Les cérémonies du Sigui chez les Dogons

Les cérémonies du Sigui chez les Dogons
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Les cérémonies soixantenaires du Sigui se déroulent sur sept ans. Elles commémorent la révélation de la parole orale aux hommes, ainsi que la mort et les funérailles du premier ancêtre. Il s’agit d’un important rituel de régénération. Elles commémorent la révélation de la parole orale aux hommes, ainsi que la mort et les funérailles du premier ancêtre. Tous les soixante ans, l’âme des ancêtres rentre dans les masques taillés par les membres des sociétés secrètes. Le plus grand des masques, le serpent, mesure sept mètres de haut. Juchés sur leurs échasses, les danseurs, couverts de cauris, fouettent l’air avec des queues de phacochères (une sorte de sanglier).
Jean Rouch a réalisé plusieurs films lors des dernières fêtes entre 1967 et 1974. Les prochaines fêtes auront lieu en 2027.
« L’homme particulièrement chanceux voit deux Sigui et l’homme extraordinaire assiste a trois Sigui: le premier lorsqu’il est encore dans le ventre de sa mère, le second a l’age mur et le troisième
au grand age. D’où tout homme peut assister a un Sigui. »

Pourquoi le Sigui se fête-t-il tous les 60 ans?

A cette question,il n’y a pas qu’une seule réponse. Ces ébauches de solutions sont bien entendu à rechercher dans la mythologie et la cosmogonie dogon. La première connotation qu’évoque le chiffre 60 est la durée de vie d’un homme, le passage d’une génération à une autre.
« 60 » constitue également la base du compte « du Mande », appelé aussi compte « du placenta originel ». Après la migration des dogons en provenance du pays Mandé, la base du compte est devenu « 80 » (« compte des Bambaras »). Malgré cette transformation, la valeur spirituelle du chiffre « 60 » est toujours conservée.
La dernière explication serait d’ordre plus mythique et rejoint le concept générationnel ( connotant la durée de la vie humaine): le chef dogon, le hogon, modifia le comput du temps. Il vécut 60 ans. C’est ce chiffre qui devint la base du compte. La première application de ce nombre fut pour fixer le temps séparant deux Sigui successifs.

L’itinéraire suivi par le Sigui

Le Sigui est une cérémonie itinérante qui se transmet de village en village et de région en région le long de la falaise de Bandiagara. Le Sigui ne se célèbre pas partout au même moment et son
itinéraire est significatif : il prend son départ à Yougo Dogorou, haut lieu mythique. C’est en effet là que fut commise la faute du serpent et c’est de là qu’il partit à la recherche de ses principes
spirituels. C’est également à Yougo Dogorou qu’il revînt. La direction de la transmission du Sigui peut être ramenée à un axe Est-Ouest.
 » Les masques sont venus de l’Est comme Dieu répand l’eau fraîche ,le chemin des morts est venu de ceux de l’est »
Ce parcours imite donc l’ancêtre qui, parti à la recherche de ses principes spirituels, suivit un parcours qui va de mare en mare durant sept années. Ces sept années reprennent les sept épisodes mythiques qui seront réactualisés par des « acteurs » différents chaque année.

La transmission du Sigui

« Nous avons du nouveau et nous venons vous le montrer… »
Comme nous l’avons vu plus haut, le Sigui va être transmis d’une région à une autre, d’un village à un autre. En effet, lorsque une région clôt sa célébration du Sigui, elle se devra de transmettre le
rituel à la région suivante. Cette transmission est régie par une codification assez stricte. Le dernier jour des fêtes, tous les participants se rendront en dansant dans le premier village de la
région suivante pour leur annoncer qu’ils viennent de clôturer leur cérémonie du Sigui et que c’est à eux de le célébrer prochainement.
La concrétisation de l’acte de transmission du rite est caractérisée par une sorte d’opération cérémonielle : l’annonciation par un chant, la beuverie de mil et le fichage de la crosse-siège (dolaba) sur la place du marché du village principale de la région qui perpétuera le Sigui.
« les crosses-sièges viennent au village, la hache les a bien taillées le masque, aux yeux ardents vient au village »

La religion

Originellement, ils sont animistes. Bien qu’ayant fui pour éviter l’islamisation (les guerriers peuls les appelaient les « Habés » — païens), la majorité des Dogons sont aujourd’hui musulmans même si les pratiques animistes sont encore bien présentes. Une minorité est chrétienne. Marcel Griaule, ethnologue a étudié les Dogons. En 1936, il a eu des entretiens avec Ogotemmêli, un hôgon, chef religieux. À partir de ces entretiens, il a publié plusieurs livres, dont le célèbre « Dieu d’eau » (Fayard), sur la cosmogonie dogon.
Les Dogons croient en un dieu unique, Amma. Il créa la terre et en fit son épouse qui lui donna un fils, Yurugu ou le « Renard pâle ». C’était un être imparfait qui ne connaissait que la première parole, la langue secrète sigi so. La terre donna ensuite à Amma un second enfant appelé Nommo. Celui-ci était à la fois mâle et femelle. Maître de la parole, il l’enseigna aux huit premiers ancêtres
des hommes, 4 couples de jumeaux, nés d’un couple façonné dans l’argile par Amma. Les Dogons considèrent que l’origine du monde vient d’une étoile nommée Digitaria, voisine de Sirius (appelée Sigui tolo). Ce serait la plus petite et la plus lourde des étoiles et contiendrait le germe de toute chose. Cette étoile serait Sirius B, une naine blanche, effectivement une étoile très dense et très lourde mais celle-ci ne fut découverte qu’en 1844 par Friedrich Wilhelm Bessel et Alvan Clarke qui calculèrent que sa révolution autour de Sirius était d’environ 50 ans.
OR 60 ans est la durée entre deux cérémonies du Sigui, la principale cérémonie des Dogons. De plus, selon la cosmogonie dogon, Sirius aurait un deuxième satellite, ou plutôt une étoile compagnon, mais il fallut attendre 1995 pour que Jean-Louis Duvent et Daniel Benest, astronomes à l’observatoire de Nice, guidés par des irrégularités apparentes du mouvement de Sirius, soupçonnent l’existence d’une naine rouge hypothétique. A ce jour, l’existence de Sirius C reste à confirmer, pour ne pas dire exclue.
La société des masques appelée Awa dirige les danses masquées organisées lors des différentes cérémonies. La société comprend tous les hommes. Les garçons y entrent après la circoncision. Les femmes ne sont pas admises dans cette société, sauf celles nées l’année du sigui. Le hogon est le chef religieux du village dogon. Il est le prêtre du culte du lébé (Lébé Seru est le premier ancêtre Dogon qui, enterré au pays du Mandé, ressuscita sous forme de serpent). C’est le plus vieil homme du village qui devient hogon.
Certains interdits lui sont prescrits. Il n’a plus le droit d’avoir un contact physique avec personne, il ne doit plus sortir de sa maison.

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