L’Art-Thérapie et la maîtrise des pulsions de destruction

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L’Art-Thérapie  voit le jour dans un monde réduit aux dimensions de « village planétaire », dans le contexte, il faut le préciser, de la « civilisation occidentale » qui a anéanti toute diversité culturelle et proclamé la « mort de Dieu ».

       C’est dire que cette modalité d’Art-Thérapie, qui procède de la psychanalyse freudienne, intéresse nécessairement les hommes de toutes les contrées du monde, aussi bien les sous-développés que les super développés, confrontés sans distinction à l’angoisse de survivre dans une culture monolithique dont les caractéristiques essentielles sont : la contestation de l’autorité paternelle, la remise en question du couple et de la famille cellule de base de la société, la transgression de la différence des sexes, l’intolérance à la frustration, la revendication effrénée du droit à la jouissance, la méconnaissance de la valeur fondatrice du travail, la perte du sens de l’existence, le triomphe du sentiment de l’absurde (source du Désespoir qui enveloppe l’Humanité actuelle) et, pour comble, la catastrophe environnementale qui menace la permanence du monde.

L’Art-Thérapie d’inspiration analytique, s’assigne comme objectifs d’apporter sa contribution à la restauration du « Tissu langagier» en état de déliquescence, en instaurant des relations de soutien et de « guidance » dans les familles en difficulté de cohésion, auprès des enfants et des adolescents en mal de socialisation, des écoliers et des étudiants confrontés aux échecs, et en oeuvrant à la réintégration des marginalisés.

On reproche à la psychanalyse d’être trop longue, coûteuse, d’accorder un statut abusif au père pour permettre l’élaboration d’un concept, le complexe d’Œdipe, dont la valeur heuristique est mise en doute, enfin, on critique la psychanalyse de ne pas prendre en compte la période préverbale qui concerne le couple mère-enfant. Période où, comme on l’a établi, l’infant est contraint de communiquer ses affects et d’exprimer ses symptômes par des désordres corporels (langage du corps) : colites, constipation, diarrhées, gaz, asthme, vomissements, anorexie, obésité, inhibition musculaire, etc.

Le constat selon lequel ce qui ne peut se communiquer par le « langage verbal » s’exprime par le « langage du corps » ou se transpose en formes graphiques, est à l’origine de l’Art-Thérapie.

L’objectif de l’Art-Thérapie n’est donc pas de se substituer à la psychanalyse mais d’initier la prise en charge de l’infant refoulé dans le patient adulte, en ayant recours à la médiation de l’activité artistique. L’Art-Thérapeute, il faut le souligner, est un psychanalysé qui désire prolonger et parachever son initiation par la voie de la médiation artistique.

L’approche art-thérapeutique est une technique de cure qui a recours à la médiation artistique, nécessitée par la déliquescence de la parole discursive, de plus en plus infiltrée par des pulsions de destruction.

Dans sa phase propédeutique, l’Art-Thérapie revêt la forme d’une activité de décharge qui vise à l’évacuation des pulsions dites « anales » ( asociales) dont la destructivité refoulée a pour effet de briser les liens symboliques, de créer un chaos psychique d’où partent les explosions de violence sociale.
Le matériel d’expression, pour le candidat à l’Art-Thérapie qui a choisi la médiation de la peinture, est constitué par un carton à dessin immaculé, symbole de la mère anale interdite, des bâtons de pastels de couleur brune qui présentent des analogies avec les matières fécales. L’activité de décharge inaugurale consiste à souiller le support substitut de la mère et à l’agresser de toutes les manières en faisant appel, selon l’inspiration de son organisation sadique, à des objets contondants (couteaux, ciseaux, cutter).

Le processus consacré à l’abréaction des pulsions agressives refoulées prend fin avec la destruction et la réduction en déchets immondes du support artistique vierge, signe de la transgression de l’ « Interdit fécal ».       

Le support artistique malmené en Art-Thérapie devient la métaphore du « corps-symptôme » de l’enfant uni à la mère non-symbolisée.

      L’Art-Thérapie se préoccupe donc d’explorer et d’exprimer par la voie du graphisme la phase non-verbale que le patient a gardée de son enfance faute de la médiation d’une mère socialisée qui aurait converti ses pulsions prégénitales en paroles.

Substitut de la mère symbolisée, l’Art-thérapeute va favoriser la transposition des pulsions anales au plan de la métaphore, leur  mise en formes plastiques  et leur expression en langage verbal.

L’objectif sera donc atteint lorsque le patient aura réduit en déchets le support et qu’il éprouvera un sentiment de triomphe généré par le vécu de toute- puissance mégalomaniaque. L’évolution normale de l’homme postule en effet l’expérience d’un vécu de toute-puissance préalable à celle de la désillusion non moins nécessaire.

Le cas échéant, sur l’instigation du thérapeute, le sentiment de culpabilité dépressive (qui sanctionne le matricide) émergera. En effet, la culpabilité dépressive est un moment déterminant en Art-Thérapie car elle permet au patient d’invoquer le Nom-du-père et de demander sa médiation.

Le « Père mort » est «  ressuscité » par l’amour de l’enfant en mal de protection contre les abus de la Mère toute-puissante. Et en résulte  le désir de réparation par l’activité créatrice médiatisée, dont les formes préverbales sont les produits.

Un jour nouveau se lève, porteur d’espoir pour le patient matricide, lorsque, gagné par la culpabilité rédemptrice, il en appelle à la médiation du père, pour le sauver de la menace psychotique. L’activité créatrice qu’elle suscite est sans doute le signe d’éveil de ses capacités réparatrices, génératrices d’espoir au sein de sa déréliction.       

Ce sentiment de renouveau est la sanction de la capacité du patient de maîtriser l’Imaginaire sadique et de générer du Symbolique, grâce à la médiation de la relation duelle par le Nom-du-père.      

Ce vécu d’espoir ne rassure pas seulement le patient créateur sur son existence, il le rassure également sur celle du monde, grâce à la maîtrise des pulsions anales où s’origine la destructivité humaine.       

Ce qui nous amène à penser que l’actuelle « conscience environnementale » n’est pas authentique car elle évite de percevoir le lien organique qui existe entre la «  fonction anale » et le comportement destructeur de l’homme envers son environnement. C’est bien parce que l’homme ne maîtrise pas ses pulsions anales qu’il met à mal sa propre subjectivité, la Société où il vit et l’Environnement.
C’est pourquoi nous ne devons pas prendre au sérieux les discours de ces êtres « bien intégrés à la  société de consommation », qui prétendent avoir des préoccupations écologiques : le « développement durable » passera nécessairement, ou il ne sera pas,  par la remise en question des fondements de la Culture dominante, qui préconise que l’Homme devienne le « Maître et possesseur de la Nature » et que la « Volonté de Puissance » soit son  « credo ».

       Les chances de «  sursaut » et de restauration de l’Humanité en voie de ré-gression postulent donc la prise en compte de la valeur initiatique de l’Art-Thérapie dont l’objectif est de favoriser l’accès à la « maîtrise anale » condition d’entrée dans le Champ Symbolique : ce lieu d’accomplissement du sujet moral investi du sens de ses responsabilités envers la personne humaine et son Environnement.

 

         GROBLI Zirignon

         Psychanalyste, peintre et art-thérapeute

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