessinger Publishing, 2003, 556 pages

[26] Martin Bernal, Black Athena : The Linguistic Evidence, pp. 281-282

[27] Cheikh Anta Diop, Cheikh Anta Diop, p. 118, L’Harmattan, 2000, 304 pages

[28] Martin Bernal, Black Athena : The Linguistic Evidence, pp. 281, Rutgers University Press, 1987

[29] Bibliothèque égyptologique, p.392, 1894

[30] Dean Clarke, Archaeo-Astronometria : The Argo Mystery and Medusa Rage (Treatise on Ancient Astro-Poetry, p. 117, Xlibris Corporation, 2008

[31] John O’Neill, Night of the Gods, p. 816, Kessinger Publishing, 2003; voir également Willem Pleyte, La religion des pré-Israélites recherches sur le dieu Seth : « Une des légendes de Bes le fait venir du Ta-neter, pays d’Asie, situé probablement vers le nord de l’Arabie. », p. 181, Utrecht. T. De Bruyn, Libraire, 1862

[32] Lewis Campbell, Religion in Greek Literature, p. 49, Kessinger Publishing, 2005, 432 pages

[33] A. Smythe Palmer, Samson saga and its place in comparative religion, p. 228, Kessinger Publishing, 2003, 284 pages

[34] Walter Addison Jayne, Healing Gods of Ancient Civilisations, p. 55, Kessinger Publishing, 2003, 588 pages

[35] Société des Historiens du Congo-Brazzavile,

[36] Ramchandra Narayan Dandekar, Vedic Mythological Tracts, p. 77, Ajata Publications, 1979

[37] A. Kalyanaraman, Aryantarangini : The Saga of the Indo-Aryans, Volume 1, p. 71, Asia Publishing House, 1969

[38] Cité par Willem Pleyte, La religion des pré-Israélites : recherches sur le dieu Seth, p. 234, Utrecht. T. De Bruyn, Libraire, 1862

[39] Ibidem, p. 181

[40] John O’Neill, Night of the Gods, p. 817, Kessinger Publishing, 2003

[41] Judith Levin, Tattoos and Indigenous Peoples, p. 13, The Rosen Publishing Group, 2008, 64 pages

[42] Oscar Pfouma, L’Harmonie du monde: anthropologie culturelles des couleurs et des sons en Afrique depuis l’Egypte ancienne, p. 169, Menaibuc, 2000, 305 pages.

[43] Ibidem

[44] Ibidem

[45] László Török, Hellenistic and Roman Terracottas from Egypt, pp. 35, l’Erma di Bretschneider, 1995, 199 pages

[46] Cité par Willem Pleyte, La religion des pré-Israélites : recherches sur le dieu Seth, p. 2, Utrecht. T. De Bruyn, Libraire, 1862

[47] H. Willems, The coffin of Heqata : Cairo JdE 36418 : A Case Study of Egyptian Funerary…, p. 129, XXX

[48] Smythe Palmer, Samson, saga and its place in comparative religion, p. 228, Kessinger Publishing, 2008

[49] Baladji Mundkur, The cult of the Serpent : An Interdisciplinary Survey of its Manifestations and Origins, p. 65, Suny Press, 1983, 363 pages

[50] Arthur Bernard Cook, Zeus: A Study in Ancient Religion, Volume 1, p. 846, 1914

[51] Euripide, Les bacchanales, 990 f

[52] Voir Searching for Ancient Egypt : Art, Architecture, and Artefacts from University of Pennsylvania Museum of Archeology and Anthropology, p. 184, Cornell University Press, 1997, 342 pages

[53] Dean Clarke, Archaeo-Astronometria : The Argo Mystery and Medusa Rage (Treatise on Ancient Astro-Poetry, p. 117, Xlibris Corporation, 2008

[54] A. Smythe Palmer, Samson saga and its place in comparative religion, p. 228, Kessinger Publishing, 2003, 284 pages

[55] Albert Churchward, Signs and Symbols of Primordial Man, p. 154, Cosimo, Inc., 2007, 568 pages

[56] Gerald Massey, The Sign Language of Astronomical Mythology: Parts I&II, p. 197, Cosimo, Inc., 2008, 124 pages

[57] Samuel Alfred Browne Mercer, The Religion of Ancient Egypt, p. 204, Luzac, 1940

[58] Cf. Albert Churchward, The Origin and Evolution of Religion, pp. 66 ; 236-238, Book Tree, 2000, 504 pages

[59] Gerald Massey, The Sign Language of Astronomical Mythology: Parts I&II, p. 197, Cosimo, Inc., 2008, 124 pages

[60] Albinas Chandra Das, Rig Veda India, p. 247, Motilal Banarsidass, 1971

[61] M. Malaise, Bès et les croyances solaires, p. 707

[62] Sabine Fourrier et ‎Gilles Grivaud , Identités croisées en un milieu méditerranéen: le cas de Chypre (antiquité-Moyen Âge), p. 76, Publication Université Rouen Havre, 2006, 436 pages.

[63] Ibidem (voir aussi V. Dasen Dwarfs, op. cit., p. 46-49, 61-67).

[64] Hugh Fox,  Gods of the cataclysm : A Revolutionary Investigation of Man and His Gods Before and After the Great Cataclysm, pp. 96-HX, Dorset Press, New York, 1981

[65] William Morder dans « Indians in Americas : The Unknown Story, p. 42, Book Tree, 2005 ,237 pages

[66] Lewis Spence, The Problem of Atlantis, p. 176, Book Tree, 2002, 276 pages

[67] Hereward Carrington, Carrington Collection, p. 10, Kessinger Publishing, 2003, 100 pages

[68] Memorie della Società italiana di scienze naturali e del Museo civico di storia naturale di Milano, Volume 26, La Società, 1993

[69] Judith Weingarten, Zakro master and his place in prehistory, p. 101, Editions Aström, 1983

[70] Ziony Zevit, The Religions of Ancient Israel : A synthesis of Parallectic Approchs, p. 606, Continuum, 2001, 848 pages

[71] Antonio García y Bellido, Les Religions Orientales Dans L’Espagne Romaine, pp. 14-15, Brill Archive, 1967, 195 pages. Lire aussi Juan-Luis Iturria : « Comme preuve de richesse, on a retrouve des pièces de monnaies frappées sur place à partir du IVème siècle av. JC avec le dieu Bès, dieu syncrétique d’origine égyptienne et symbole de l’île. Ibiza est alors connue comme Yboshim : l’ïle de Bès, transcrit comme Ebusus en latin. » Juan-Luis Iturria, Baléares, p. 84, Editions Marcus, 2008, 120 pages

[72] John Sebastien Ward, Freemasonry and the Ancient Gods, pp. 105, 239, Kessinger Publishing, 2010, 496 pages. Voir également The Secrets of Freemasonry : « Cette croix a été trouvé par les premiers explorateurs parmi nombreuses races en Afrique longtemps avant que les missionnaires l’auraient apporté … Mais l’Egypte ancienne a plus grand nombre de variétés croix, comparée à tous les autres pays. La croix teutonique était un symbole porté par les dieux; Bes et Nefer-Hetep sont tous deux représentés avec elle. » Robert Lomas, The Secrets of Freemasonary : Revealing the suppressed tradition, Constable & Robinson Ltd

 

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