Les instructions de Shuruppak, texte sumérien considéré comme précurseur des 10 commandements

Les instructions de Shuruppak
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Les instructions de Shuruppak, texte sumérien considéré comme précurseur des 10 commandements
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Les Instructions de Shuruppak font partie des plus anciennes œuvres littéraires connues, puisque les plus anciennes versions retrouvées sont rédigées sur des tablettes fragmentaires exhumées datant de 2500 av. J.-C. environ. Le texte se rapproche des Dix Commandements du premier testament biblique avec entre autres des allusions au respect filial (lignes 255-260), au vol (lignes 28-31), au viol (lignes 61-62) et au meurtre (lignes 252-253). De plus, il indique comment bien gérer et organiser un royaume, en fournissant des instructions sur les esclaves (lignes 28-31, 49,154-164, 193-201) et sur l’organisation sociale. L’appel au fils est récurrent, rappelant les textes de proverbes bibliques.

Les instructions Shuruppak est le plus ancien des textes de sagesse, proférant un idéal moral. Le texte prétend être adressé par le souverain Shuruppak à son fils, Ziusudra le héros de l’histoire du déluge qui, comme Noé, a survécu à la destruction de l’humanité et est devenu le favori des dieux. 

Voici les instructions Shuruppak:

Si un roi ne tient pas compte du droit de son pays, Ea, le roi des destinées, changera son destin et ne cessera pas de le poursuivre de son hostilité.
Si l’épouse d’un homme a été prise avec un autre homme, ils les lieront et les jetteront à l’eau.

Ce qui paraît bon à un homme pourrait être une offense pour son dieu, ce qui est méprisable au jugement d’un homme pourrait plaire au dieu ! Qui peut connaître la volonté des dieux dans le ciel ? Qui peut saisir le dessein du dieu des profondeurs ?

Jamais une mère n’a mis au monde un fils sans péché. Même celui qui s’y efforce n’y parvient pas : depuis les temps anciens, il n’y a jamais eu de travailleur sans faute.

La souris qui ramasse des grains dans les champs se moque de la guêpe qui pique les fruits du verger.

Un roitelet, en se posant sur un éléphant, lui dit : « Ami, Ayya est ton secours. A l’abreuvoir elle te donnera de l’eau à boire. » Et l’éléphant de répondre au roitelet : « Je n’ai pas remarqué que tu te posais sur moi. De quoi te mêles-tu ? Je n’ai pas remarqué non plus que tu t’envolais. »

Une souris fuyant une mangouste entre dans le trou d’un serpent et dit : « Le charmeur de serpents m’envoie ; salut » !

Le porc est profane… Il éclabousse son derrière, rend les rues malodorantes, souille les maisons. Le porc n’a pas sa place dans les temples ; il n’est pas un homme intelligent et n’est pas admis à fouler les pavés. Il est une abomination pour tous les dieux ; ses salutations sont une insulte pour Shamash.

Si le roi prend l’argent des citoyens de Babylone, et l’ajoute à son propre trésor, ou si, ayant à connaître d’un procès impliquant des hommes de Babylone, il le prend à la légère, Marduk, seigneur du ciel et de la terre, mettra ses adversaires au-dessus de lui et leur fera cadeau de ses biens et de ses richesses.

Si des citoyens de Nippur sont déférés devant le roi pour être jugés et que, ayant reçu des pots-de-vin, il les condamne injustement, Enlil, seigneur des pays, amènera contre lui une armée étrangère pour massacrer son armée, en sorte que ses princes et ses officiers en chef erreront dans les rues tels des colporteurs.

Si le roi condamne injustement un citoyen de Sippar, alors qu’il acquitte un étranger, Shamash, juge du ciel et de la terre, établira dans son pays une justice étrangère, de sorte que les princes et les juges ne tiendront pas compte de la justice.

Si un roi ne tient pas compte du droit, son peuple tombera dans le chaos et son pays sera dévasté.

A la femme qui t’est chère, n’ouvre pas grand ton cœur : dès qu’elle aurait le sceau en main, tu verrais le désordre dans ta réserve scellée. Ce que contient ta bourse, que ta femme ne l’apprenne pas.

Mon fils, avec qui calomnie ne mange pas de farine. N’humilie pas les jeunes avec les vieux. Ne te moque pas du dieu que tu n’invoques pas. Prends conseil de tes forces : avec un puissant ne te mesure pas.

Ne hante pas le cabaret, mon fils : mangeaille, qui engraisse le ventre. Il ne sied pas, mon fils, de fréquenter ces gens : tu creuserais ta faim et prendrais goût aux boissons.

Au jour où les hommes en grand nombre ont reçu leur lot, le lot qui m’est échu, c’est la peine…

Le méchant a dit des paroles hostiles, il t’a irrité, il s’est déchaîné, il a fait naître le chagrin ! Moi, le sage, pourquoi devrais-je me joindre à de jeunes ignorants ? Moi, l’avisé, pourquoi serais-je compté parmi les ignorants ? Il y a toujours du pain, mais mon pain à moi, c’est la faim.

Si tu reprends du dieu le dépôt d’argent du jurement, redoute le dieu du jurement et sauvegarde ainsi ton corps : qui se parjure par le Fleuve, tout fils lui sera enlevé et jamais plus sa femme n’aura d’enfant.

Celui qui n’est pas fier du nom de son père et du nom de sa mère, que Shamash ne brille plus sur lui, car c’est un mauvais homme.

Un léopard rencontra une chèvre qui avait froid. Le léopard dit à la chèvre : « Viens, que je te couvre de ma pelisse ! » La chèvre répondit au léopard : « Pourquoi ferais-je cela, messire ? Ne m’enlève pas ma propre peau ! » Comme on dit : « Il ne salue la gazelle que pour sucer son sang ! »

J’ai transporté de la paille et soulevé du son, mais il n’est rien de plus léger qu’un apatride !

J’ai transporté du sable et soulevé du sel, mais il n’est rien de plus lourd qu’une dette !

La langue du roi est douce, mais elle brise les côtes d’un dragon. Elle est comme la mort qui ne se fait pas voir.

J’ai goûté même la nèfle amère et j’ai mangé des endives, mais il n’est rien de plus amer que la pauvreté !

Mis en présence d’une affaire difficile, ne t’oppose pas au roi. Sa colère est plus rapide que l’éclair : prends garde à toi ! Qu’il ne l’enflamme pas contre tes paroles, de peur que tu ne t’en ailles avant ton temps.

Mon fils, ne dis pas tout ce qui te vient à l’esprit, car il y a partout des yeux et des oreilles. Surveille ta bouche, de peur qu’elle ne te fasse échouer. Par dessus-tout, veille sur ta bouche, et sur ce que tu as entendu, reste discret ; car un mot est un oiseau, et bien sot celui qui le lâche.

Mon fils, ne maudis pas le jour avant d’avoir vu la nuit.

Il y a deux choses qui sont bonnes et une troisième qui plaît à Shamash : que, buvant du vin, on le partage, que, détenant la sagesse, l’on s’y conforme, qu’entendant une parole, on ne la révèle pas. Voilà qui est précieux devant Shamash. Mais celui qui boit du vin sans le partager, celui dont la sagesse reste vaine et le bavard, qui les regarde ?

Pour un domestique, les coups ; pour une servante, les reproches ; et pour tous les esclaves, la discipline.

N’épargne pas la baguette à ton fils, sinon tu ne pourras le préserver du mal. Si je te frappe, mon fils, tu ne mourras pas, mais si je te laisse à ton cœur, tu ne vivras pas.

Le fils qui est instruit et éduqué et à qui on met aux pieds une entrave réussira dans la vie.

Quoi de plus fort qu’un âne qui brait ?

Un fil triple ne rompt pas vite.

La corde à triple brin ne peut être coupée.

A force de hâte, la chienne a mis bas des chiots aveugles.

La chienne, a force de se dépêcher, a mis bas des avortons.

Le chien qui est entré dans le four du potier pour se réchauffer, une fois réchauffé s’est dressé pour aboyer contre lui.

Le chien du potier quand il est entré dans le four, c’est après le potier qu’il aboie.

Là où un lion a mangé un homme, personne ne passe à nouveau.

Un renard urinait dans la mer: « Mon urine remplit toute la mer » dit-il.

L’homme qui a saisi la queue du lion a coulé dans le fleuve ; celui qui a saisi la queue du renard s’en est sorti.

Quand la maîtresse est sortie de la maison et que la servante est rentrée du dehors, la servante s’assied à son propre banquet, sans sa maîtresse.

Une maladie qui reste sans médecin, c’est comme un affamé qui reste sans pain.

L’amitié dure un jour. Les rapports commerciaux durent toujours.

Un peuple sans roi est comme un troupeau sans berger.

Ce n’est pas ta richesse qui t’aide, c’est ton dieu.

La pierre de meule surnage dans la rivière pour l’homme de bien.

Le destin est comme une berge humide : de l’homme, bien souvent, il fait glisser le pied.

S’agissant de pain pour autrui, il est aisé de dire : « Je t’en donnerai », mais le donner est une autre affaire.

Ne couche pas avec ton esclave : pour toi elle claquerait des dents.

Ne te permets aucun jeu avec une jeune femme mariée : les racontars sont démesurés.

N’entre pas par effraction dans une maison… Le voleur est un lion ; une fois pris, c’est un esclave.

Ne va pas là où l’on se querelle, la querelle te prendrait à témoin !

N’élève pas une maison sur la place : là est la cohue !

Ne place pas un champ sur ton chemin : c’est un désastre.

N’achète pas un étalon d’âne brailleur, sinon il va braire après toi.

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