Pourquoi appelle t-on l’Aïd al-Adha, la Tabaski en Afrique noire ?

L'Aïd al-Adha ou Aīd al-Kabīr
L’Aïd al-Adha (en arabe عيد الأضحى, « fête du sacrifice ») ou Aīd al-Kabīr (العيد الكبير « la grande fête » par opposition avec l’Aïd el-Fitr appelé aïd el-seghir, ou petit aïd), est la fête la plus importante de l’islam. Elle est appelée Tabaski dans les pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique Centrale (Tchad, Cameroun) ayant une importante communauté musulmane. Elle a lieu le 10 du mois de dhou al-hijja, le dernier mois du calendrier musulman, après waqfat Arafa, ou station sur le mont Arafat et marque chaque année la fin du hajj.

L’Aïd el-Kebir est nommé la Tabaski au Sénégal (1) et dans les autres pays d’Afrique de l’Ouest francophone (Guinée, Mali, Côte d’Ivoire, Bénin, Burkina Faso, Togo, Niger, Cameroun) et par exemple au Nigeria. En Afrique du Nord, il est appelé Tafaska chez les maghrébins de tradition Amazigh tandis que les autres Berbères, arabophones, utilisent le nom arabe. En Turquie, il est appelé Kurban Bayramı et dans les Balkans, Kurban Bajram.

En langue française, s’utilise également le terme fête du mouton.

Mais c’est le mot Tabaski, emprunté aux Wolofs, qui connaît le plus grand succès dans les pays de l’aire soudano-sahélienne, du Sénégal au Tchad, en passant par le Mali, le Burkina et le Niger. Ce qui n’a rien d’étonnant quand on sait que les Wolofs ont adopté l’islam dès le XIe siècle et que le Sénégal, enfant chéri de la colonisation française, a été le pôle de référence de la région pendant plusieurs siècles. 

L’islam, comme dans beaucoup d’autres endroits, s’est adapté aux circonstances locales. La structure fortement hiérarchisée des confréries et le poids des marabouts sont ainsi le reflet de la société wolof traditionnelle. Ce phénomène d’acclimatation est très net sur le plan lexical. Au Sénégal, les fêtes ont des noms wolofs, et le calendrier islamique a été complètement « wolofisé » (1).

 

Origine négro-égyptienne du mot Tabaski / Tafaska / Pâques, conservé dans le Judaïsme, le Christianisme et donc l’Islam :

D’après l’article de Dominique Mataillet du site Jeune Afrique : « 

Pour en revenir à la Tabaski, les historiens s’accordent à rapprocher ce mot de tifeski, nom du printemps en Mauritanie. Selon un auteur très sérieux, le professeur Raymond Mauny, qui a occupé l’une des premières chaires d’histoire de l’Afrique en France, le mot tabaski viendrait du berbère ce qui confirme le rapprochement avec la Mauritanie, puisque les Maures sont essentiellement des Touaregs arabisés où il aurait été inspiré du latin pasqua, « pâques », lui-même issu de l’hébreu pesakh. Ce qui nous rappelle qu’une partie des Berbères est longtemps restée fidèle à la religion juive.

Si la Pâque juive commémore l’exode d’Égypte et les Pâques chrétiennes la résurrection du Christ, entre ces fêtes et celle du sacrifice d’Ibrahim il y a bien un point commun : la consommation de viande de mouton ».

Anne-Marie Brisebarre et Liliane Kuczynski ont étudié scientifiquement la Tabaski (2), sans en donner la véritable origine étymologique.

La légende d’Ousirê se caractérise par le fait que la jambe gauche manquait à Ousirê. Cette constatation renferme la clef de l’énigme du terme Pasxa.

Un autre témoin se révèle le nom du poisson salé que les Égyptiens mangent à Sham an-Nassîm, toujours le lundi de Pâques.

Le nom même de ce poisson salé, symbole d’Ousirê, est tiré de l’état d’Ousirê dont les membres ont été « disloqués » par son frère Soutε.

En effet, le poisson s’appelle « disloqué », fasîkh en arabe.  Ce terme possède à peu près le même sens :

  • en Egyptien : psḥ = fasekh (avoir le cœur broyé)
  • en araméen et en hébreu : faskha, pasah (boitiller, boiter, trainer la jambe, être disloqué)
  • en grec : Πάσχα
  • en arabe : fasîkh ou feseekh (être disloqué).

 

L’état dans lequel se trouvait Ousirê a été donné comme nom au poisson qui le symbolise, mangé le lundi de Pâques, à la clôture des festivités de la Passion Osirienne.

Le terme fut transcrit en grec, dans la Septante, soit de l’araméen : paskha, soit directement de l’égyptien Fasekh (psḥ), les mêmes phonèmes que dans le nom du poisson salé d’Ousirê : fasîkh.

La Pâque est une fête commune d’origine égyptienne, commémorant la mort et la résurrection d’Ousirê (bière rousse pour son sang, pain sans levain pour sa chair. Elle est en vigueur dès le IIIème millénaire av. J.-C. « Fasekh » en égyptien, a donné « Faskha » en araméen, et « Paskha » en grec, qui a donné « Pâques » en français. Toute l’Égypte mangeait ce pain plat, y compris les Hébreux. (3)

L’Afrique Noire Musulmane appelle et célèbre donc « inconsciemment » la Tabaski avec un mot Pharaonique « psḥ ».

 

Citation :  » Loin d’être une délectation sur le passé, un regard vers l’Égypte antique est la meilleure façon de concevoir et de bâtir notre futur culturel. L’Égypte jouera, dans la culture africaine repensée et rénovée, le même rôle que les antiquités gréco-romaines « . Cheikh Anta Diop.

 

Tony Jeki La Njambe, le 15 Mai 2014.

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SOURCES:

(1) D’où vient le mot Tabaski ? [archive], sur Jeuneafrique.com :

http://www.jeuneafrique.com/Article/LIN23015dovieiksaba0/actualite-afriqued-ou-vient-le-mot-tabaski.html

(2) Anne-Marie Brisebarre et Liliane Kuczynski (dir.), La Tabaski au Sénégal. Une fête musulmane en milieu urbain, Hommes et sociétés, Karthala éditions, 2009, 466 p

(3) http://forum.astralsight.com/index.php?/topic/2066-origines-egyptiennes-du-christianisme-et-de-lislam/

http://remmm.revues.org/7569

http://assr.revues.org/22658

 

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