La Religion Africaine: De la cosmologie quantique à la symbolique de Dieu, de Mbog Bassong

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Nous venons de voir en conclusion du chapitre 3 que le christianisme tire de la pensée kamit de la période pharaonique l’essentiel de ses vertus. Les notions de naissance par le « Saint Esprit », de « trinité », de « sauveur » du monde, de « résurrection », même certains symboles, à l’instar de la couronne solaire au-dessus de la tête du Christ relèvent du culte du Soleil et de la physique quantique (des particules) pratiquée par les astronomes Kamit. Désormais, nous devons considérer que les sanctuaires « animistes » portent le sceau de lieux saints dédiés à la physique des particules dont la connaissance est déifiée.

On le constate, l’église romaine a simplement récupéré certains textes kamit plus anciens en les attribuant à Jésus Christ après les avoir soigneusement dessouchés[1]. Elle n’a donc pas eu le temps et la patience d’apprendre et de comprendre leur portée symbolique, en rapport avec les sciences de l’Univers. Mais parce qu’il en est ainsi, nous pouvons pardonner.

Nous devons même pardonner parce que c’est la loi. De fait, au niveau des cultures humaines, nous jouons le rôle d’Osiris (commencement), puis celui de son fils Horus (la poursuite de l’expansion de la vie prescrite par les mythes et rituels africains). Vu sous cet angle, le monde nordique (occidental et arabe) joue le rôle de Seth des déserts. En mettant l’Afrique en esclavage et sous le joug colonial, ce monde nordique n’a fait qu’activer la haine osirienne de Seth dans la conquête du pouvoir. De fait, son paradigme de disjonction et d’exclusivisme lui a été prescrit par la nature, tandis que celui de l’Asie, le yin et le yang, procède davantage d’une synthèse ternaire du monde kamit et du monde nordique.

Le yin et le yang formulent, pour ainsi dire, un équilibre vital de type maâtiste entre les deux premiers mondes ; aussi a-t-il eu vocation à rendre compte des deux premiers, ni violent, ni pacifique. Dans sa course vers la puissance, il affaiblira l’Occident conquérant et préparera, sans doute possible, l’avènement d’un monde planétaire qui propulsera de nouveau l’univers kamit et l’Afrique sur le devant de la scène mondiale. Reprenons les belles paroles du Livre d’Entrée à la Lumière du Jour de la période pharaonique, maladroitement appeléLivre des Morts ; paroles rendues célèbres par Jésus Christ :

« Tu peux aller ! Nous te pardonnons toutes tes fautes, et effaçons tes péchés. [2]»

Voilà ce que nous disons. Il faut qu’on se comprenne : si le christianisme demeure bien un fait rationnel de l’Occident conquérant, il tire une large part du « dogme » cartésien de disjonction et d’exclusion de la connaissance. Il s’agit d’un paradigme d’une essence binaire : « c’est ça ou ce n’est pas ça ». On est soit fidèle, soit infidèle. Il formule un monde dichotomique, à jamais divisé et sans espoir de « ça peut être ceci ou cela, ou même les deux à la fois », l’acceptation d’autres opinions si caractéristique de la pensée ternaire des Kamit. Des rituels permanents et opérés par des initiés ont alors permis de ramener l’ordre social et même d’anticiper sur la manifestation du désordre.

La diversité est bien la loi de la vie. Les différentes espèces minérales, végétales, animales participent ainsi de la grande harmonie universelle, chacune s’organisant de façon autonome et complémentaire en vue de l’équilibre du Tout. Aucun peuple ne peut en conséquence imposer son mode d’être à l’autre. Or les peuples nordiques ont mis les Kamit en servitude et les ont colonisés. Bien plus : ils continuent de penser le monde dans le prisme de leur seule religion, leur seule pensée, leur seule idéologie, leur seule volonté.

Si l’Afrique a reçu toutes les influences religieuses étrangères sans jamais les repousser, c’est bien en raison de ce paradigme ternaire ouvert au monde. Pourtant, l’Afrique n’a pas élaboré des livres dits « saints » et des dogmes. Les raisons en sont simples : son mode de vie et de partage, greffé à un communautarisme relayé par des institutions de Parole et de Vérité, a procuré aux hommes le divin bonheur et la prospérité. Les institutions sont restées conformes à cette Vérité de Dieu et sur Dieu ; de fait, les Africains se sont méfiés des textes « écrits » et transformés en vérités « opportunes ». Aussi l’oralité est-elle restée efficace et l’écriture en général concentrée entre les mains des initiés remplissant aussi le rôle de scribes.

On peut mesurer aujourd’hui le poids de ces « dogmes » de la foi dans l’organisation des génocides enregistrés dans l’histoire humaine.

Les messies et prophètes n’auraient pas pu voir le jour en Afrique, encore moins annoncer leur bonne «°nouvelle°». Ces « messagers » de Dieu ont commencé à avoir quelque chose à dire le jour où les assaillants ont fait valoir les exactions sociales, l’esclavage, la colonisation, la pauvreté, les injustices et les inégalités comme des modes d’être. Ce faisant, ils ont déstructuré les modèles traditionnels en greffant, contre nature, le christianisme et l’islam, mais aussi, leurs propres modèles au nom d’une prétendue universalité. Si nous nous accordons à penser qu’il faille sauver la terre des hommes, nous devons revenir à ces institutions africaines avec leurs traditions. Ceux qui ont lu les premiers chapitres partageront cette affirmation de Jean Ziegler :

« La cosmogonie africaine affirme que rien ne vaut la sauvegarde, la permanence, l’expansion de la vie.[3] »

Dans les milieux traditionnels de vie en Afrique, l’amour du prochain ne se prêchait pas, mais se vivait au quotidien par une modèle d’organisation qui privilégiait et privilégie, aujourd’hui encore, le sens du partage et de la coopération et surtout, la conjugaison des efforts en vue de l’accomplissement de la tâche divine commune, à savoir l’ordre de l’Univers considéré comme une valeur aux yeux de tous. Dans ces conditions de bonheur, on faisait vite d’oublier Dieu. Le retour à grande pompes des contextes sulfureux de son adoration a quelque chose à voir avec les nombreux malheurs perpétrés par les modèles religieux et sociaux étrangers.

De fait, les travaux champêtres, la chasse, la pêche, la construction des maisons, le mariage, l’initiation aux classes d’âges, l’éducation, tout permettait de justifier le besoin d’ordre, d’entraide et de pacification de l’existence. Y a-t-il un amour du prochain qui dépasse celui-là ? Aucun autre peuple sur cette terre des hommes n’a développé un tel humanisme, si bien que l’amour et la charité, en tant qu’expressions religieuses du partage, sont apparus, à bien d’égards, très curieuses.

Dans l’esprit des sages et des initiés, tout le monde est chacun et chacun tout le monde. Cela permettait une élévation de l’esprit et par conséquent un salut collectif : pas d’angoisse existentielle, pas de péché originel, pas de culpabilité, pas de haine, pas de détresse, pas d’attente d’un hypothétique prophète ou messie qui prétend avoir reçu de Dieu la « loi divine ». Les prophètes de l’histoire, Moïse[4], Jésus[5], Mahomet[6], Bouddha[7], tous Négro-africains ou d’ascendance négro-africaine ont vu leur message d’amour prospérer ailleurs qu’en terre africaine.

C’est donc au sein des peuples inhospitaliers, expansionnistes et violents que leur message d’amour, si étrange dès le départ, a été entendu par leurs fidèles et proches, avant de prospérer à force de prosélytisme sous la contrainte de l’épée et des rentes à engranger. La « foi » a les yeux de la cupidité, des privilèges, des déviances, du lucre, de l’esclavage, du sang humain[8].

Toutes les prières ne sont rien sans des institutions sociales et politiques de partage et d’équité. En cela, l’Afrique marque un degré de perfectionnement de ses institutions jamais égalé par d’autres peuples. Rien ne saurait et ne pourrait remplacer les cérémonies rituelles et les prêtres initiés qui en assurent la sauvegarde. Il faut y revenir et réhabiliter leurs prestiges et sanctuaires occupés par l’église et, ce faisant, améliorer leurs conditions de vie matérielles. Telle est la seule condition possible pour lutter contre l’expansionnisme et les guerres des religions de la foi. De ce point de vue, la jeunesse doit se rapprocher des sages et initiés.

Face à tout cela, gardons-nous de penser que tout est perdu. L’Afrique traditionnelle n’a pas dit son dernier mot. Sa religion renaîtra des cendres des Livres de la « foi » et illuminera, de nouveau, le citoyen planétaire de son humanisme et de ses institutions sociales, politiques et économiques jamais égalés.

Extrait du livre LA RELIGION AFRICAINE –Kiyikaat Editions

par Mbombog Mbog Bassong

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[1] En effet, c’est en 726 après J.C. que l’empereur de Constantinople, Léon III, proclame l’iconoclasme avec pour but de supprimer les images dites « païennes » et surtout, d’interdire dans tout le pays, toute vénération des icônes du Christ et de la Vierge Marie dont le sens ontologique premier est restée attachée aux considérations originelles du culte négro-égyptien.

[2] Le livre des morts. Papyrus égyptiens (1420-1100 av. J. –C.), commentaires d’Evelyn Rossiter, traduits par Bernard Soulié, éditions Liber, 1979/1984, p. 54.

[3] Jean Ziegler, Les vivants et la mort. Essai de sociologie, Paris, Seuil, 1975, p. 298.

[4] Lire cet important ouvrage de Messod et Roger Sabbah, Les secrets de l’Exode. L’origine égyptienne des Hébreux, Paris, Jean- Cyrille Godefroy, 2000. Il y a aussi Jan Assmann, Moïse l’égyptien, Aubier, 2000.

[5] Sarwat Anis Al-Assiouty, Jésus l’Egyptien d’après les monuments, tome 2. Naissance Divine du Pharaon et de Jésus, summa Aegyptiaca, 1999

[6] Le père de Mahomet s’appelait bien Abdallah. C’était un seigneur nègre, fils du gardien de la Kaaba sacrée de son vrai nom Abd al-Muttalib (cf. Al-Jahiz ; Titre de gloire des Noirs sur les Blancs, livre du 8e siècle, traduction française, 1989, Sedes, cité par Runoko Rashidi, Histoire millénaire des Africains en Asie, Editions Monde Global, 2005, p. 21. Pour les musulmans, la Bible procède d’une révélation indirecte car Jésus annonce la venue d’Ahmad après lui, comme le précise la sourate II (II, 101) ; de plus, ils ne voient pas en lui le fils de Dieu et ne croient pas en la crucifixion.

[7] Runoko Rashidi, Histoire millénaire des Africains en Asie, Editions Monde Global, 2005, p. 21.

[8] Saint Augustin (354-430 après J.-C.) pose les fondements d’une guerre « juste ». A sa suite, Charlemagne défend l’église romaine. Bien plus : toutes les campagnes militaires de ce dernier contre les païens s’apparentent, en bien de points, à une expansion mêlée de chrétienté. On saisit les raisons pour lesquelles dès 1095, Urbain II entame la première croisade pour libérer Jérusalem et les lieux saints, en particulier le Saint-sépulcre aux mains des musulmans. Entre temps, Mahomet (570-632) convertit les infidèles et prêche, le cas échéant, le Jihad. Désormais, la doctrine du Jihad, à l’instar des chrétiens, s’accompagne de motivations offensives et guerrières.

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