Du sang bleu à l’encre noire – Natou Pedro Sakombi

Du Sang Bleu à l'Encre Noire

L’Europe aurait-elle été gouvernée par une élite d’origine africaine, dite de sang bleu ou tout simplement noire comme le laisseraient supposer des descriptions de rois et reines et de divers membres de royautés européennes tels que Philippa de Hailnault, décrite comme ayant la peau brune ou noire, épouse du roi Edward III, leur fils, le prince Edward, surnommé le Prince noir, ou la reine Charlotte épouse du roi Georges III de Grande Bretagne, Charles II Stuart surnommé The Black Boy et bien d’autres? Dans une quête de vérité historique, différentes thèses sont exposées et sont confrontées dans l’ouvrage « Du Sang Bleu à l’Encre Noire », où l’auteure explore également les diverses théories scientifiques (anthropologiques et génétiques, en particulier) pour comprendre le peuplement de l’Europe et déterminer la période exacte où les descendants de l’homo sapiens venu d’Afrique ont perdu leur couleur de peau originelle noire et sont devenus blancs. Y sont également examinées les différentes invasions de populations et les métissages survenus sur le sol européen depuis la Grèce antique jusqu’à la fin de l’occupation mauresque de la Péninsule ibérique. 

Extrait de la préface de Dieudonné Alcali Gnammankou

Des figures monarchiques noires

La Reine Charlotte d’Angleterre (1744-1818)

Charlotte d’Angleterre était l’épouse du roi George III. Elle débarqua en Angleterre le 7 septembre 1761, et le lendemain, rencontra son époux pour la première fois à Saint-James. Ils se marièrent le soir même et leur couronnement eut lieu le 22 septembre de cette année. La reine Charlotte était la descendante directe de Margarita de Castro e Souza, de la noblesse portugaise du 15ème siècle. La famille descend d’Alphonse III, un Maure du 13ème siècle.

A l’époque où la Reine Charlotte était sur le trône, l’esclavage avait atteint un niveau dément et la campagne anti-esclavagiste appuyée par la souveraine prenait de plus en plus d’ampleur.

D’après Mario de Valdes y Cocom (dans son ouvrage « The blurred racial lines of famous families – Queen Charlotte », 2009) il était de coutume de demander aux peintres de la famille royale d’adoucir les traits africains de la Reine Charlotte. Mais à un certain moment, les peintres de la Cour, tel que Sir Thomas Lawrence qui peignit la Reine Charlotte en automne de 1789, auraient vu leurs peintures rejetées par le couple royal, insatisfaits de l’image qu’ils donnaient de la reine car trop « blanche ». Sir Allan Ramsey, qui produisit les représentations les plus africaines de la Reine, également auteur de la majorité des peintures de cette dernière, aurait alors fléchi face aux exigences de la reine et aurait peint des versions plus vraies de ses portraits. Les copies de la peinture « Coronation » de  Ramsey,  par  exemple,  furent  envoyées  aux  colonies   du Commonwealth et jouèrent un rôle politique subtil dans le mouvement abolitionniste. Aujourd’hui, ces portraits seraient la preuve par excellence du caractère multiracial de la cour de Grande-Bretagne.

D’autre part, une équipe de l’Université de Virginie et de la  ville de Charlottesville qui fait un travail extraordinaire sur la Reine Charlotte, le Roi George et leur rôle dans l’abolition de l’esclavage, a fait la découverte d’une lettre intéressante dans les archives historiques de la Géorgie. Elle aurait été écrite par George Baille, un propriétaire d’esclaves qui s’opposait à la libération des esclaves en 1812 et critiquait les abolitionnistes:

«Il est bien connu qu’ils séduisent et emportent avec eux la plus grande partie des Nègres. Ils ont été séduits par les contes les plus absurdes et fallacieux et ont été informés que la reine d’Angleterre était une femme noire – qu’en Angleterre (…) les femmes préféraient prendre les Nègres comme époux et les messieurs des Négresses comme épouses. »

(T. Reed Ferguson, The John Couper Family at Cannon’s  Point, Mercer University Press)

En outre, dans la biographie d’Alan Ramsey, dont on a interdit l’accès au public, se trouve la copie d’un portrait fascinant représentant une jeune femme métisse. Il s’agirait du portrait  qui présente de la façon la plus évidente le métissage de la Reine Charlotte. L’original de cette peinture ferait partie de la collection privée du Comte de Seafield, difficilement consultable par le grand public (voire impossible), et certainement un présent qui lui aurait été offert par la Reine elle-même.

Philippa, mère du Prince Noir

Philippa était la fille de Guillaume de Hainaut, un seigneur de ce territoire que l’on connait aujourd’hui comme la Belgique.

Alors qu’elle n’a que neuf ans, Edouard II le roi d’Angleterre décide de la marier à son fils, le futur Edouard III. Ainsi, il envoya l’un de ses évêques, l’Evêque Walter Stapledon d’Exeter, pour voir à quoi ressemblait la jeune femme. Voici la manière dont l’évêque la décrivit :

« La dame que nous avons vue n’a pas les cheveux déplaisants, ils sont entre bleu-noirs et bruns. (…) Ses yeux sont d’un brun noirâtre et profonds. Son nez est assez lisse, et bien qu’il soit  un peu large à la pointe et aplati, elle n’a pas le nez retroussé. Ses narines sont également larges, tout comme sa bouche. Ses lèvres sont légèrement pleines, surtout la lèvre inférieure (…) En outre, elle est de partout brune de peau, et tout comme son père, en toutes choses, elle est assez agréable il nous semble « . (Site « English Monarch » – Plantagenet)

Quatre ans plus tard, lorsque le prince Edward alla rendre visite à celle qui allait devenir son épouse, il en tomba éperdument amoureux. Illa ramena en Angleterre et ils se fiancèrent en 1327, alors qu’elle n’avait que 14 ans. L’année suivante, quand elle eut 15 ans, ils se marièrent et furent couronnés roi et reine. La Reine Philippa eut son premier enfant à dix-sept ans et l’appela Edward, comme son père. Mais le fils sera surtout connu sous le surnom de « Prince Noir » qu’elle va elle-même lui attribuer.

Beaucoup ont préféré penser que ce surnom lui était attribué à cause  de  son  armure  qui  était  de  couleur  noire.   Toutefois, certains dossiers d’époque prouvent qu’il portait déjà ce  surnom depuis sa tendre enfance. D’ailleurs, les Français l’appelaient carrément «LeNoir».

Philippa était une femme remarquable. On la disait très sage et très appréciée des Anglais à cause de sa bienveillance et de sa discrétion. Elle accompagnait régulièrement son époux dans ses déplacements et aimait prendre ses enfants avec eux. Quand le roi était à l’étranger, c’est elle qui prenait des décisions. La Queen ‘s College à l’Université d’Oxford a été fondée sous sa direction, par son chapelain Robert de Eglesfield en 1341, alors qu’elle n’avait que 28 ans. Elle invita de nombreux artistes et universitaires du Hainaut en Angleterre, ce qui contribua à enrichir positivement la culture anglaise. Edward n’avait jamais accepté le décès de son épouse, partie avant lui. Il la pleura beaucoup et fit faire une belle sculpture de son tombeau que l’on peut encore voir aujourd’hui à l’Abbaye de Westminster.

Il existe un portrait du rejeton du Prince Noir, Richard II  (1367 – 1400) exposé à l’Abbaye de Westminster à Londres, où le roi fut enterré. D’auteur inconnu, le portrait aurait été réalisé en 1390. Selon le site de l’Abbaye, cette peinture serait le portrait le plus ancien d’un monarque anglais.

Sur l’original du portrait, la carnation du roi est assez sombre. Est-ce si étonnant ? Ne s’agit-il pas du fils du Prince Noir ? Pourtant, le roi est éclairci à outrance sur certaines reproductions où on lui attribue carrément des cheveux blonds et des yeux bleus. »

Du Sang Bleu à l’Encre Noire  de Natou Pedro Sakombi

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